L'Europe, le boulet de Marine Le Pen

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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En imaginant une étape intermédiaire dans la sortie de l'Union européenne, Marine Le Pen se prend les pieds dans le tapis.

Le regard d'Yves Thréard. Bonjour Yves. Marine Le Pen est empêtrée dans sa sortie de l’Europe.

Brexit aidant, la candidate du Front national pensait en faire le fer de lance de sa campagne, or cette sortie de l’Europe en est le talon d’Achille.
Depuis pas mal de temps, son discours manque de clarté sur ses réelles intentions et sur la mise en application de ce Frexit. Quant aux conséquences de celui-ci, on sait qu’elles seront douloureuses pour les Français. A tel point qu’on peut se demander si la confusion qui règne autour de ce sujet n’est pas la cause de sa relative régression dans les sondages. Certes, l’Europe n’est guère populaire dans le cœur des Français, mais les deux-tiers d’entre eux ne veulent pas la quitter, pas plus que l’euro. Et les plus attachés à l’Europe - pour des raisons autant économiques qu’historiques - sont aussi ceux qui s’abstiennent le moins : les retraités, un électorat que Marine Le Pen n’arrive pas à capter. Quitter l’Europe, surtout pour eux, serait un saut dans l’inconnu, synonyme de paupérisation.

Que propose Marine Le Pen pour sortir de l’Europe ?

Pas une sortie sèche, comme prévue au début, pour éviter d’effrayer les Français. Et c’est précisément parce qu’elle veut amortir le choc de cette sortie en imaginant une période intermédiaire que Marine Le Pen se prend les pieds dans le tapis.
D’abord, elle irait renégocier les accords européens qui lient la France, pour sortir de l’euro, restaurer le contrôle aux frontières, imposer des barrières douanières et affirmer la primauté de la loi française sur les directives européennes. Bref, l’essentiel de sa politique pour un retour de la France à son entière indépendance.
Mais la négociation risque de durer très longtemps pour un résultat négatif, l’Europe rejetant presque tout en bloc. A la sortie, Marine Le Pen en sortirait donc perdante sans avoir pu mettre en œuvre l’essentiel de son programme, sauf quelques mesures sur l’immigration, le logement, l’école ou en faveur des PME.

A l’issue de ces négociations avec l’Europe, elle a promis d’organiser un référendum ?

Oui, mais avec quelle question ? Mystère et boule de gomme. Quoi qu’il en soit, si la réponse des Français ne va pas dans son sens - quitter l’Europe -, elle démissionnerait. Donc le fiasco serait complet et une grave crise politique s’annoncerait en perspective. Est-ce que la France peut se le permettre et est-ce cela que les Français veulent ? Pas sûr.