Centrafrique : l'ONU à nouveau gênée par un scandale d'abus sexuels

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Centrafrique : l'ONU à nouveau gênée par un scandale d'abus sexuels
Des casques bleus lors de leur mission de maintien de la paix en Centrafrique@ AFP
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Quelques semaines après le scandale qui a touché des soldats français, des Casques bleus sont également accusés d'avoir abusé d'enfants en Centrafrique.

Les scandales s'enchaînent pour l'ONU. La Minusca, chargée du maintien de la paix en Centrafrique, a été informée d'accusations d'abus sexuels commis par ses Casques bleus "contre des enfants des rues à Bangui", a indiqué mardi le porte-parole de l'ONU Stéphane Dujarric. Les faits "pourraient remonter à 2014" mais n'ont été signalés que le 19 juin.

Les faits graves. Dans le dernier cas révélé en RCA et dont la Minusca a été saisie, ce sont deux jeunes filles de moins de 16 ans qui auraient été exploitées sexuellement à Bangui, a précisé un responsable de l'ONU sous couvert de l'anonymat. Les deux jeunes filles ont affirmé à une ONG locale avoir reçu de la nourriture et des produits en échange de relations sexuelles.

"Si ces (dernières) accusations sont confirmées, il s'agirait d'une grave violation des principes de l'ONU et du code de conduite des Casques bleus", a assuré Stéphane Dujarric. "Nous demanderons au pays concerné de prendre rapidement les sanctions appropriées". L'ONU s'en remet aux pays contributeurs de troupes pour sanctionner leurs ressortissants coupables de tels abus. La Minusca avait déjà demandé il y a quelques semaines au Maroc d'enquêter sur des accusations de viol sur mineure commis par un de ses soldats. 

Qui sont les soldats ? Les abus ont été commis par "un des contingents" de la Minusca, a-t-il ajouté sans préciser de quelle nationalité sont les soldats impliqués. Selon une autre source de l'ONU, il s'agit "d'un contingent africain". L'ONU tente de vérifier ces accusations et "fournit un soutien aux victimes". Le pays dont est originaire le contingent soupçonné a été averti le 20 juin, a précisé le porte-parole des Nations unies. L'ONU a donné dix jours à ce pays pour lui faire savoir quelles mesures il comptait prendre. "Nous espérons qu'il va enquêter et nous tenir au courant" et qu'il "va agir rapidement", a-t-il ajouté. 

Les Nations unies ont quelque 125.00 Casques bleus répartis dans 16 missions dans le monde. La Minusca, forte de 12.000 militaires et policiers originaires d'une quarantaine de pays, pour moitié africains, a été déployée en septembre 2014 pour tenter de ramener le calme en RCA, en proie au chaos et à des violences inter-ethniques.

Plusieurs scandales d'abus sexuels. L'ONU est déjà sous le feu des critiques pour sa gestion d'une affaire d'accusations de viols d'enfants en RCA par des soldats français et africains. Ces soldats n'étaient cependant pas sous son commandement. Quatorze militaires français font l'objet d'une enquête judiciaire en France dans cette affaire.

L'ONU a chargé lundi trois experts indépendants d'évaluer la manière dont elle a géré cette affaire et de lui recommander des mesures pour améliorer les procédures en vigueur. Les Nations unies affirment appliquer une politique de "tolérance zéro" depuis dix ans envers le harcèlement et les abus sexuels commis par ses employés. Mais un récent rapport interne a confirmé que ce problème est récurrent : selon ce document, des Casques bleus ont échangé de l'argent ou des téléphones contre des faveurs sexuelles de centaines de femmes en Haïti et au Liberia.