Attentats de Bruxelles : les ratés des services d’enquête

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Attentats de Bruxelles : les ratés des services d’enquête
Un soldat en Belgique@ AFP
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Une semaine après les attaques, les enquêteurs belges sont pointés du doigt, à la suite de révélations soulignant un manque de communication et d’anticipation de leurs services.

Avec l’avancée de l’enquête sur les attentats de Bruxelles, ce sont les défaillances des services d’investigation qui sont aussi mises en lumière. Une semaine après les attaques qui ont frappé la Belgique, les enquêteurs se retrouvent dans l’embarras, à la suite de révélations soulignant un manque de communication et d’anticipation de leurs services. Des couacs en série qui, dans un pays accusé de laxisme dans la gestion de ses ressortissants radicalisés, ont conduit les ministres de la Justice et de l’Intérieur à présenter leur démission. Avant que celles-ci ne soient refusées.

Couac n°1 - Un kamikaze signalé par Ankara en juillet 2015. Dès le lendemain des attentats, les autorités turques ont jeté le premier pavé dans la mare à l’encontre de la Belgique. Recep Tayyip Erdogan, le président turc, a affirmé que ses services avaient intercepté Ibrahim El Bakraoui en juin 2015, tout près de la frontière syrienne. Après avoir signalé aux autorités belges qu’il s’agissait probablement d'un combattant de l'Etat islamique, la Turquie avait expulsé Ibrahim El Bakraoui vers les Pays-Bas, le mois suivant. Le kamikaze de l’aéroport ne sera finalement jamais inquiété et retournera en Belgique quelques semaines après son arrivée sur le sol européen. Après les attentats de Paris, son nom émerge, mais pas son prénom. C’est en effet son frère, soupçonné d’avoir été impliqué dans les attaques, qui est recherché. En vain.

Forcées de s’expliquer, les autorités belges ont mis vendredi en cause le flou des informations transmises à la mi-2015 par la Turquie à propos d'Ibrahim El Bakraoui. Deux ministres belges ont aussi dénoncé la manière "inacceptable" dont les informations avaient été traitées par un policier belge en poste à Istanbul. "Je ne peux que conclure qu'une personne a été pour le moins négligente, pas très pro-active, ni très engagée", a déclaré le ministre de l’Intérieur, Jan Jambon.

"Une personne issue de l'appareil policier a gaffé", a-t-il ajouté, parlant d'une attitude "inacceptable". L’agent de liaison en question est accusé de ne pas avoir transmis dans les temps les informations sur le potentiel dangereux du kamikaze de l’aéroport. La cellule antiterroriste de la police à Bruxelles lui avait pourtant demandé de chercher à en savoir plus sur cet homme condamné en Belgique pour banditisme.

Couac n°2 - Les protagonistes des attentats signalés à la maire de Molenbeek. L’autre déconvenue pour les services d’enquête belges remonte elle aussi à juin 2015. A cette époque, la maire de Molenbeek, Françoise Schepmans, reçoit une liste de 85 personnes "radicalisées" transmise par les services de renseignement belges. Figurent sur cette fiche quatre des hommes soupçonnés d'avoir joué un rôle-clé dans les attentats de Paris et de Belgique : Abdelhamid Abaaoud, Brahim et Salah Abdeslam et Mohamed Abrini.

Le but de ce recensement était de tenter de diminuer le nombre de départs, par exemple en retirant les passeports ou en rayant les gens des registres de population, les privant ainsi de toute aide sociale. L’objectif était aussi d’inciter la police locale à obtenir des informations sur ces individus et à les transmettre aux services de renseignement ou à la police fédérale. Mais, une fois encore, rien n’a été fait.

Couac n°3 - La planque de Salah Abdeslam signalée, mais… Plus récemment, le 7 décembre, une information a été phagocytée en interne par la police de Malines, signe une nouvelle fois du manque de communication entre les différents services d’enquête. Un agent de police de Malines, entre Bruxelles et Anvers, aurait notifié dans un rapport à sa direction, une information selon laquelle le 79 rue des Quatre Vents à Molenbeek, pouvait servir de planque à Salah Abdeslam.

C’est justement dans cet appartement que l’ennemi public numéro 1 a été interpellé le 18 mars. Une information capitale rapportée à un agent de la police de Malines qui n’a pas jugé utile de la transmettre au parquet de Bruxelles. Forcé de s’expliquer, le chef de corps de la police de Malines a relativisé la teneur "non cruciale" de cette information et le caractère vague de la source, rapporte Le Soir.

Couac n°4 - Les enquêteurs ne cuisinent pas suffisamment Salah Abdeslam. Enfin, c’est l’interrogatoire de Salah Abdeslam par les enquêteurs belges qui est aussi critiqué. Le suspect clef des attentats du 13 novembre, interrogé deux heures durant, au lendemain de son arrestation à Molenbeek vendredi 18 mars, a surtout été questionné sur son rôle présumé dans la préparation des attaques, mais pas suffisamment sur ses complices et ses mentors. Pourtant, les récentes investigations réalisées après les attentats en Belgique, mettent en lumière une seule et même cellule ayant commandité les attentats dans les deux capitales européennes.

Lorsqu’ils interrogent Salah Abdeslam sur Ibrahim et Khalid El Bakraoui, les deux kamikazes des attaques de Bruxelles, l’ennemi public numéro 1 assure sans hésiter : "je ne les connais pas." Les enquêteurs n’insisteront pas sur le sujet.