Débat de la primaire de la droite : "le plus gros risque, c’est que tout le monde s’ennuie"

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Débat de la primaire de la droite : "le plus gros risque, c’est que tout le monde s’ennuie"
Les sept candidats à la primaire de la droite s'affrontent jeudi soir dans un premier débat. @ TF1
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Pour Arnaud Mercier, spécialiste en communication, certains candidats de la primaire LR ont plus à gagner que d’autres, jeudi soir. Et le débat ne devrait pas faire basculer l’élection. 

Les sept candidats à la primaire de la droite s’y préparent depuis plusieurs semaines. Jeudi soir, Alain Juppé, Nicolas Sarkozy, Bruno Le Maire, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Frédéric Poisson et Jean-François Copé s’affrontent dans le premier des trois débats prévus dans ce processus censé désigner, les 20 et 27 novembre prochains, le candidat de la droite à l’élection présidentielle de 2017. Au total, ces sept candidats, six hommes et une femme, disposeront de quinze minutes de temps de parole. Quand ils s’exprimeront, ils ne devront pas dépasser la minute, et quand l’un d’entre eux sera interpellé, il aura trente secondes pour répondre. Un cadre très précis, donc, né des exigences de chaque camp. Un cadre qui, s’il autorisera des passes d’arme ne devrait pas permettre à la soirée, sauf surprise, d’être décisive, estime Arnaud Mercier, professeur de communication politique à l’Institut français de presse,

Le premier débat de la primaire de la droite, entre les sept candidats, est-il à même de faire basculer la campagne ?
Franchement, non. Bien sûr que ça va permettre de mieux connaître certains candidats, de connaître un peu mieux leur programme. Ça peut aider certains indécis à faire leur choix, ça peut aussi convaincre ou dissuader ces fameux électeurs de gauche qu’on dit prêts à aller voter pour Alain Juppé. Mais au final, on va avoir une succession de monologues très minutée. Ça écrase toute idée de véritable débat et de quelque chose qui donnerait une vision claire de la pensée d’un tel ou untel. Le problème, c’est que les candidats sont trop nombreux. Les coups d’éclat, le moment de sortir les couteaux, ce sera pour le débat du second tour.

Quelle stratégie, selon vous, vont ou doivent adopter les participants ?
L’image d’Alain Juppé et forgée, l’image de Nicolas Sarkozy est sur-forgée. Ils sont les deux grands favoris, presque déjà qualifiés pour le second tour. Leur stratégie de communication sera donc de ne pas trop en faire, de rester en retrait. Pour les vrais outsiders que sont Jean-Frédéric Poisson et Nathalie Kosciusko-Morizet, qui sont trop loin dans les sondages, il n’y a rien à attendre de cette émission, si ce n’est en termes de notoriété. Ils ne vont donc pas non plus en faire trop.

Il y a plus d’enjeux pour Bruno Le Maire et François Fillon, qui ont longtemps cru en leur bonne étoile, et qui peuvent essayer de renverser la table, de faire un coup d’éclat. Mais avec un tel dispositif, ça va être très compliqué. Enfin, il y a une inconnue : Jean-François Copé, qui, on le sait, s’est engagé dans la primaire dans le cadre d’un règlement de comptes avec Nicolas Sarkozy, avec notamment l’affaire Bygmalion. Est-ce qu'il va faire du Trump pour essayer de ternir l’image de l’ancien Président ? C’est la principale interrogation. Avec celle de voir jusqu’où pourront aller vraiment les candidats dans un cadre très contraignant.

Nicolas Sarkozy a été la cible, mais aussi l’auteur, de violentes critiques vis-à-vis de ses adversaires. Sera-t-il au centre du jeu ?
Il peut y avoir une passe d’armes, oui. Il y aura sûrement des tentatives de Jean-François Copé, de François Fillon ou de Bruno Le Maire de lui envoyer quelques missiles, comme à Alain Juppé, qui est le grand favori de la primaire, pour tenter de les affaiblir. Mais les deux hommes vont jouer à ceux qui ne tombent pas dans le piège, ils vont se montrer magnanimes.

La participation à un tel débat ne présente donc pas de véritable risque ?
Un candidat ne peut pas perdre l’élection jeudi soir, certainement pas. D’abord, il ne faut pas surjouer le rôle d’un débat dans une campagne électorale. Ensuite, avec un dispositif pareil, qui n’est pas un véritable débat, c’est très difficile de faire un faux pas. Le vrai enjeu c’est de savoir si ça peut intéresser les gens. L’évolution de la courbe d’audience sera particulièrement éloquente en la matière. Car finalement, le plus gros risque, c’est que tout le monde s’ennuie, même les candidats eux-mêmes.