LA PHOTO - À Sarcelles, Macron entre "naturel" et "communication"

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LA PHOTO - À Sarcelles, Macron entre "naturel" et "communication"
@ Martin BUREAU / AFP
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Le photographe de l'AFP Martin Bureau a suivi Emmanuel Macron lors de son déplacement à Sarcelles, jeudi. Une visite de terrain (de foot), à dix jours du second tour.

MAKING OF

Chaque semaine, Europe1.fr vous propose un regard décalé sur la campagne présidentielle, dans l'objectif d'un photographe de l'AFP.

Le mano à mano se poursuit entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. Au lendemain de la "bataille de Whirlpool", le candidat d'En Marche! s'est rendu jeudi à Sarcelles, dans le Val-d'Oise. Une ville dans laquelle il est arrivé en troisième position lors du premier tour, avec 22,2% des suffrages, derrière Jean-Luc Mélenchon (29,92%) et François Fillon (22,21%), mais largement devant sa concurrente frontiste (11,8%).

"Madame Le Pen, elle, ne peut pas venir dans un quartier comme celui-ci", a-t-il d'ailleurs lancé depuis le gymnase Albert-Camus, où l'ancien ministre de l'Économie a pu s'offrir une petite parenthèse footballistique. L'occasion de mettre en avant son dynamisme, comme a pu le constater le photographe de l'AFP Martin Bureau.

  • Choisir le moment

"C’est la première fois que je suivais Emmanuel Macron pendant la campagne électorale. On avait rendez-vous à 15 heures, lui devait être là à 15h30 mais il a eu environ 40 minutes de retard. Il est arrivé à pied, au lieu de venir en voiture. À Sarcelles, il venait rencontrer l'association Sport dans la Ville. Au début, il ne sait pas trop comment ça va se passer, mais dès les premiers instants, une femme s'est mise à l'enlacer et ça y est, c’était parti.

Il est arrivé sur ce petit terrain, au milieu des barres d'immeuble, où il a commencé à parler avec les jeunes d’abord, qui avaient entre 9 et 16 ans, puis avec les responsables de l’association, avec qui il a parlé plus longuement. Beaucoup de gens autour du terrain ne pouvaient pas rentrer : il n’y avait que les personnes de l’association, son service d’ordre et quelques journalistes et photographes.

Les jeunes qui tapaient la balle le chahutaient gentiment. Mais il s’est prêté au jeu assez naturellement et a commencé à faire quelques dribbles balle au pied, avec un grand sourire aux lèvres. Puis je vois la foule qui s’ouvre en deux pour lui laisser ce couloir pour marquer un penalty. C'est là que je prends la photo. Un de ses officiers de sécurité, qu'il a appelé par son prénom, a alors mis son pied pour que la balle aille au fond des buts. Ça les a fait rire tous les deux."

  • Décrire une ambiance

"Tout le monde voulait le voir, il y avait une super ambiance. Beaucoup d'enfants, justement, étaient présents. Il y avait quelques parents également. Les jeunes de 16-17 ans, je ne sais pas s’ils ont le recul de savoir s’ils ont été utilisés ou pas mais ils étaient contents de le voir. Il a signé des autographes, pris des selfies… Le candidat semblait heureux de prendre son bain de foule. Il ne se forçait pas plus que ça.

Une fois sorti du terrain, il y a dû avoir un cordon de sécurité autour de lui pour regagner sa voiture, mais il n'y avait pas du tout de tension."

  • Réfléchir au cadrage

"À vrai dire, j'ai fait un peu comme j'ai pu. J’étais quasiment dans les buts. En tout, nous n'étions que quatre photographes. On voit aussi les micros des journalistes, mais ils n'étaient pas si nombreux. Disons qu'il y a déjà eu pire. Quant à la couleur du ballon qui rappelle celle des survêtements, ce n’est pas moi qui l’ai choisie, même si ça tombe bien."

  • Donner du sens à une image

"Il ne faut pas se leurrer, c’était un exercice de communication. Ce n’est pas inédit. Je me souviens notamment de Lionel Jospin qui jouait à la pétanque. Cela vise à montrer sa proximité avec les jeunes, son côté dynamique, à briser son image de banquier. Mais il semblait aussi naturel. Alors quelle est la part de naturel, quelle est la part de com' ? Je pense qu'il s’agit ici surtout de bagarre avec Marine Le Pen, après leur duel à l'usine Whirlpool d'Amiens la veille.

Emmanuel Macron avait déjà eu l’occasion de tester sa popularité à Sarcelles, en mars dernier, à l'occasion d'une cérémonie en l'honneur de deux des victimes de Mohamed Merah. Déjà à ce moment-là, beaucoup d'habitants de Sarcelles s'étaient pressés pour le voir."