Il vote FN, elle vote PS, et pourtant... ils s’aiment

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Il vote FN, elle vote PS, et pourtant... ils s’aiment
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SAINT-VALENTIN - Alexandra et Charles, trentenaires, parviennent à surmonter leurs désaccords politiques, parfois profonds.

A la question "l’amour est-il plus fort que la politique?", ils répondent "oui" sans hésitation. Alexandra, 31 ans, et Charles, 30 ans, partagent leur vie depuis près de dix ans. Au départ, pourtant, ce n’était pas gagné. Car elle avait toujours voté à gauche, alors que lui a toujours assumé ses convictions d’extrême droite. Dix ans, donc, un Pacs et deux enfants plus tard, rien, ou presque, n’a changé. Aux prochaines élections municipales, Alexandra votera pour le maire sortant, socialiste, de leur petite ville de Loire-Atlantique. Charles votera, encore une fois, pour un éventuel candidat du Front national. Ce couple atypique nous livre sa recette, façon "Picon-citron de Pagnol", pour dépasser ce qui, pour beaucoup, paraît insurmontable.

champagne

D’abord, un tiers de tolérance… Au commencement était non pas le verbe, mais la tolérance. "On s’est rencontrés via des relations, et moi je connaissais déjà ses opinions, comme tout le monde, car c’est quelqu’un qui ne se cache pas. On peut même dire qu’il a une grande gueule, qu’il parle beaucoup", s’amuse Alexandra pour évoquer les débuts du couple. "Mais ça n’a jamais été un obstacle. Je suis née dans une famille de gauche, mais je suis assez tolérante, je respecte tous les points de vue", explique la jeune femme. Même son de cloche du côté de l’homme du couple. "Je ne savais pas ce qu’elle pensait, mais j’ai rapidement été fixé", raconte Charles. "Ça ne m’a jamais gêné. Ça amène des conversations un peu poussées, mais ça n’a jamais été un frein. Il faut savoir faire la part des choses", plaide le jeune homme.

Maintenant, un tiers d’impassibilité. Mais la tolérance ne fait pas tout. Il faut aussi, parfois, serrer les dents. Car fatalement, la politique s’immisce souvent dans le couple, surtout que Charles comme Alexandra s’intéressent à la chose publique. "Ce qu’on fait, généralement, quand ça monte, c’est qu’on arrête. On change de sujet. Il y en a un qui prend sur lui, qui laisse couler, puis la fois d’après, c’est l’autre. Tout ça pour éviter le drame familial", sourit Charles. Et la formule semble fonctionner. "On ne s’est quasiment jamais disputé sur ce sujet", assure sa compagne. "Je lui dis juste parfois de se calmer quand on regarde les infos", rigole-t-elle.

Plus épineuse est la question de la belle-famille. Car dans le cas de Charles comme d’Alexandra, leurs convictions sont aussi, et surtout, le fruit de leur éducation. "Quand il y a un repas dans ma belle-famille, où tous ne sont d’ailleurs pas d’extrême droite, moi, je ne dis rien", admet la jeune femme, gérante d’une société à la ville. "Ils ne se retiennent pas parce que je suis là, ils disent ce qu’ils pensent, mais je ne réagis pas, parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire", estime-t-elle. "Elle défend son bout de gras", la contredit Charles. "Mais c’est vrai que face à une majorité, on a tendance à laisser passer, surtout quand c’est la belle-famille", finit par confirmer le jeune homme, qui gère des commerces. "Moi-même, je dis de temps en temps ce que je pense, mais j’ai tendance à m’écraser quand je suis dans sa famille, très nombreuse, où tous sont de gauche, voire d’extrême gauche."

Ensuite, un bon tiers de compromis. Et quand les enfants paraissent, mieux vaut mettre de l’eau dans son vin. "Je lui interdis de dire des choses racistes quand on regarde les infos. Même si, des fois ça sort toujours", édicte ainsi Alexandra. "C’est vrai que j’ai tendance à être assez réactionnaire quand je regarde les infos", admet son compagnon dans un sourire. "Alors des fois, j’essaye de m’écraser un peu pour que les enfants ne soient pas trop influencés vis-à-vis de mes opinions à moi. Je ne voudrais pas que mes enfants aient des idées très catégoriques dès le plus jeune âge. Plus tard, j’accepterai leurs opinions, sans problème. S’ils adhèrent aux miennes, évidemment, ça ne me dérangera pas", rit le jeune homme. "Ils feront leur choix plus tard. Et j’espère que la balance penchera de mon côté", rétorque Alexandra.

Quant à l’influence qu’a l’un sur l’autre ?  "Alexandra a, je pense, un peu évolué vers mes idées. Attention, elle n’est pas devenue d’extrême droite, elle reste de gauche, je ne l’ai pas encore totalement convertie", rigole Charles. "Quant à moi, c’est simple, je suis pire qu’avant ! Encore plus radical ! C’est pas bien, hein ?", se marre encore le jeune homme.

Et à la fin, un grand tiers d’humour. Voilà bien l’ingrédient principal, celui qui cimente le couple : le rire. "Souvent, il me charrie parce que je suis socialiste", s’amuse Alexandra. Et quand les amis s’en mêlent ? "On aime bien se taquiner, donc quand il y a une soirée un peu arrosée, le ton peut un peu monter, d’autant que dans notre bande d’amis, toutes les sensibilités sont représentées", assure Charles. "Mais ça redescend très vite, et on reste amis, bien sûr."

Et quand viennent les élections ? "En 2007, par exemple, quand Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy s’affrontaient au deuxième tour, moi j’ai voté Royal pour le fun, et elle a voté ‘Sarko’. L’idée, c’était que nos votent s’annulent", raconte Charles. "S’il avait voté Sarkozy,  j’aurais voté Royal", confirme Alexandra. "Et en rentrant dans l’isoloir, on s’est chambrés : ‘tu respectes le contrat, hein ?’", reprend le jeune homme, rigolard.

 
isoloir, vote

Voilà donc comment fonctionne ce couple pas totalement comme les autres. "Pour moi, ça n’a jamais été quelque chose d’atypique", tempère Charles. "Ce n’est peut-être pas courant, surtout que je sais que je suis un peu c… là-dessus, mais je ne crois pas que ce soit exceptionnel", insiste-t-il, avant de conclure : "Et puis, ça amène un peu de piquant…"


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