PORTRAIT - Mort de Simone Veil : retour sur une vie de combats

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PORTRAIT - Mort de Simone Veil : retour sur une vie de combats
Simone Veil a permis à la société française de faire de grandes avancées en matière de féminisme.@ Franck Fife AFP
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Ancienne ministre et membre du Conseil constitutionnel, Simone Veil, morte vendredi à l’âge de 89 ans, a marqué de son empreinte la société française grâce à ses combats.

PORTRAIT

Survivante de la Shoah, ministre, première femme à présider le Parlement européen, académicienne et mère de la dépénalisation de l’avortement en France : Simone Veil a marqué le XXe siècle par son engagement politique et ses combats. Elle s’est éteinte le 30 juin 2017 à l’âge de 89 ans.

Retour sur une vie dont on retiendra le souci constant d’améliorer les conditions de vie de ses concitoyens.

  • Une enfance marquée par l’antisémitisme

Simone Veil est née Jacob le 13 juillet 1927, à Nice. C’est sa mère, contrainte par son mari d’arrêter ses études, qui lui donne le goût de la culture et du savoir. Fille d’un architecte juif, la jeune Simone est victime des persécutions antisémites de la France des années 30 et sera déportée à 16 ans à Auschwitz-Birkenau par les nazis. Elle revient en France à la fin de la guerre, tatouée par la barbarie nazie et orpheline de ses parents et de son frère.

Elle épouse en 1946 Antoine Veil, qui sera ministre sous l’étiquette du MRP, un parti centriste. Le couple, parent de trois fils, affichera une inébranlable complicité jusqu'à la disparition d'Antoine, en 2013. 

  • Une carrière dans la fonction publique

Le bac en poche, elle commence des études de droit et sciences politiques. Elle devient magistrate et travaille comme haut fonctionnaire dans l’administration pénitentiaire. Une de ses actions sera d’améliorer les conditions de détention dans les prisons françaises. Elle devient par la suite secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) en 1970.

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  • Un engagement politique et une liberté d’expression

Après la mort du président Pompidou, Simone Veil soutient la candidature de Jacques Chaban-Delmas à l'élection présidentielle anticipée. La victoire de Valéry Giscard d'Estaing en 1974 ne l’empêche pas d’obtenir le poste de ministre de la Santé. Elle conservera d’ailleurs son fauteuil dans les gouvernements Chirac et Barre, entre 1974 et 1979. En coulisses, Antoine soutient l'ascension politique de sa femme, est l'un des rares dont elle accepte les conseils. "Ils sont convenus qu’elle s’amuserait à placer une phrase incongrue au cours de ses interventions. Histoire de dédramatiser. En échange, il lui promet un petit cadeau. Le plus souvent un flacon de Must, le parfum de Cartier. Tous deux s’amusent de cette pitrerie enfantine", raconte Sarah Briand dans sa biographie Simone, éternelle rebelle.

Le 26 novembre 1974, après trois jours de débats tendus, elle présente devant l’Assemblée nationale son projet de loi sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) qui dépénalise l’avortement. "Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme - Je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes", lâche-t-elle devant l’hémicycle. Le texte, dit loi Veil, sera définitivement adopté le 17 janvier 1975, au terme d’une longue bataille, non exempte de coups bas.

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Son "féminisme pragmatique" aboutit au remboursement par la sécurité sociale de la pilule contraceptive en 1974. Féministe engagée, elle défend l’égalité et la complémentarité des genres, réfutant inlassablement la supériorité masculine, tant dans la société, que dans le travail et la famille.

  • Un futur européen

Ayant profondément marqué la société française en permettant une grande avancée féministe avec la loi sur l’IVG, Simone Veil porte en 1979 les couleurs de l’UDF aux premières élections européennes au suffrage universel. Elle devient la première femme à présider le Parlement européen de 1979 à 1982. Elle conduira ensuite les listes unies de la droite aux élections européennes et restera députée jusqu’en 1993.

  • Un retour à la vie politique française

Elle est rappelée au gouvernement en tant que secrétaire d'État aux Affaires sociales en 1993, par Edouard Balladur. Elle soutient ensuite sa candidature à la présidentielle de 1995. Elle quitte finalement le gouvernement après la victoire de Jacques Chirac et milite pendant deux ans à l’UDF. Elle rejoint finalement en 1998 le Conseil constitutionnel où elle siègera jusqu’en 2007. Elle sortira une fois de sa réserve pour apporter son soutien au référendum sur le projet de traité constitutionnel en 2005.

  • Simone Veil l'immortelle

Mais le destin lui réserve un nouveau coup dur. En 2002, son fils Nicolas disparaît brutalement. "J'ai commencé ma vie dans l'horreur, et je la termine dans le désespoir", dira cette mère devant le cercueil de son enfant.

Elle soutient la candidature de Nicolas Sarkozy à l’élection présidentielle de 2007. "Il peut être brutal dans son expression, mais les gens ont tort de douter de son humanité. C’est un ami fidèle. Pour moi, c’est important", déclare-t-elle à cette occasion au Figaro. Pourtant, son cœur reste au centre. Cette affinité politique fait d’elle le premier adhérent à l’UDI de Jean-Louis Borloo en 2012. Membre de l’Académie française depuis 2008, elle devient Grand officier de la Légion d'honneur depuis 2009.

Sa dernière apparition publique remonte à janvier 2013. Simone Veil est vue au côté de son époux dans le cortège de la Manif pour tous contre le mariage homosexuel. Une démarche qui a surpris, une façon peut-être pour cette femme de tous les combats d'affirmer une dernière fois sa liberté d'opinion par-delà les étiquettes politiques.