Après une nouvelle séquence polémique, que risque "Touche pas à mon poste" ?

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Après une nouvelle séquence polémique, que risque "Touche pas à mon poste" ?
Une séquence de "Touche pas à mon poste" a suscité la colère de nombreux téléspectateurs de C8 et internautes.
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Déjà en délicatesse avec le CSA, Cyril Hanouna risque à nouveau une sanction après la diffusion mercredi d'une séquence jugée par certains comme une forme d'agression sexuelle.

Cyril Hanouna y voit de l'amusement mais le CSA pourrait bien en décider autrement. Dans un extrait de la chronique des "4/3", où des images tournées hors antenne sont diffusées, une séquence de Touche pas à mon postea suscité la colère de nombreux téléspectateurs de C8 et internautes.

Que s'est-il passé ? Mercredi, pendant une pause publicitaire, Cyril Hanouna propose à la chroniqueuse Capucine Anav, 25 ans, de jouer à un jeu. "Je vais te faire toucher une partie de mon corps, ferme tes yeux. Tu dois trouver ce que c’est", lui explique-t-il. L’animateur prend alors la main de la jeune femme et lui fait toucher son torse, son bras, puis son entrejambe, provoquant l’hilarité du public. La chroniqueuse retire immédiatement sa main et s’esclaffe. Quelques instants plus tard, sa voisine Isabelle Morini-Bosc se tourne vers elle et lui demande si Cyril Hanouna lui a mis la main sur son sexe. "Comme d’hab, hein", répond Capucine Anav.

Pour de nombreux internautes, le "jeu" auquel s'est adonné Cyril Hanouna n'est ni plus ni moins qu'une agression sexuelle (voir la définition dans l'encadré au bas de l'article). Même Audrey Pulvar, journaliste officiant elle aussi sur C8, a tenu à réagir sur Twitter. "Cyril, des dizaines de milliers de femmes sont victimes tous les jours en France d'atteintes et d'agressions sexuelles. Certaines regardent TPMP (…) Faire de ces agressions, réelles, un jeu, ne les rend pas moins condamnables mais plus banales. Et c'est très grave. Reprends-toi, ami !", l'a-t-elle interpellé. 

Les intéressés se défendent. Voyant la polémique monter, les deux intéressés ont tenu à réagir sur Twitter. Cyril Hanouna a une nouvelle fois fait valoir le caractère potache de la séquence. "On est une famille", avance l'animateur. "Arrêtons de lire ou d'écouter les procureurs et continuons à nous amuser sans donner de leçons", plaide-t-il. Un argument repris par Capucine Anav, qui a jugé le terme d'agression sexuelle "inadmissible". 

Que va faire le CSA ? À 11h vendredi, plus de 850 signalements avaient déjà été enregistrés par le CSA, qui s'attend à ce que ce chiffre augmente avec la médiatisation de l'affaire. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel a annoncé dans la foulée qu'il allait "instruire le dossier prochainement". L'affaire va désormais être attentivement examinée en groupe de travail, comme il en est l'usage. Après étude, le CSA prononcera une éventuelle sanction contre C8. 

Le 23 novembre, C8 avait écopé d'une mise en demeure du CSA pour une séquence où le chroniqueur Jean-Michel Maire embrasse le décolleté d'une invitée contre son gré, lors du marathon télévisuel Les 35 heures de Baba. L'instance avait conclu que l'extrait présentait une image dégradante de la femme. Or, pour le CSA, la règle est claire : si un même manquement se répète, la chaîne encourt une sanction. "Compte tenu des avertissements qui ont été infligés précédemment, il y a effectivement un risque", avait prévenu Olivier Schrameck, le président du CSA sur Europe 1 le 22 novembre

Toutefois, la configuration des deux séquences - celle du baiser sur le décolleté et celle de la main sur l'entrejambe - sont différentes. Dans la première, l'objection de la jeune femme n'est pas prise en compte, dans la seconde, Capucine Anav consent dès le départ à participer au jeu. Cette subtilité pourrait amener les membres du conseil à ne pas appliquer la même grille de lecture aux deux événements.

Quelle sanction pour Touche pas à mon poste ? Si la séquence entre Cyril Hanouna et Capucine Anav est effectivement considérée comme dégradante, l'instance aura alors plusieurs possibilités de sanctionner l'émission. Elle risquerait notamment une amende, qui pourrait atteindre 5% du chiffre d'affaires de la chaîne. Le CSA pourrait aussi contraindre TPMP à afficher un message d'avertissement en introduction du programme. Une punition souvent très mal vécue par les chaînes puisqu'elle touche à l'éditorial.

Le CSA pourrait également interdire l'émission aux moins de 10 ou 12 ans. Une sanction qui contraindrait la chaîne à changer l'horaire de diffusion de Touche pas à mon poste. Un programme déconseillé aux moins de 12 ans ne peut en effet pas passer à l'antenne avant 22h30. La sanction peut aller jusqu'à la suspension pour un mois ou plus du programme. 

Le CSA de plus en plus sollicité pour TPMP. Au 21 novembre dernier, 4.919 saisines concernant Touche pas à mon poste avaient déjà été dénombrées par le CSA. Un chiffre qui ne prend donc pas en compte les signalements pour cette nouvelle affaire. Dans le détail, l'affaire des "nouilles dans les sous-vêtements" du chroniqueur Mathieu Delormeau avait été signalée à 33 reprises au CSA ; l'agression de Gilles Verdez par Joey Starr avait généré 616 plaintes de téléspectateurs ; le canular de Cyril Hanouna sur Mathieu Delormeau lors de l'émission annexe La Grande Rassrah avait engendré 912 saisines. Enfin, c'est la séquence du baiser du Jean-Michel Maire sur la poitrine d'une invitée qui avait le plus choqué les téléspectateurs. Ils avaient été 2.687 à signaler l'extrait.

Comment définit-on une agression sexuelle dans le droit français ?

Une agression sexuelle est une atteinte sexuelle (attouchements, caresses, pénétration…) commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. Quiconque se rend coupable d'actes de nature sexuelle sur une personne sans son consentement et même, dans certains cas, notamment celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage, commet une agression sexuelle.

Quelle qu'elle soit, l'agression sexuelle est un acte passible de poursuites et de sanctions pénales, pouvant aller jusqu'à cinq ans d'emprisonnement et de 75.000 euros d'amende (voir article 222-27 du Code pénal).

Source : ministère de la Justice et legifrance.gouv.fr