Primaire de la droite : ce qu'il leur reste encore à faire pour convaincre

  • A
  • A
Primaire de la droite : ce qu'il leur reste encore à faire pour convaincre
Alain Juppé est apparu relativement distant lors de ce deuxième face à face.@ Eric FEFERBERG / POOL / AFP
Partagez sur :

Le deuxième débat de la primaire de la droite et du centre n'a pas suffi à inverser la tendance : Alain Juppé fait la course en tête, même si Nicolas Sarkozy a la première place chez les sympathisants de droite.

Plus pugnaces, mais plus grinçants aussi. Les sept candidats de la primaire de la droite et du centre se sont montrés plus à l’aise lors de leur deuxième débat jeudi soir. Interrogés sur des questions d’actualité, mais aussi sur leur programme en matière de sécurité, de terrorisme et d’éducation, leurs réponses ont parfois viré à la foire d'empoigne. Nicolas Sarkozy, en particulier, a été la cible favorite des critiques de ses adversaires, dont quatre d’entre eux furent ministres sous sa présidence.

À l’issue de ce face à face, Alain Juppé conserve l’avance, 34% des téléspectateurs ayant jugé la prestation du maire de Bordeaux comme "la plus convaincante", devant celle de l’ex-chef d’Etat, selon un sondage Elabe pour BFMTV et RMC, réalisé dans la foulée. François Fillon conserve sa place de troisième homme (15%), suivi par Bruno Le Maire (10%), Nathalie Kosciusko-Morizet (7%) et Jean-Frédéric Poisson (5%), Jean-François Copé arrive quant à lui en queue de peloton avec (4%), toujours selon la même enquête d’opinion.

À un peu plus de deux semaines du premier tour, et avant un troisième débat le 17 novembre, organisé par Europe 1, France 2 et la presse régionale, Europe1.fr passe en revue les points forts et les points faibles des sept prétendants à l’investiture de la droite.

  • Alain Juppé, une parole mesurée mais non sans risque

L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac est apparu distant lors de ce deuxième face à face, se tenant à l’écart des algarades de ses adversaires, même lorsqu’il s’agissait d’évoquer son alliance avec François Bayrou, largement décriée par Nicolas Sarkozy et ses soutiens. Épinglé à plusieurs reprises pour le retard pris en temps de parole, Alain Juppé a néanmoins tenu à marquer son opposition à Bruno Le Maire, favorable à un déploiement de troupes au sol en Syrie. "Je ne suis pas favorable à ce que nous allions faire le travail qui appartient aux pays de la région", a déclaré l'ancien ministre des Affaires étrangères, qui a également fait remarquer au député de l’Eure que, contrairement à ce qu’il affirmait, la France n’a jamais envoyé de troupes au sol en Libye. "Je constate une méconnaissance du dossier", a tancé Alain Juppé. "L’image qu’il veut donner depuis le début de son aventure présidentielle reste celle du sage au-dessus de la mêlée, et qui a déjà une parole de chef d’Etat", relève auprès d’Europe1.fr Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences po. À l’exception de celle de Bruno Le Maire, les attaques des petits candidats à l’égard d’Alain Juppé sont restées rares pendant le débat. "Ils ont tous intégré qu’ils ne le déboulonneront pas. Il s’agit pour eux de ne pas compromettre leur avenir politique…"

Son objectif avant le premier tour : Conserver son avance sur Nicolas Sarkozy. "Alain Juppé est sûr de sa victoire, il ne voit pas l’intérêt de prendre des risques inutiles pendant les débats", analyse le politologue. Pour cela, le candidat déroule une parole mesurée mais qui pose des questions pour la suite, dans l’hypothèse d’une victoire à la primaire. "Pourra-t-il faire 100 milliards d’économies sans faire des choix, sans affirmer des choses ?  Est-ce que le candidat sweet saura muscler son discours lorsqu’il s’agira de réunir sa famille politique et de tenir compte de la réalité des résultats des uns et des autres ?", interroge Bruno Cautrès.

  • Nicolas Sarkozy, continuer à droitiser le débat

L’ex-chef de l’Etat a dû essuyer les nombreuses attaques de ses adversaires, et passer une partie de ses interventions à défendre son bilan. "Nicolas Sarkozy était plus en forme que dans le premier débat, avec une parole forte et claire. La répétition d’attaques, plus ou moins faites adroitement, pouvait curieusement le servir. Sa capacité de réponse montre qu’il est toujours le Nicolas Sarkozy d’avant avec une grande agilité", remarque Bruno Cautrès, pour qui la stature présidentielle du candidat est autant un point fort qu’un point faible : "Il bénéficie de l’expérience de la fonction, notamment lorsqu’il s’agit de parler de politique étrangère, mais en même temps, il se représente à un jeu où il a perdu".

Son objectif avant le premier tour : Continuer d’organiser l’hypermobilisation de la droite, seul moyen pour l’ex-chef de l’Etat de marquer une nette avance dès le premier tour. Chez les seuls sympathisants de la droite et du centre, Nicolas Sarkozy est apparu jeudi soir comme le plus convaincant (31%) devant Alain Juppé (27%). "Si Nicolas Sarkozy arrive en tête du premier tour avec un écart important, il devient alors très difficile pour ses adversaires de mettre en place un ‘tout sauf Sarkozy’ lors de l’entre-deux tours, parce que la machinerie sera trop visible", explique Bruno Cautrès. Paradoxalement, les attaques dont il a été la cible lors du débat peuvent le servir en le victimisant aux yeux d’une partie de la droite : "Il apparaît comme un homme poignardé par tous ceux qui lui ont mangé dans la main".

  • François Fillon, faire oublier Matignon

Avec 15% d’avis positifs, l’ancien Premier ministre ne semble pas en mesure d’inquiéter le duo de tête formé par Alain Juppé et Nicolas Sarkozy. "Il a néanmoins consolidé l’image du type sérieux qui ne cherche pas à plaire au système médiatique", relève Bruno Cautrès, pour qui François Fillon a aussi "montré qu’une fois la primaire passée, ils vont devoir compter avec lui".

Son objectif avant le premier tour : Parvenir à faire oublier qu’il fut le chef de gouvernement de Nicolas Sarkozy, alors même qu’il a largement axé sa campagne autour de l’anti-sarkozysme. "Il a été son Premier ministre pendant cinq ans, et il voudrait nous faire croire qu’il y a eu des désaccords, tout en soulignant que ça a été un ‘honneur’. Sur ce point, il n’est pas crédible", juge le politologue.

  • Bruno Le Maire, bousculer le duo Juppé-Sarkozy

Cette fois il avait remis sa cravate. Alors que dans les dernières enquêtes d’opinion il continue de se faire distancer par François Fillon, à qui il a longtemps disputé la place de troisième homme, Bruno Le Maire est apparu jeudi soir comme l’un des candidats les plus bagarreurs, au risque de se faire remettre à sa place par un Nicolas Sarkozy agacé : "Commence par essayer d’être élu…", a lancé l’ex-chef de l’Etat à son ancien ministre de l’Agriculture. "Il partait comme une fusée il y a quelques mois, aujourd’hui il a du mal à sortir de son créneau un peu martial et rigide, et à faire passer une émotion", estime Bruno Cautrès. 

Son objectif avant le premier tour : Parvenir à incarner le renouveau dont il s’est fait le chantre depuis plusieurs années. "Il marque des points lorsqu’il s’agit de renvoyer dos à dos Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, sur le thème du renouvellement de la classe politique, car, en effet, il y a bien une demande dans l’ensemble de l’électorat de voir de nouvelles têtes. Mais, nuance Bruno Cautrès, le contenu, lui, n’est pas vraiment dans le renouvellement et appartient bien au corpus classique de la droite".

  • Nathalie Kosciusko-Morizet, élargir son auditoire

Seule femme parmi les candidats, Nathalie Nathalie Kosciusko-Morizet a gagné en énergie au fil de la soirée, tenant tête à Nicolas Sarkozy sur la parité, le Grenelle de l’environnement ou encore le "ni-ni". "L’un des échanges les plus aigres de la soirée", note Bruno Cautrès qui reconnaît à la députée de l’Essonne "une vraie capacité à se positionner".

Son objectif avant le premier tour : Élargir son discours lorsqu’elle s’adresse à sa famille politique. "Elle continue de cultiver son image de candidate centre-gauche de la droite, ce qui est un créneau assez limité", relève Bruno Cautrès pour qui l’ancienne porte-parole de Nicolas Sarkozy cherche aussi à ménager, auprès d’Alain Juppé, ses chances d’obtenir quelque chose après la présidentielle.

  • Jean-Frédéric Poisson, mission accomplie

Grand inconnu de cette primaire, le président du parti chrétien-démocrate s’était affiché, lors du premier débat, comme un candidat discret, loin de ses prises de position habituelles, très marquées à droite, notamment sur les sujets sociétaux comme le Mariage pour Tous. Depuis, la polémique autour de ses déclarations sur les "lobbies sionistes" et sa proximité assumée avec Marion Maréchal Le Pen l’ont repositionné sur l’échiquier politique. "Jeudi, il était complètement absent, estime Bruno Cautrès, lorsque la caméra s’attardait sur son visage, on voyait qu’il se demandait ce qu’il faisait là".

Son objectif avant le premier tour : "Il a déjà engrangé son bénéfice lors du premier débat : se faire connaitre", tranche le politologue.

  • Jean-François Copé, travailler sa crédibilité

Avec seulement 4% d’avis positifs, Jean-François Copé ferme le ban des candidats à la primaire. L’homme fort de l’ancienne majorité ne semble plus rien avoir à perdre. Tout de go, il a sonné la charge contre Nicolas Sarkozy jeudi soir, critiquant notamment la politique migratoire de l’ancien président de la République. Plus tard, le maire de Meaux a multiplié les sorties humoristiques, avec plusieurs lapsus d’abord, sur son "gouvernement de choc avec des ministres de gauche", puis lorsqu’il a confondu François Bayrou et François Baroin. Il est également revenu sur son erreur quant au prix des pains au chocolat, avant de conclure sur une France "qui remonte à cheval, comme Zorro !". Une prestation "un peu surjouée", juge Bruno Cautrès.

Son objectif avant le premier tour : abîmé par l’affaire Bygmalion, dont il a finalement été mis hors de cause, mais également associé à la bataille fratricide contre François Fillon qui a déchiré l’ex-UMP en novembre 2012, Jean-François Copé doit encore donner du crédit à son retour dans la vie politique. "Il a un véritable problème d’image, à la fois aux yeux de l’opinion et de la droite", souligne Bruno Cautrès.