Étienne Daho nous raconte ce jour où son père a tenté de le voir à l'Olympia, après 25 ans d'absence

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Invité samedi "d'Il n'y a pas qu'une vie dans la vie", sur Europe 1, Étienne Daho est revenu sur un épisode "très difficile" de sa vie.
INTERVIEW

Nous sommes en 1986. Étienne Daho a trente ans et chante en vedette sur la scène de l'Olympia, une première qui signe le début d'une période de grand succès. Ce jour-là, juste avant son entrée en scène, on l'avertit qu'un homme, qui prétend être son père, qu'il n'a pas vu depuis qu'il avait quatre ans, souhaite le voir. Invité samedi d'Il n'y a pas qu'une vie dans la vie, sur Europe 1, Étienne Daho, qui sort le 18 octobre un coffret remasterisé de son album Éden, est revenu sur cette épisode "très difficile" de sa vie.

"C'était très dur, très difficile. Je savais que mes parents ne s'étaient pas vus depuis très longtemps. C'est à ça que je pensais, au choc qu'aurait ma mère. C'était surréaliste. C'était très étrange. C'était la première fois que j'avais un Olympia, c'était vraiment les débuts du succès vraiment massif, un moment de joie. Et j'ai été ramené à l'état de petit garçon, en trois secondes. Ça a été très difficile, vraiment", se souvient-il. 

"Ma réaction a été extrêmement brutale, je l'ai regrettée"

Le chanteur fait alors savoir à son père qu'il n'a pas le droit de rentrer dans sa loge, qu'il refuse de le voir. Aujourd'hui, il regrette. Tout en reconnaissant qu'il n'aurait pas pu en être autrement. "C'était un élan spontané, je savais que ma mère était là, je n'avais pas du tout envie de les remettre ensemble, j'avais peur de cette confrontation, c'était trop tard. J'ai essayé de l'épargner. Ma réaction a été extrêmement brutale, je l'ai regrettée. Mais j'ai agi comme je pouvais agir à ce moment-là, avec la maturité de ce moment-là.

Le père d'Étienne Daho, Étienne lui-aussi, riche héritier, militaire de carrière et au tempérament plutôt porté sur la fête, avait quitte sa famille quelque 25 ans plus tôt. Le petit Étienne Daho avait alors quatre ans et vivait avec sa mère et ses grands-parents à une vingtaine de kilomètres d'Oran, juste avant que la guerre d'Algérie frappe sa famille et le contraigne à l'exile.

Des années plus tard, alors que le chanteur est déjà très populaire, on lui confie des lettres écrites par son père. Il en tire une chanson, "Boulevard des capucines", qui sortira en 2007. Étienne Daho y chante notamment ceci : "Je te demande par cette lettre, mon garçon, de m'accorder ton pardon. Tu sais, quelle connerie ma jeunesse, mon silence, quelle erreur, quelle perte de temps". Le père du chanteur est alors décédé depuis peu, et il ne l'a toujours pas revu.

"J'ai fait une chose curieuse : j'ai écrit une chanson à partir de ces lettres, en inversant les rôles. Je me suis mis à la place de mon père", raconte Étienne Daho sur Europe 1. "Ça m'a beaucoup soulagé, c'était une espèce de libération. C'est une chanson de pardon. Je n'avais pas l'intention de la publier du tout et les gens autour de moi m'ont dit : 'Ça serait quand même bien que tu l'intègres au disque'. Je me suis laissé convaincre".

"Maintenant je vis très bien avec cette chanson"

Mais le chanteur a mis du temps avant de pouvoir porter un regard apaisé sur ce titre. "J'ai regretté pendant un bout de temps. Quand on parle de choses intimes, on parle des autres, on expose les autres, sa famille, sa mère, ses sœurs. Pour elles, cela faisait partie des choses que l'on classe, que l'on a envie d'oublier. Je me suis fait un peu engueuler quand même !", se souvient-il.

Et de poursuivre : "Puis après je me suis apaisé avec cette chanson. Je me suis aperçu que beaucoup de mes amis ont eu une telle relation, qui ne s'est pas faite, avec leur père. Je me suis dit : 'Ça ne m'appartiens plus, c'est universel'. Et maintenant je vis très bien avec cette chanson".

Surtout, le chanteur insiste sur une chose : Boulevard des Capucines n'est pas une chanson triste. "Elle a été perçue comme une chanson triste, ça devenait victimisant. Or, ça parle de pardon et le pardon, c'est très joyeux, on s'en libère, on le partage avec les autres. J'étais très gêné qu'on en fasse quelque chose de triste", conclut-il.