Hollande : moi, président "féministe" en reconquête

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Hollande : moi, président "féministe" en reconquête
@ STEPHANE DE SAKUTIN / AFP
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Dans Elle, le président de la République adresse plusieurs messages à l’électorat féminin. Avec forcément, dans son esprit, la présidentielle de 2017. 

Après le président "normal", le président "féministe". En accordant au magazine Elle de jeudi  une longue interview, François Hollande a décidé de s’adresser aux femmes. Dans les colonnes de l’hebdomadaire féminin, le chef de l’Etat parle droit des femmes, égalité salariale, partage des tâches du quotidien, et même mode. Il n’hésite pas, surtout, à parler de lui, à franchir les limites de la sphère privée, lui qui d’ordinaire se montre particulièrement réservé dès lors qu’il s’agit de sa vie personnelle. S’il a ainsi franchi la limite, c’est forcément avec une arrière-pensée politique. Car l’élection présidentielle de 2017 approche.

Depuis 2012, la tendance s’est inversée. En 2012, François Hollande avait su attirer à lui un nombre plus important de femmes.  Au second tour, 56,4% de ses électeurs étaient des électrices, selon les chiffres de l’Ifop. Surtout, le chef de l’Etat avait "surperformé auprès des femmes au 1er tour ", selon Frédéric Dabi, directeur du Pôle Opinion de l’institut. Près de 30 % des femmes avaient en effet voté pour lui, pour un score global de 28,13%. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. Aux élections européennes de 2014, sur les voix recueillies par le Parti socialiste et le PRG, seules 39,4% provenaient de femmes. Et en mars 2015, les femmes étaient moins nombreuses étaient plus nombreux, 27% contre 23%, à avoir une bonne opinion du chef de l’Etat.

En clair, François Hollande s’est éloigné de l’électorat féminin autant, voire plus, que du reste de l’électorat global. Alors que l’issue du premier tour de l’élection présidentielle de 2017 s’annonce incertaine, il tente de reconquérir quelques voix auprès des femmes. "Cela fait partie du travail que fait le président de la République pour renouer des liens avec les Français. Il sème des petits cailloux", explique Frédéric Dabi".  Comme il l’avait fait en avril 2015 en accordant par exemple des interviews à Society ou à Canal Plus, à destination d’autres publics.

"Ce gouvernement a fait bouger les lignes", mais… Pas sur que cela suffise à convaincre les féministes. "Ce gouvernement, notamment au début, a fait bouger les lignes, et ça, c’est quelque chose de positif", reconnaît Caroline de Haas. "Et qu’un président se dise féministe, c’est le signe qu’il y a une prise de conscience dans la société", poursuit la fondatrice d’Osez le féminisme. "Pour autant, est-ce qu’à l’issue du quinquennat, la situation des femmes aura bougé, est-ce qu’on aura fait autant qu’an aurait pu ? Je n’en suis pas sûre", regrette l’une des initiatrices de la pétition en ligne contre la loi El Khomri.

"Par exemple, si François Hollande avait décidé de faire baisser le nombre de viols (84.000 par an) de moitié en cinq ans, il aurait pu. Sur ce point, je suis en colère. Je ne reproche pas à François Hollande de ne pas avoir renversé la table, je lui reproche de ne même pas avoir essayé de la faire bouger", assène Caroline de Haas. Qui regrette également  qu’en 2014, le ministère du Droit des femmes ait été transformé en secrétariat d’Etat, et que, lors du dernier remaniement de février 2016, ses fonctions aient été intégrées au ministère de la Famille, de l'Enfance et des Droits des femmes dirigée par Laurence Rossignol. "Le fait qu’il ait reculé là-dessus, c’est vraiment un signal négatif", peste-t-elle.

Une interview qui ne changera rien. Au-delà du bilan, la fondatrice d’Osez le féminisme ! juge qu’une interview à un hebdomadaire féminin n’est pas efficace. "Les femmes, comme les hommes, ne sont pas débiles. Elles jugent sur l’action politique. Ce n’est pas une interview dans Elle qui va faire bouger les choses", lâche-t-elle.  "Moi, par exemple,  pour que je vote pour quelqu’un, il faut qu’il soit féministe et de gauche. Et François Hollande ne coche pas l’une des deux cases", tacle celle qui milite désormais pour la tenue d’une primaire à gauche. 

"Une action de communication, aussi bien huilée soit-elle, n’inverse pas une tendance", estime de son côté Frédéric Dabi, le directeur du Pôle stratégie de l’Ifop. "Les femmes représentent une population énorme dans le corps électoral, de l’ordre de 25 millions de personnes. Et c’est justement un public trop énorme, auprès duquel le message ne peut pas être uniforme.  Les femmes ne vont pas voter en tant que femmes", estime le sondeur. Quid, alors, d’une telle interview ? "Ça ne peut pas être mauvais, de montrer qu’il s’est occupé de ses enfants, qu’il faisait la course, bref, de faire revenir le président normal. Mais ça, les Français s’en moquent. Ce qui le plombe, c’est bien le manque de résultat en matière économique". Bref, l'interview à Elle ne servira à rien. Sauf à transformer le ministère de la Famille en ministère des Familles.