ENQUÊTE - Six mois après, où en est la reconstruction de la cathédrale de Notre-Dame de Paris ?

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Après l'incendie de la cathédrale de Notre-Dame de Paris, Emmanuel Macron avait promis de la reconstruire d'ici cinq ans. Alors où en est-on aujourd'hui ? 
ENQUÊTE EUROPE 1

Les 15 et 16 avril derniers, la cathédrale de Notre-Dame de Paris brûlait sous les yeux de passants médusés. Les images diffusées en direct ont ému la France entière. Devant une telle catastrophe, le chef de l'Etat, Emmanuel Macron, avait promis de reconstruire le joyau architectural français d'ici cinq ans. Alors, où en est-ou de la reconstruction ? Europe 1 a mené l'enquête.

Trois cents tonnes de plomb ont fondu en une nuit lors de l'incendie. Il a fallu mettre en place des règles très strictes pour travailler dans l'enceinte de la cathédrale. De ce fait, le chantier tourne au ralenti, même si des bruits de perceuses et le va-et-vient des ouvriers témoignent d'une activité. En restant à proximité du chantier pendant une journée, force est de constater que le dynamisme du début s'est évaporé. Rien n'a vraiment avancé depuis juillet.

"Au début, on devait pallier l'urgence"

"Au début, on devait pallier l'urgence", dit un ouvrier. Maintenant, le chantier donne l'impression que tout est bloqué. Un sentiment qui semble partagé parmi les ouvriers, les chefs de chantiers et les architectes.

La cause du ralentissement tient en un mot : plomb. Pour assurer la sécurité du personnel, les procédures sont très nombreuses et très rigoureuses. Trop rigoureuses, selon certains. Par exemple, à chaque fois qu'un ouvrier passe d'une zone sale à une zone propre, c'est-à-dire une zone sans plomb, il doit enlever son masque, sa combinaison, ses gants et prendre une douche. Le tout dure 10 minutes et l'opération peut se répéter... six fois par jour.

Un échafaudage menace de s'effondrer

"Chaque semaine, on a l'impression qu'ils inventent une nouvelle règle", témoigne un chef de chantier. La dernière en date : l'interdiction d'utiliser les escaliers au-delà de 13 mètres. Mais les monte-charges n'arriveront pas avant 5 ou 6 semaines. Les ouvriers ne peuvent donc pas monter pour le moment tout en haut de l'échafaudage.

D'autant plus que cet échafaudage menace toujours de s'effondrer. Il est la source de stress numéro 1 sur le chantier. Il faut être plus souple sur les règles pour éviter un drame.

Une frustration ressentie tous les jours par le recteur de Notre-Dame de Paris, Monseigneur Patrick Chauvet, agacé lui aussi par toutes ces procédures : "Je comprends qu'on soit prudent, mais pas excessif car ça crée une tension. Je trouve que c'est un peu lourd, j'ai hâte que l'Etat et le préfet prennent des décisions pour alléger tout ça, il ne faut pas trop tarder et il ne faut pas qu'on dise 'ah tiens, l'échafaudage est tombé, on aurait pu l'éviter'".

L'inspection du travail pointée du doigt

L'inspection du travail semble pointée du doigt. "On est sans cesse surveillé, lance un responsable, l'inspectrice vient 3 à 4 fois par semaine". Du côté de l'Etat, hors de question de revivre un nouveau scandale. Le mot d'ordre, c'est la rigueur. Une rigueur qui a tendance à exaspérer les ouvriers.

La préfecture, elle, dit que c'est une contrainte nécessaire. Il faut assurer la sécurité comme l'exige le droit du travail. La préfecture a tout de même décidé de lâcher un peu de lest. Des sanitaires et des points d'eau seront installés cette semaine dans les zones polluées pour éviter aux ouvriers d'avoir à prendre une douche à chaque fois qu'ils sortent de la zone.

Europe 1
Par Pauline Jacot, édité par Maxime Dewilder