Primaire de la droite : François Fillon sera-t-il le troisième homme ?

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François Fillon aborde "très sereinement" son passage dans "L'Emission politique", assure son entourage. © PHILIPPE LOPEZ / AFP
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Romain David , modifié à
Invité de "L’Emission politique" de France 2 jeudi, l'ex-Premier ministre bénéficie d'une certaine dynamique dans les dernières semaines de la campagne de la primaire.

Peut-il encore inquiéter Nicolas Sarkozy et Alain Juppé ? À un mois du vote de la primaire à droite, François Fillon semble bénéficier d’une légère embellie. Encore crédité de 10% des intentions de vote à la mi-septembre, un dernier sondage Harris Interactive, publié jeudi, le donne désormais à 14% contre 10% pour Bruno Le Maire. Avec 40%, Alain Juppé continue de creuser l’écart avec Nicolas Sarkozy (31%). Des estimations qui pourraient confirmer pour François Fillon une place de troisième homme, longtemps disputée à Bruno Le Maire.

"Il s’est libéré". Jeudi soir, l’ancien Premier ministre, invité de L’Emission politique sur France 2, aura deux heures pour tenter de faire monter la mayonnaise. Un moment clef de la campagne, qu’il aborde "très sereinement et sans préparation particulière", assure-t-on dans son entourage. Pour Bruno Retailleau, l’un des principaux soutiens de François Fillon, le premier débat de la primaire, diffusé sur TF1 le 13 octobre, a impulsé une nouvelle dynamique dans la campagne de son poulain. "Ça a eu un double effet, sur François Fillon et sur ceux qui le regardaient", soutient le président du groupe LR au Sénat à Europe1.fr. "D’une part, il est apparu comme quelqu’un qui maîtrise ses sujets, et en maîtrisant ses sujets, François Fillon a maîtrisé ses adversaires. D’autre part, il s’est libéré. Avec le reste de son entourage on lui a souvent reproché son manque d’animalité. Désormais, je le sens plus offensif, pleinement investi dans le débat", juge le sénateur de la Vendée, même si François Fillon n’a pas attendu le premier face à face entre les sept candidats pour faire de Nicolas Sarkozy la principale cible de sa campagne.

Un passage à vide chez  Bruno Le Maire ? Pour Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et au Centre de recherches politiques de Sciences Po, interrogé par Europe1.fr, l’essoufflement de la campagne de Bruno Le Maire a aussi profité à l’ex-chef du gouvernement. Après une très mauvaise audience lors de son passage dans L’Emission Politique sur France 2, une confusion sur le voile islamique, et un documentaire sur France 3 qui n’a réuni que 3,9 % de part d’audience, Bruno Le Maire semble traverser un passage à vide. "C’est 'un jeune' de presque 50 ans, concurrencé par Emmanuel Macron sur la thématique du renouveau", tranche-t-il. À l’inverse, "François Fillon a marqué des points pendant le débat, dans la mesure où il a bien incarné son profil d’homme d’Etat avec une parole éclairée par son expérience".

Un triple handicap. Pour le politologue, si François Fillon veut continuer à capitaliser, il devra surtout s’employer jeudi soir à gommer trois défauts : "Il doit d’abord sortir du créneau de Cassandre : ses discours déroulent une vision tragique et déclinante qui peut être très anxiogène", analyse Bruno Cautrès, pointant notamment "l’inquiétude" que peut soulever la ligne ultralibérale du candidat. Un candidat ultralibéral et ultraconservateur, puisque François Fillon a gagné depuis la rentrée le soutien de Sens Commun, le groupe politique issu de la Manif pour Tous. "Ce soir, il ne faut pas attendre de lui un numéro de claquette, ça, il ne sait pas faire", lance Bruno Retailleau qui souligne "le sérieux" de celui qui a fait de "la vérité" son slogan de campagne. "On lui a souvent dit de fendre l’armure. Vous savez, il a une grande pudeur. En cela, c’est une figure très classique de la vie politique française."

L’ancien Premier ministre doit également résoudre une équation impossible : tributaire du bilan du précédent quinquennat, il a pourtant fait de l’anti-sarkozysme un thème fort de sa campagne. "Il a un problème d’image avec ça. Il n’arrive pas à expliquer aux électeurs pourquoi il déteste Nicolas Sarkozy - ce qui se voit dans ses discours et ses propositions- alors même qu’il a été son Premier ministre pendant cinq ans", décrypte Bruno Cautrès.

Enfin, le député de Paris reste également associé au duel fratricide contre Jean-François Copé pour la présidence de l’ex-UMP en 2012. "Comme Copé, il incarne une mauvaise période de la droite pour des électeurs traumatisés par les déchirements de leur famille, et qui veulent tourner la page", relève le politologue.

La forme avant le fond. S’il est en passe de s’imposer comme le troisième homme de la primaire, il parait difficile, sauf retournement majeur de situation, que François Fillon puisse encore, à un mois du scrutin, inquiéter Alain Juppé ou Nicolas Sarkozy. "Après le premier tour, il est évident qu’ils se prononcera en faveur de Juppé", avance Bruno Cautrès. Mais Bruno Retailleau veut encore y croire : "Il est la synthèse de ce que les deux ont de meilleur. Il a le volontarisme de Nicolas Sarkozy, et la capacité de rassemblement d’Alain Juppé". Et sur le fond ? "À ce stade, qui, dans l’électorat, va aller fouiller le programme ? Il s’agit d’abord d’une question de personnalité".