Réforme du collège : le réveil tardif de l'UMP

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Réforme du collège : le réveil tardif de l'UMP
Bruno Le Maire et Nicolas Sarkozy.@ LIONEL BONAVENTURE / AFP
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RETARD A L'ALLUMAGE - La droite tire à boulets rouges sur le texte de Najat Vallaud-Belkacem. Mais les milieux enseignants et intellectuels s'étaient mobilisés avant l'opposition.

La réforme du collège enflamme le débat politique. Dernier épisode en date : l'UMP a mis en ligne mercredi une pétition pour réclamer le retrait du texte. Cette initiative fait suite à une lettre écrite mardi par l'ancien ministre de l'Agriculture, Bruno Le Maire, appelant également François Hollande à retirer cette réforme. Une missive cosignée par 179 parlementaires de la droite et du centre.

Le Maire mène la fronde. Bruno Le Maire a rédigé ce courrier après avoir pris la parole sur le sujet mardi, lors de la réunion de groupe des députés UMP, en présence de Nicolas Sarkozy. Une façon pour celui qui rêve d'une candidature présidentielle d'avancer ses pions sur cette thématique. "L'éducation fait partie de ses grandes priorités", souligne l'un de ses soutiens, le député Thierry Solère, contacté par Europe 1.

Cette semaine, les ténors de l'UMP ont multiplié les attaques. C'est "sans doute la plus détestable de la longue liste des réformes inutiles que nous avons connues depuis trois ans", a asséné Nicolas Sarkozy, mercredi dans Le Figaro. La veille, c'est François Fillon qui avait demandé la suspension de la réforme.

Une réforme présentée il y a deux mois. Le réveil de la droite apparaît pourtant bien tardif, alors que Najat Vallaud-Belkacem a présenté la réforme du collège… le 11 mars. Invitée d'Europe 1 ce jour-là, la ministre de l'Education nationale avait fait le constat que "les élèves s'ennuient" et présenté les fameux "enseignements pratiques interdisciplinaires". C'est notamment autour de cette mesure que la polémique fait rage... deux mois plus tard.

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Najat Vallaud-Belkacem. © ALAIN JOCARD / AFP


Une contestation venue d'abord… de gauche. La contestation n'est pas d'abord venue de la droite… mais de la gauche ! L'ex-Premier ministre Jean-Marc Ayrault, ancien professeur d'allemand, s'était ainsi inquiété de la disparition des classes bilangues. Depuis, plusieurs voix très écoutées au PS ont aussi fait part de leurs réserves. Julien Dray, proche de François Hollande, a ainsi appelé mercredi à "reprendre la réforme", tandis que Jack Lang a critiqué jeudi "la suppression de filières d'excellence qui ont fait leurs preuves".

La colère gronde aussi chez les syndicats d'enseignants, qui appellent à la grève le 19 mai. Et de nombreux intellectuels ont fait entendre leur voix. Le philosophe Michel Onfray, l'essayiste Régis Debray, l'historien Pierre Nora, le journaliste Jacques Julliard… Tous sont montés au créneau à tour de rôle pour fustiger la réforme du collège, mais aussi celle des programmes, qui fait débat en raison du choix des thèmes abordés en histoire.

"La droite n'a pas fait mieux sur l'Education nationale". Pourquoi alors l'UMP et son président Nicolas Sarkozy n'ont-ils pas lancé les hostilités plus tôt ? Le camp de Bruno Le Maire - le premier à avoir réagi, dans une tribune au Figaro datée du 26 avril, soit plus d'un mois après la présentation du texte - a bien sa petite explication : le bilan de l'ancien président en matière d'école. "Ce n'est pas un sujet sur lequel on a beaucoup entendu Nicolas Sarkozy pendant son quinquennat", juge un élu UMP. Un autre proche du député de l'Eure enfonce le clou : "la droite n'a pas fait mieux sur l'Education nationale. Et la suppression de l'histoire en terminale S, c'était sous Sarkozy"…

Panique au gouvernement. Toutefois, l'UMP a su s'engouffrer dans la brèche de la contestation. De quoi semer l'inquiétude au gouvernement. Depuis la semaine dernière, Najat Vallaud-Belkacem multiplie les interviews pour défendre bec et ongles sa réforme. Mardi à l'Assemblée nationale, Manuel Valls a dénoncé les "contre-vérités" avancées par l'opposition. François Hollande lui-même s'est emparé du dossier. Mercredi, le chef de l'Etat s'est insurgé contre "le concert des immobiles", accusés de "défendre leurs intérêts particuliers". Bien décidé à soutenir sa ministre, François Hollande aura encore l'occasion de le faire jeudi, lors d'une visite impromptue dans un collège des Mureaux. Suffisant pour éteindre l'incendie ?

>> L'interview de Michel Lussault, président du Conseil supérieur des programmes :