Toto Riina, ex-chef de la mafia sicilienne, "avait pour habitude de tuer ses victimes au dessert"

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Anne Véron, journaliste spécialiste de la mafia, raconte que l’ancien chef de Cosa Nostra, mort vendredi, était d’une rare cruauté. 

INTERVIEW

Toto Riina restera comme l’un des mafieux les plus violents de l’histoire. L’ancien chef de Cosa Nostra, célèbre pour avoir commandité les meurtres des juges anti-mafia Falcone et Borsellino en 1992, est mort vendredi en prison à l’âge de 87 ans. Anne Véron, journaliste spécialiste de la mafia, a livré une anecdote symbolisant la cruauté et la soif de sang de ce parrain redouté. "On parle de plus de 1.000 meurtres commandités, dont de nombreux qu’il a lui-même exécutés. L'un de ses collaborateurs a raconté qu’il avait pour habitude d’inviter ses victimes à manger, avant de les tuer de ses propres mains au dessert", a-t-elle raconté, vendredi, sur Europe 1.

Les meurtres des juges Falcone et Borsellino, un tournant pour l'Italie. "C’est le parrain qu’on connaît le mieux car il était le plus sanguinaire. Il a rendu la mafia visible en tuant de nombreuses personnes", a estimé la journaliste, qui a réalisé le documentaire Corleone : la guerre des parrains, consacré notamment à Toto Riina. Les meurtres des juges anti-mafia Giovanni Falcone et Paolo Borsellino, en 1992, ont pourtant précipité sa chute (il est arrêté un an plus tard et était emprisonné depuis lors). "Ces meurtres sont un tournant dans la société italienne. Jusque dans les années 1980, on a nié la mafia, parce qu’elle était souterraine et qu’elle arrangeait une partie de la société. Les meurtres de Toto Riina ont été un point de rupture. L’État devait désormais agir."

Renié avant de régner. L’ancien chef de Cosa Nostra a pourtant longtemps été renié par la mafia sicilienne. "Toto Riina n’était pas accepté par la mafia aristocratique, en bons termes avec les institutions étatiques et religieuses, qui a régné jusqu’à la fin des années 1970. Il était originaire de Corleone, un fort village mafieux mais aussi de paysans (rendu célèbre par le film Le Parrain, ndlr). Toto Riina n’avait pas cette culture, cette aura et du coup n’était pas respecté."

"Il a tué tous ses ennemis". Pour prendre la tête de Cosa Nostra, Toto Riina a fait preuve d’une rare violence, qu’il a continué à utiliser tout au long de son règne. "Avant lui, la mafia était souterraine et n’utilisait la violence qu’en dernier recours. Il a fait le contraire. Il a pris le pouvoir de Cosa Nostra par un coup d’État où il a tué tous ses ennemis. Pendant trois ans, il y avait des dizaines de morts par jour dans les rues de Palerme", raconte Anne Véron. "Il a pris le pouvoir dans la violence et a régné dans la violence." 

Avec Riina, la mafia "tuait les femmes, les enfants". "On ne tuait pas les femmes, mais avec Toto Riina on a commencé à tuer les femmes. On ne tuait pas les enfants et on a vu des enfants être tués", a témoigné vendredi un repenti de la mafia après la mort du chef de Cosa Nostra. "Même s'il était en prison, Toto Riina comptait encore pour la mafia. Et s'il ordonnait qu'une chose soit faite, si c'était réalisable, alors c'était fait", a expliqué lors d'une conférence de presse Gaspare Mutulo, 77 ans, qui fut un ami de Riina, avant de devenir collaborateur de justice en 1991.