Europe 1 visite la bibliothèque de Thomas Fersen : "La littérature n'est pas recommandable, c'est à ça que ça sert"

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Le chanteur Thomas Fersen a ouvert les portes de sa bibliothèque à Nicolas Carreau et présenté les livres qui font sa personnalité.

Le chanteur-auteur-compositeur Thomas Fersen reçoit Nicolas Carreau pour présenter sa bibliothèque dans La voix est livre. Au premier étage de sa maison : une pièce claire, au parquet brut, dédiée aux livres depuis quatre ou cinq ans. "J'ai exhumé des livres auxquels je suis attaché, qui m'ont accompagné dans des moments solitaires, de voyage", raconte le chanteur. "Ils m'ont donné beaucoup, non seulement dans ma vie personnelle en me donnant des clés dans mon existence, mais ils ont aussi agité mes pensées, et parfois en sont sorties des idées de textes, de chansons."

Au détour d'une étagère, le livre La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole. L'histoire d'Ignatus, "un type à moitié obèse, avec une casquette à oreilles rouges, qui mange des hot-dog sans arrêt". "C'est un personnage un peu suicidaire, il est imbu de lui-même, asocial, il ne fait rien et vit au crochet de sa mère", résume Thomas Fersen. "Au bout d'un moment, ça ma foutu le cafard, je dois avouer que j'ai arrêté."

"C'est très séduisant mais ce n'est pas mon école" 

L'oeuvre est classée parmi les auteurs américains, une littérature que le chanteur n'affectionne pas particulièrement. "Je ne suis pas un inconditionnel, c'est une forme qui n'est pas la mienne", admet Thomas Fersen. "C'est très séduisant mais ce n'est pas mon école. J'aime quand d'un seul coup je découvre une idée plus générale qui vient enrober le livre, une pensée qui explique la motivation de l'écrivain."

"C'est une écriture sans construction : quand ils tapent à la machine, ils vont jusqu'au bout", ajoute le chanteur. "Alors que dans un livre de Michel Tournier, comme dans le Roi des Aulnes, il y a une idée générale philosophique. Et ça m'exalte !" 

Une bibliothèque sulfureuse

Dans la bibliothèque de Thomas Fersen, on retrouve Daniel Pennac, ou encore William Faulkner, Le bruit et la fureur. "La vie de ces paysans, rude, dure dans l'adversité avec le mysticisme qui va avec, ça me plaît", explique le chanteur. De ses passages au théâtre, il garde Nouvelles et textes pour rien de Samuel Beckett. "Un cadeau d'un ami, Roland Auzet (compositeur et metteur en scène ndlr) avec qui j'ai fait un peu de théâtre", raconte-t-il.   

L'auteur-compositeur possède aussi toute la collection de Michel Houellebecq. "Je le lis avec plaisir ! Je pense qu'il s'amuse beaucoup plus qu'il n'est sérieux, il en donne des signes d'ailleurs dans ses livres", confie le chanteur. "C'est plein d'esprit, c'est drôle, c'est plein d'idées, il y a une idée générale qui vaut ce qu'elle vaut, qui est discutable, mais qui est très claire. Pour moi c'est de la grande littérature, autant que je puisse en juger, bien entendu." 

Sur ses étagères, Louis-Ferdinand Céline mais aussi Marcel Jouhandeau. "Ce n'est pas vraiment recommandable", admet Thomas Fersen. "Mais la littérature n'est pas recommandable de mon point de vue, c'est à ça que ça sert d'ailleurs". Ce n'est cependant pas un fan. "Voyage au bout de la nuit, Mort à crédit et après ça commence à se répéter un peu", juge-t-il. Avant d'ajouter, "dans ma bibliothèque je suis le roi, je fais ce que je veux." 

Science-fiction et littérature suédoise prolétaire

Thomas Fersen est collectionneur. "Quand j'aime, je ne compte pas", fait-il. Dans sa bibliothèque, le chanteur présente une quinzaine de romans de Jack Vance, auteur de science-fiction. "Je ne lis jamais de science-fiction d'habitude mais il existe deux genres : le space opera et l'heroïc fantasy, et c'est ce qui me plait. J'ai même eu l'ambition d'en faire une adaptation pour le théâtre. C'est extraordinaire, c'est drôle. Et c'est aussi une caricature de nos faiblesses." 

La littérature allemande est représentée par Goethe. "Ça n'a pas trop pris sur moi", concède Thomas Fersen. Le chanteur est admiratif de la littérature suédoise prolétaire : "La Suède passe toujours pour un modèle social mais jusque dans les années 1950, le servage existait." Ses œuvres sont issues d'un collectif d'écrivain dont les parents étaient prolétaires. Ils travaillaient dans des fermes et des usines. "Ils se sont mis ensemble, en collectif", explique l'auteur-compositeur. "Celui qui m'a le plus marqué, c'est Harry Martison, Même les orties fleurissent." 

Dans cette bibliothèque, peu de romans contemporains. "La littérature contemporaine s'éloigne de mes goûts", admet-il. "Je pense que je passe à côté de beaucoup de choses. J'ai quand même confiance en mon vagabondage de lecteur pour tomber sur ce qui m'intéresse."