Comment Hollande a ravivé les communistes

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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François Hollande a réalisé l’exploit, contre sa volonté, de jeter les socialistes dans les bras du jeune Macron ou dans ceux de Mélenchon.

Le regard d'Yves Thréard. Bonjour Yves, comment Hollande a relancé le Parti communiste?

Si Mitterrand l’a étouffé à petit feu, Hollande aura contribué à sa résurrection. Certes Mélenchon n’est pas un communiste pur sucre, mais le moribond PC est bien derrière le candidat de la France insoumise, force dont les propositions rappellent furieusement le programme commun des années 1970.
Le Parti communiste, qui pesait 21 % à la présidentielle de 1969, avec Jacques Duclos, n’atteignait même pas les 2% en 2007, avec Marie-George Buffet.
Aujourd’hui, avec 19%, Mélenchon figure parmi les quatre favoris pour la qualification au deuxième tour et les communistes se mettent à rêver à l’Elysée. Percée inespérée, incroyable ! Elle tient beaucoup à la personnalité de Mélenchon, tribun hors-pair, mais aussi à la faiblesse de Hamon, candidat d’un PS en pleine décomposition.

La faute à François Hollande aussi ?

Bien sûr, Hollande dont on vantait les qualités de tacticien apprises au contact de Mitterrand s’est révélé être un piètre chef d’orchestre de la gauche. L’élève a, comme son maître, le goût de la manœuvre et le plaisir de la transgression, mais il n’en a pas le talent, la maîtrise, ni le sens de l’anticipation. N’est pas florentin qui veut !
Mitterrand avait su imposer le tournant de la rigueur à la gauche en 1984, se faire réélire en 1988 et rester 14 ans au pouvoir. Après cinq ans de politique en zig zag, malmené par quelques frondeurs, Hollande, lui, est obligé de quitter l’Elysée par la petite porte.
Il a réalisé l’exploit - contre sa volonté - de jeter les socialistes dans les bras du jeune Macron ou dans ceux de Mélenchon, l’admirateur de Chavez et Castro.
Quelle belle occasion pour le PC de prendre sa revanche sur le PS, qui l’a toujours traité de haut. Et quelle surprise de voir le parti de la faucille et du marteau renaître de ses cendres dans le siècle de l’économie numérique, qui plus est en France !

Un retour pour le moins anachronique

François Hollande a confié un jour qu’il voulait laisser une trace dans l’histoire. Eh bien, elle est là cette trace, bien peu flatteuse : on se souviendra sans doute de lui comme du fossoyeur du parti de Mitterrand, son mentor, et comme du responsable du retour en grâce de la lutte des classes. On peut dire que le bilan est globalement négatif.