Coupe du monde : pourquoi les célébrations de deux footballeurs suisses font polémique ?

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Le joueur suisse d'origine kosovare Xherdan Shaqiri a créé la polémique avec son geste de victoire, vendredi, lors d'un match contre la Serbie.
Le joueur suisse d'origine kosovare Xherdan Shaqiri a créé la polémique avec son geste de victoire, vendredi, lors d'un match contre la Serbie. © OZAN KOSE / AFP
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Xherdan Shaqiri et Granit Xhaka ont tous deux mimé l'aigle albanais après leurs buts, vendredi soir. Ce qui n'a rien d'un hasard de la part de joueurs d'origine kosovare pendant un match contre la Serbie.
LE S.A.V. DU MONDIAL

La Coupe du monde de football a pris un tour au moins aussi politique que sportif vendredi soir. Lors du match opposant la Suisse à la Serbie, qui se jouait à Kaliningrad, les deux buteurs de la première équipe ont eu un geste de célébration. Jusqu'ici, rien d'anormal, même si l'exercice est parfois risqué (ce n'est pas Nabil Fekir qui dira le contraire...). Mais Xherdan Shaqiri et Granit Xhaka ont choisi de mimer un aigle avec leurs mains. Une référence équivoque à l'Albanie qui, dégainée face aux Serbes, a suscité la polémique.

 

 

Aigle albanais à deux têtes. De fait, les deux footballeurs de l'équipe de Suisse sont d'origine kosovare : Xherdan Shaqiri est né au Kosovo, tandis que Granit Xhaka est issu d'une famille kosovare. Or, le Kosovo, majoritairement albanais, connaît des relations très tendues avec la Serbie, qui refuse d'en acter l'indépendance, proclamée unilatéralement en 2008. Mimer l'aigle albanais à deux têtes a donc été vécu comme une provocation par les Serbes. Du moins dans les tribunes, qui n'ont pas cessé de siffler les deux buteurs tout au long de la rencontre.

Un autre match perturbé. Ce n'est pas la première fois que les tensions géopolitiques entre Kosovo et Serbie se ressentent sur un terrain de football. En 2014, un match entre la Serbie et l'Albanie à Belgrade avait tourné à l'affrontement entre joueurs et supporters lorsqu'un drone avait survolé la pelouse avec un drapeau de la "Grande Albanie", projet nationaliste visant à réunir les communautés albanaises de toute l'Europe.

"Juste de l'émotion". Vendredi soir, Xherdan Shaqiri a préféré botter en touche lorsqu'il a été interrogé sur sa célébration polémique. "Vous avez vu ce que j'ai fait, c'est juste de l’émotion, je suis juste heureux d'avoir marqué, on n'a pas à parler de ça", a-t-il répondu aux journalistes. Granit Xhaka, lui, s'est montré plus disert à la RTS. "Ce n'était pas prévu", a-t-il assuré. "Mais cet aigle, c'était pour tous ceux que j'aime et qui ont été à mes côtés. C'était un match très particulier, pour Xherdan, Valon [Behrami, autre joueur de l'équipe né dans un territoire disputé par le Kosovo et la Serbie], moi-même, tout le monde le savait."

Condamnations de la presse serbe. Le sélectionneur suisse, lui, a moyennement apprécié. "Nous sommes là pour vivre différentes émotions et prendre du plaisir", a déclaré Vladimir Petkovic. "On ne devrait pas mélanger politique et football." Bien plus sévère, la presse serbe dénonçait samedi une "provocation honteuse". Xherdan Shaqiri et Granit Xhaka ont "célébré leur succès avec le signe de l'aigle noir, effectué par ceux qui croient en la prétendue idée d'une 'Grande Albanie'", a commenté le journal Blic. Évoquant des "gesticulations albanaises", les médias serbes ont aussi regretté la présence des drapeaux suisse et kosovar sur les crampons de Shaqiri. D'après la RTS, la Fédération serbe s'en était plaint avant le match, sans succès.

Sans surprise, les prestations de Xherdan Shaqiri et Granit Xhaka ont été bien plus appréciées du côté de Pristina. "Fier de vous ! Le Kosovo vous aime !",  a tweeté le président kosovar Hashim Thaci.