Emmanuel Macron joue gros au Salon de l'agriculture

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Emmanuel Macron joue gros au Salon de l'agriculture
Emmanuel Macron, Richard Ferrand et une chevrette au Salon de l'agriculture, en 2017.@ THOMAS SAMSON / AFP
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Pour sa première visite en tant que président, Emmanuel Macron va devoir composer avec les difficultés de l'exercice, exacerbées alors que les agriculteurs sont inquiets.

L'exercice est aussi obligé que périlleux. Samedi, Emmanuel Macron passera la journée au Salon international de l'agriculture, porte de Versailles à Paris. Une première en tant que président de la République. De l'ouverture au petit matin jusqu'au soir, le chef de l'État va déambuler, serrer des mains, goûter les vins et les fromages… et tenter d'esquiver les œufs et les huées.

Jet d'œuf en 2017. Emmanuel Macron a forcément en tête les déboires de ses prédécesseurs : François Hollande copieusement sifflé en 2016, Nicolas Sarkozy régulièrement pris à partie pendant son quinquennat… En tête, également (et au sens littéral du terme) cet œuf qui avait atterri sur son crâne l'année dernière. Alors candidat, Emmanuel Macron avait fait contre mauvaise fortune bon cœur, riant volontiers de ce masque capillaire improvisé. Il faut dire que cette année-là, son sort était toujours plus enviable que celui de son adversaire, François Fillon, forcé d'annoncer publiquement qu'il était mis en examen le jour de sa visite sur le salon. Pour 2018, le président de la République ne peut donc qu'espérer un rendez-vous plus apaisé.

Les jeunes agriculteurs qui ont entendu Macron [jeudi] ne seront probablement pas les premiers à l'engueuler samedi sur le salon.
Jérémy Decerle, président des Jeunes Agriculteurs

Un déminage... Le chef de l'État a mis toutes les chances de son côté en recevant, jeudi, 1.000 jeunes agriculteurs à l'Élysée. Une opération déminage en bonne et due forme, saluée sur le principe par Jérémy Decerle, le président du syndicat des Jeunes Agriculteurs. "Ça ne peut pas être autre chose qu'un plan com', mais Emmanuel Macron a pris le temps de discuter et d'assurer des échanges d'hommes à hommes", se félicite l'éleveur de charolaises. "Ça n'arrive pas si souvent."

Quant à savoir si cela sera suffisant pour acheter une journée de tranquillité au président dans les allées du parc des Expositions de la porte de Versailles, rien n'est moins sûr. "Son discours se voulait rassurant, ferme, et ceux qui l'ont entendu [jeudi] ne seront probablement pas les premiers à l'engueuler samedi sur le salon", reconnaît Jérémy Decerle. "Mais on a besoin de concret, au-delà de la fermeté. Pour l'instant, on n'a aucune certitude."

…et toujours des inquiétudes. Car Emmanuel Macron s'apprête à se rendre sur le salon alors que le climat, au sein du monde agricole, est plutôt tendu. Plusieurs sujets inquiètent vivement les agriculteurs : l'interdiction programmée du glyphosate, le projet d'accord de libre-échange avec les pays sud-américains du Mercosur ou encore le "plan loup". Concernant l'accord avec le Mercosur, le président a répété que la France avait imposé des "lignes rouges" à ne pas franchir, notamment l'importation de bœuf aux hormones. "Mais quelles sont les sanctions si ces lignes rouges sont franchies ?", se demande Charlin Hallouin, céréalier dans le Loir-et-Cher. "De manière générale, les industriels et les distributeurs ne respectent déjà pas toutes les règles en place sans nécessairement être sanctionnés."


"Petite déception". Pour le jeune homme, qui produit en agriculture raisonnée et de conservation des sols, l'usage du glyphosate est également une vraie problématique. "Emmanuel Macron a dit que 90% des agriculteurs avaient trouvé ou étaient en passe de trouver une solution pour s'en passer. C'est faux", peste celui qui a bien tenté d'interroger le président de la République sur ce sujet après le discours liminaire. En vain. "Je lui ai demandé quelle était la solution pour les 10% restant mais il a tourné les talons pour répondre à quelqu'un d'autre. C'est une petite déception, car il y avait une possibilité d'échange."

"Macron va se faire huer". Si le céréalier estime qu'"aucun rendez-vous n'est inutile" et garde le sentiment qu'Emmanuel Macron a "compris les problématiques des agriculteurs", il n'est donc qu'à moitié satisfait des annonces. Selon lui, elles témoignent encore et toujours d'une "gestion conjoncturelle et non structurelle". Rien ne dit, donc, que la visite du président sera de tout repos. "Macron va se faire huer", anticipe d'ailleurs un député LREM sans prendre de pincettes dans Marianne.  

Garder son calme. Pour le président, tout l'enjeu sera alors d'appliquer la jurisprudence du jet d'œuf : ne surtout pas perdre son calme et accepter les discussions parfois musclées. Ce n'est pas l'expérience qui lui manque. Celui qui s'était rendu sur le parking de l'usine Whirlpool d'Amiens dans l'entre-deux tours de la présidentielle, et s'était confronté à des syndicalistes pendant les débat sur la loi Travail, est rôdé. Mais le risque de faire une sortie de route, à l'image de celle sur les "costards" il y a deux ans, existe bel et bien. Quant aux jets d'œufs ou autres produits alimentaires en tout genre, l'intendance de l'Élysée a tout prévu : plusieurs costumes de rechange sont prêts.