Rentrée sous tension pour Gérard Collomb

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Rentrée sous tension pour Gérard Collomb
Immigration, NDDL, sécurité routière : Gérard Collomb a de nombreux dossiers à gérer en cette rentrée.@ Xavier LEOTY / AFP
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De la loi immigration à la sécurité routière, le ministre de l'Intérieur est sur tous les fronts en cette rentrée. Notamment sur des dossiers sensibles, qui font toujours courir un certain risque politique à celui qui les porte.

Le voilà partout, tout le temps, sur tous les fronts. En cette rentrée 2018, pas question pour Gérard Collomb, de lever le pied. Le ministre de l'Intérieur a déjà eu un début de quinquennat chargé avec, notamment, le projet de loi de sécurité intérieur à défendre à l'automne, pour une sortie de l'état d'urgence le 1er novembre. Dans les semaines et les mois à venir, les questions de politique intérieure seront nombreuses sur la table. Et les occasions pour Gérard Collomb de s'afficher en première ligne seront autant de risques de prendre des coups.

Crispations sur l'immigration. À commencer par la loi asile et immigration, attendue mi-février sur la table du Conseil des ministres. La trame en a été dévoilée cette semaine : réduction des délais d'examen des procédures de demande d'asile et des recours, augmentation de la durée maximale des séjours en rétention administrative, allongement de la durée de titres de séjours pour certains réfugiés (notamment les apatrides), extension de la réunification familiale pour les réfugiés mineurs. Parmi ces mesures, de quoi crisper au plus haut point les associations, qui dénoncent depuis plusieurs semaines une politique trop répressive à l'égard des migrants et protestent contre plusieurs circulaires. Et provoquer le débat au sein de la majorité, plusieurs députés s'interrogeant aussi sur la dureté de la politique gouvernementale.


La carotte et le bâton. C'est dans ce contexte politiquement délicat que doit manœuvrer Gérard Collomb. Et le ministre de l'Intérieur, qui en aurait marre, selon le Canard enchaîné, de "passer pour le facho de service", a choisi la bonne vieille méthode de la carotte et du bâton : il discute sans rien céder sur le fond. Il s'assure donc d'échanger régulièrement avec la majorité et son allié MoDem. Officiellement, il s'agit moins de désamorcer des tensions que de suivre la méthode de travail classique du gouvernement, alliant discussion et collégialité. Un groupe de travail a été constitué avec des députés LREM de la Commission des lois, que Gérard Collomb a prévu de rencontrer à cinq reprises.

En réalité, Beauvau ne peut ignorer que le projet de loi est potentiellement explosif. Un dîner organisé avec les parlementaires macronistes d'Île-de-France pour en parler s'est, selon une participante auprès du Canard enchaîné, "révélé plus tendu que prévu : de nettes dissensions sont apparues entre députés". Certains parlementaires émettent des réserves, à l'instar de François-Michel Lambert. L'élu des Bouches-du-Rhône a affirmé sur RTL qu'il "ne voter[ait] pas ce texte de loi s'il [allait] au-delà du programme d'Emmanuel Macron".

Beauvau joue la confiance. Du côté de Beauvau, on la joue confiant. Sur le fond du projet, d'abord. "Du plan du gouvernement sur le droit d'asile et la maîtrise des flux migratoires, on ne retient que les mesures d'ordre législatif sur les expulsions", regrette un membre de l'entourage de Gérard Collomb auprès d'Europe1.fr. "Mais il y a aussi des propositions pour développer l'intégration."

En outre, on fait valoir que les précédents baptêmes du feu du ministre de l'Intérieur, notamment le projet de loi de sécurité intérieure, n'ont pas suscité le tollé prévu. "Ce texte cristallisait beaucoup de critiques, certains l'ont même qualifié de liberticide. Et il a finalement été adopté à une large majorité parce qu'il y a eu des discussions et des concertations. C'est la méthode de travail du ministre. Les médias ont peut-être envie d'y voir une épreuve de vérité pour la majorité. On nous avait déjà promis la même chose avec la loi sécurité, ou même les ordonnances de réforme du code du Travail." Qui ont passé sans encombre l'épreuve de la navette législative.

Gérer la colère des policiers. Le "premier flic de France" doit aussi s'attaquer au malaise de ses troupes. Gérard Collomb a commencé à rencontrer cette semaine les syndicats de policiers pour évoquer avec eux leurs conditions de travail. L'agression filmée de deux agents à Champigny-sur-Marne, pendant la nuit de la Saint-Sylvestre, a mis le feu aux poudres. Et rappelé que d'autres dossiers attendent depuis longtemps une véritable prise en main, notamment les cas de suicides de policiers. 

Pas question, néanmoins, de se précipiter pour adapter les lois en vigueur. Du côté de Beauvau, on temporise. "Il est possible que certains partenaires arrivent avec une liste de demandes sur le plan pénal", anticipe l'entourage de Gérard Collomb. "Mais le ministère n'est pas dans une logique d'empilement des annonces et des plans." Mieux vaut "veiller à ce que les dispositifs existants soient bien appliqués, ou éventuellement renforcés."

Usage de la force à NDDL. L'évacuation de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes sera également un dossier sensible pour Gérard Collomb. Car au-delà du maintien ou de l'abandon de l'aéroport, décision qui doit être prise à la fin du mois, l'avenir de la "zone à défendre" sera nécessairement à l'ordre du jour. Le ministre de l'Intérieur doit à tout prix éviter un nouveau Sivens. En 2014, le jeune militant Rémi Fraisse est mort sur le site de ce barrage, après avoir été touché par l'explosion d'une grenade offensive lancée par un gendarme.

Pour NDDL, Gérard Collomb prépare le terrain. "On sera obligé à un moment donné d'employer la force, je pense", a-t-il expliqué le 2 janvier sur Europe 1. "Mais il faut qu'elle soit la plus mesurée possible, la plus maîtrisée possible." Reste que, fin novembre, la place Beauvau évoquait le risque de "trois ou quatre morts" dans Paris Match. Pour l'instant encore relativement épargné, le débat étant plus concentré sur l'avenir du projet d'aéroport lui-même que sur la ZAD, Gérard Collomb sera pourtant contraint de prendre la lumière lorsque viendra l'heure de l'évacuation.

C'est un poste où il faut monter au front et gérer les urgences. Pas le ministère sexy ni celui des bonnes nouvelles.

Impopulaire réduction de vitesse. Même chose sur le plan de sécurité routière, qui contient la mesure phare d'abaissement de la vitesse de 90 à 80 km/h sur les routes secondaires. Pour l'instant, le dispositif jugé indispensable par le gouvernement pour endiguer un nombre de morts sur les routes reparti à la hausse depuis trois ans mais néanmoins très impopulaire, est d'abord défendu par le Premier ministre. Celui-ci s'est "personnellement saisi du sujet et a à cœur de porter cette cause", note-t-on place Beauvau. "C'est aussi le rôle du chef du gouvernement de se faire le porte-voix de certains sujets plus que d'autres." On entendrait presque le soupir de soulagement de ceux qui voient Edouard Philippe endosser le costume du "bad cop".

"Pas le ministère des bonnes nouvelles". Reste que c'est Gérard Collomb qui, après avoir déjà occupé le terrain le soir du 31 décembre en rendant visite aux gendarmes des Yvelines, devra s'occuper de la mise en place de cette réduction de vitesse. Avec, encore une fois, plus de coups à prendre que de bénéfices à tirer. Qu'importe. "Gérard Collomb assume sa position", glisse une proche. "C'est un poste où il faut monter au front et gérer les urgences. Pas le ministère sexy ni celui des bonnes nouvelles."

Sous le feu des critiques de l'opposition et d'une partie de la société civile, notamment le monde associatif sur le dossier des migrants, Gérard Collomb tient bon. Lui qui a marché avec Emmanuel Macron depuis le début, versé une larme lors de l'investiture du président, sait qu'il conserve tout le soutien de l'Élysée. Dans l'entourage du premier flic de France, on s'en gargarise. "Emmanuel Macron peut l'appeler plusieurs fois dans la journée pour avoir son avis. Ils ont une réunion hebdomadaire. Ce n'est pas le cas de tous les ministres."