Adnan Khashoggi, un milliardaire sulfureux

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L'histoire de la semaine est une chronique de l'émission Europe week end
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Marc Messier dresse le portrait d'Adnan Khashoggi, sulfureux homme d'affaires Saoudien.

Le chuintement feutré d’une Rolls Royce au tournant des années 80…. La route de la fortune… Le chemin tortueux de l’homme le plus riche du monde… Une légende…. Une corniche sur la Costa Del Sol… Une portière qui s’ouvre sur la Méditerranée… Au large… Un bateau… Son bateau… Le plus grand bateau privé jamais construit… Le 1er yacht de l’histoire équipé d’une piscine, d’un cinéma, d’une discothèque et d’un héliport… Un palace flottant qui fait la fierté de son propriétaire qui l’a baptisé du nom de sa fille unique : Nabila…

Adnan Khashoggi… Un Nabab-Nabot d’un1m50  et quelques…  Un tout petit bonhomme grassouillet et dégarni… Sa moustache lustrée, sa peau cireuse et ses costumes chatoyants lui donnent un côté laqué, vernissé… Il a le sourire onctueux, de faux airs de Dario Moreno et de troublantes ressemblances avec Rastatopoulos, le plus malfaisant des ennemis de tintin…  La même silhouette… Le même cynisme, la même absence de morale, les mêmes pratiques douteuses… Le monocle en moins, l’amabilité en plus… Khashoggi est courtois avec tout le monde, il aime les animaux sauvages, les lions en particulier, et les tigresses en général, des femmes toujours trop grandes pour lui… Des femmes qui changent, qui tournent… A l’opposé de son body garde qui ne le lâche pas d’une semelle depuis 15 ans… Un karateka coréen, taciturne et inquiétant… Un certain Mister Kill, comme le verbe Tuer en anglais… Un surnom comme une promesse… Un atémi fatal à quiconque viendrait chercher des noises à son patron...

Adnan Mohamed Khashoggi, que personne n’a jamais osé appeler Momo… C’était « Cachou » pour les intimes… Les effluves de son vétiver… Des relents de scandale tout au long de sa vie…  L’histoire d’un petit saoudien de la Mecque devenu le plus grand marchand d’armes des années folles du pétrole…Adnan est le dernier fils du docteur Khashoggi, le toubib personnel d’Ibn Saoud, le 1er Roi de l’Arabie Saoudite Moderne… Cachou est presque élevé comme un petit prince à la cour du Royaume Wahhabite… Des études de business au States, comme on dit à Ryad et un 1er deal à 19 ans : Il vend une cargaison de camions américains à l’un des très riches amis de sa famille, Monsieur Ben Laden, le papa d’Oussama encore parfaitement fréquentable à l’époque…

Adnan est jeune, madré, déjà rondouillard et débordant d’ambition… Il n’a aucun scrupule, paie des pots de vins, offre des putes et des cadeaux hors de prix… Tout est bon pour un bon contrat… Ce sont les jeunes princes saoudiens avec lesquels il a partagé, enfant, le même lait de chamelle qui l’aideront à se lancer dans le commerce des armes… Un négoce pas joli/joli  mais archi/archi juteux… A La fin des années 60, Adnan Khashoggi, n’a pas encore 35 ans… C’est lui qui fournit le Royaume en Fusils, canons, chars et avions de chasse…

Le petit Adnan Khashoggi, devient alors le Grand AK, ses initiales… Celles aussi du plus célèbre fusil d’assaut de l’histoire : l’AK-47, le petit nom de la Kalachnikov, l’arme de guerre russe la plus vendue au monde… 

Le début d’une décennie de folies, de bakchichs, d’extravagances et de fêtes délirantes  … Ses milliards de dollars… Ses somptueuses propriétés dans le monde entier… Son Palais de Marbella… Ses millions d’hectares au Kenya… Sa flotte d’avions, sa centaine de Rolls et de Bentley… Il tutoie Nixon, Marcos et Mobutu… On le voit au bras de Liz Taylor, de  Farah Fawcett ou de Grâce de Monaco… Les grandes années d’AK avant ses 1ères déconvenues financières… Ses 1ers scandales… Des affaires de corruptions, des banqueroutes, des dettes à millions… Des procès un peu partout…

Cachou devra se séparer du Nabila… Son bébé chéri… Son bateau que rachètera le Sultan de Brunei, qui le revendra, plus tard, à un certain Donald Trump… Le « Trump Princess », devenu depuis, le Kingdom 5KR, la propriété flottante du prince Saoudien Al Walid…

Adnan Khashoggi, l’homme le plus riche du monde, réduit à la fin des années 80 à l’état de simple multi-millionnaire… Presque un miséreux, vous aurait-il dit avec son sourire onctueux… Ses amis se souviendront longtemps de son 50ème anniversaire dans sa propriété de au-dessus de Marbella : Shirley Bassey lui chantant Happy Birthday… Son frère lui offrant ce jour-là, le gâteau du couronnement de Louis XIV et un lionceau présenté sur un couffin de fils cousu d’or… L’un des plus beaux souvenirs de sa vie, racontait encore Adnan Khashoggi, il y a quelques années…  Le chuintement feutré d’une Rolls Royce… Cachou endormi à jamais sur la banquette arrière   …