Elisabeth Quin : "Je ne sais pas si je vais perdre la vue, je fais tout pour ne pas la perdre"

, modifié à
  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :
Atteinte d'un double glaucome, la journaliste pourrait ne plus voir. Elle se bat pour que cette situation n'arrive pas et raconte cette traversée dans un ouvrage, "La nuit se lève".

C'est un combat, une peur. La peur de perdre la vue, et un combat pour que cela n'arrive pas. Elisabeth Quin a mis toute son angoisse et ses espoirs dans son livre quasi thérapeutique, La nuit se lève. La journaliste de 55 ans est atteinte d'un double glaucome, une dégénérescence du nerf optique, qui pourrait la rendre aveugle. Dans l'émission Il n'y a pas qu'une vie dans la vie, elle s'est confiée sur sa maladie.

"Terreurs archaïques". Aujourd'hui, la chirurgie existe. Mais la journaliste se montre très lucide : "Comme tous les actes médicaux, ça comporte un risque. La chirurgie dans l’œil est, selon l’œil, selon l’état d’avancement de la maladie, plus ou moins risquée. Il y a le risque objectif de la chirurgie et il y a ce que l’on met, soi, dans cette notion d’un scalpel, quelque chose qui vient dans votre œil et qui réveille des terreurs absolument archaïques."

Elle relativise aussitôt cette angoisse fondamentale : "Un million de gens en France ont un glaucome, soit à un œil soit à deux yeux, et qui se font traiter avec toutes sortes de soins, laser, chirurgie, collyre, et ça va plus ou moins bien. Mais on peut faire ralentir ou juguler ou contrôler et parfois pas, mais on peut souvent le faire."

"vous vous auto-poignardez". D'ailleurs, elle insiste : "D’abord, je ne sais pas si je vais perdre la vue. Je fais tout pour ne pas la perdre. Il y aurait une tentation utopique et illusoire d’accumuler une bibliothèque d’images mentales. Vous vous auto-poignardez en faisant ça. Je pense que c’est une démarche qui consiste à s’alourdir. Ce n’est pas la question. La question, c’est comment continuer à avancer en s’allégeant et en s’ouvrant aux autres ?"

Entendu sur europe1 :
La maladie est une saloperie qui vous abîme qui vous érode, qui vous entame, avant tout.

"Mon propre laboratoire". La journaliste se pose encore d'autres questions, si jamais la cécité arrivait. "J’ai rencontré des femmes aveugles extraordinairement soignées, pimpantes même. Je me disais 'comment font-elles' ? Elles n’ont pas le recours du reflet. Est-ce qu’il y a un médiateur, la personne aimée, un ami ?" Parfois, elle se surprend elle-même à fermer les yeux, comme à l’opéra. "Depuis des mois, des années, depuis que j’ai cette maladie, de temps en temps," elle fait cette expérience.

"Comme si j’étais mon propre laboratoire de l’angoisse ou de la confiance. Comment fait-on quand on voit moins ? A qui fait-on confiance ? Et qu’est-ce que la confiance quand on ne voit plus. Quand vous rencontrez quelqu’un, vous vous accrochez à un regard. C’est par là que ça se passe. Quand ça ne peut plus se passer par le regard, comment fait-on ?", s'interroge-t-elle.

Un chaman. Si elle prend en compte cette éventualité de la perte, elle tente aussi de l'éloigner d'elle le plus possible. Elle est notamment allée voir un chaman. "Il n’y a pas que la nécessité biologique et organique dans la vie. Il y a les esprits, l’invisible, les vibrations, l’arrière de la réalité. Toutes les dimensions qui nous dépassent. Ça n’est pas faire offense ou calomnier l’esprit scientifique que de dire que je me suis intéressée à des gens qui eux-mêmes s’intéressent à l’invisible."

Des églises. Dans un même élan d'idées, elle est aussi allée se recueillir à la basilique Sainte-Thérèse-de-Lisieux. "J’ai fait une expérience. C’était un échec. Deux fois. Il me semblait qu’il devait y avoir un vortex d’énergies, de puissances, de croyances, d’aspiration dans ce lieu. Il y a forcément dans ses lieux une dimension supplémentaire."

Elle a également profité d'un séjour à Venise pour se rendre dans l'église où reposent les reliques du Santa Lucia. "C’est la sainte des oculistes et des électriciens. J’étais dans le coin, je suis passée. Je n’étais pas fière et en même temps, j’espérais quelque chose. Et rien ne s’est produit", constate Elisabeth Quin, qui ne se satisfait aucunement de la théorie doloriste qui voudrait que la maladie donne un nouveau sens à l'existence. "Il y a d’autres manières d’y parvenir. La maladie permet de réfléchir", concède-t-elle, avant de se montrer catégorique : "La maladie est une saloperie qui vous abime qui vous érode, qui vous entame, avant tout."

 

 

"Ça n’est pas grave d’être terminale et de ne pas avoir d’enfant"

En 2003, Elisabeth Quin a adopté une petite fille au Cambodge. Au micro d'Europe 1, elle s'est aussi confié d'une part sur cet événement et sur le fait qu'elle ne voulait elle-même pas enfanter.

"Je ne voulais pas me reproduire et je considérais en parallèle à cette volonté farouche de ne pas me reproduire qu’il y avait quand même pas mal d’enfants qui n’avaient pas de parents. Il y a sans doute…non, pas un manque de considération pour soi, parce que je me soigne, mais oui peut-être que je ne voulais pas me reproduire. Je voulais être terminale. Et ça n’est pas grave d’être terminale et de ne pas avoir d’enfant. Néanmoins, l’adoption était quelque chose qui me semblait nécessaire, important. Donner une famille à un enfant qui n’en a pas ou qui a été abandonné."