Agression de Kim Kardashian : comment est assurée la protection des stars ?

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Agression de Kim Kardashian : comment est assurée la protection des stars ?
@ KENZO TRIBOUILLARD / AFP
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La star américaine a été victime d’un braquage à main armée dans un hôtel particulier du 8ème arrondissement de Paris. Près de neuf millions d’euros de bijoux lui ont été dérobés.

D’ordinaire, Kim Kardashian est plus habituée à faire la Une des magazines people que celle des pages faits divers. La star américaine a été braquée, dans la nuit de dimanche à lundi, dans le très chic 8e arrondissement de Paris. Selon nos informations, vers 2h30 du matin, cinq hommes déguisés en policiers et équipés d’armes de poing se sont présentés à la porte de son hôtel particulier, enjoignant le concierge de nuit à leur ouvrir la porte puis à les conduire jusqu’à la chambre de la star. Les agresseurs l’ont alors menacée avec une arme, avant de la ligoter et de l’enfermer dans la salle de bains. Ils lui ont dérobé sa boîte à bijoux pour un montant de cinq millions d’euros et sa bague de fiançailles, d’une valeur de quatre millions d’euros, avant de prendre la fuite.

Kim Kardashian n’avait, semble-t-il, pas de garde du corps ce soir-là. Selon une information d'Europe 1, l'homme était en boite de nuit pour protéger une autre soeur de la star, Kourtney. Comment expliquer que la star et ses neuf millions d’euros de bijoux n’aient pas été davantage protégés ? "Il y a assurément une faille dans le dispositif. Une mauvaise évaluation de la situation", analyse Guy Boyta, président d’Isa Protection, une petite entreprise de protection des personnes.

Protection des personnalités, une notion restreinte. En France, la protection des personnalités est assurée par les policiers d’élites de la sous-direction de la protection des personnalités (SDLP), dépendant du ministère de l’Intérieur. Mais le terme "personnalité" recouvre une réalité très restreinte : le chef de l’Etat, des membres du gouvernement, des politiques de premier plan ou des hautes personnalités étrangères de passage en France. Certaines figures médiatiques ou religieuses, faisant l’objet de menaces de mort, sont également sous leur protection. Le dispositif mis en place dépend d’une procédure d’évaluation de la menace effectuée par l’unité de coordination de la lutte anti-terroriste (UCLAT). Reste que ce groupe, constitué d’environ 700 personnes, ne peut assurer la sécurisation que de 100 à 150 personnes. En aucun cas celle des stars.

Si les people, mais aussi les chefs d'entreprises ou simplement des familles souhaitent être protégés, ils doivent se tourner vers des services privés. Pour eux, aucune menace directe ne nécessite de mettre en place une protection spécifique, mais leur notoriété, leur fortune ou leur rang professionnel en font, malgré tout, des personnalités exposées. "Il n’y a pas de profil spécifique. On peut assurer la sécurité d’enfants comme de stars internationales", indique Jean-Pierre Diot, vice-président de la fédération française des agents de protection rapprochée (FFPR). Cet ancien membre du service de protection des personnalités a notamment assuré la sécurité de Nicolas Sarkozy avant de se tourner vers le secteur privé.

Chaque situation est différente et nécessite un dispositif adapté

"Sur le fond, le travail n’est pas très différent. Les techniques de sécurisation, de déplacement sont les mêmes", assure-t-il. Chaque mission commence par une évaluation de la situation qui donnera lieu à des recommandations. Doivent-ils intervenir sur un événement donné ou sur du long terme ? Quel est le profil de la personnalité ? A quels types de risques est-elle exposée ? "Il n’y a pas un protocole particulier. Chaque situation est différente et nécessite un dispositif adapté. Il faut prendre en compte la personne mais également son environnement", explique Guy Boyta. Pour les stars internationales, qui ont généralement leurs propres gardes du corps, la sécurisation est assurée par une équipe mixte. Les entreprises de protection françaises sont sollicitées par les agents de la star pour "baliser le terrain". "Par exemple, si elle doit se rendre au Stade de France, on va sur place, évaluer les besoins, repérer les lieux, préparer le trajet", poursuit le directeur d’Isa Protection.

La difficile question de l’armement. Le livre six du code de la sécurité intérieure, qui régit la profession, interdit aux agents de protection d’être armés. Mais des exceptions existent. Les gardes du corps de certains grands patrons du CAC 40 ou d’hommes politiques, à l’instar de celui de la famille Le Pen, en disposent. Le vice-président de la fédération française des agents de protection rapprochée estime à une cinquantaine le nombre d’agents autorisés à porter une arme. Le ministère de l’Intérieur autorise également aux agents étrangers d’en porter. "On peut plus facilement riposter avec une arme, mais il ne faut pas croire que cela change tout. Encore faut-il savoir s’en servir", indique-t-il. Et d’ajouter : "Et imaginez que le garde du corps se fasse arracher son arme par un agresseur, là ça devient vraiment dangereux".

Pendant longtemps, les "vigiles" étaient majoritairement d’ex-militaires ou policiers, titulaires d’office d'équivalences délivrées par le Conseil National des Activités privées de Sécurité (CNAPS), sous tutelle du ministère de l’Intérieur, leur permettant de se recycler dans le privé. Pour faire face à l’augmentation de la demande, notamment depuis la vague d’attentats, la profession s’est ouverte. Les équipes des patrons du CAC 40 ou de certains dignitaires religieux ont été renforcées. "Les équipes de protection de la police sont tellement débordées qu’elles se tournent de plus en plus vers nous", assure Jean-Pierre Diot. Selon lui, l’augmentation de la demande s’explique également par un effet de mode. "Il n’y a qu’à voir à Cannes, toutes ces starlettes se promener avec des gardes du corps. On a presque l’impression que ça fait partie de l’image de marque. Plus ils ont de gardes du corps, plus ils sont vus." Il suffit désormais de suivre une formation de cinq semaines pour avoir la licence professionnelle de la CNAPS.

Reste que dans la majorité des cas, les professionnels du secteur estiment que le port d’une arme à feu n’est pas nécessaire. "Une partie de notre mission est un travail de dissuasion", explique Guy Boytat. Un rôle généralement dévolu aux "montagnes de muscles" qui entourent les stars. Ils sont autant chargés de les protéger de la foule que d’empêcher les paparazzis de prendre des clichés gênants. Les agents plus expérimentés sont chargés de mission plus périlleuse, d’observation, d’analyse du risque. Si un danger effectif est observé, ils se tournent alors vers les autorités. "Notre mission n’est pas de nous substituer aux forces de l’ordre mais de travailler en amont", conclut-il.