"Baupin, chic un lynchage !"

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La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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L'unanimisme à condamner Denis Baupin a fait sourciller quelques éditorialistes, alors que l'affaire n'est pas encore judiciarisée.

Ce matin en Une de vos journaux un nom, un seul :

- Libération : "L'affaire Denis Baupin : levons l’omerta."

- L’Opinion : "Ce que révèle l’affaire Denis Baupin."

- Le Parisien : "Harcèlement sexuel en politique : la fin de la loi du silence."

- Paris Normandie : "Baupin dans de beaux draps." On en oublierait presque qu’il y a un vote à l’assemblée :

- Le Figaro : "Loi Travail : pas de majorité pour François Hollande."

- L’Humanité : "Loi Travail : le 49-3, c’est le peuple bâillonné."

Baupin

Il y a quelques mots clé, ceux qui tournent en boucle : affaire, omerta, loi du silence. Et surtout victimes. Après le texte des femmes journalistes, Libération publie celui de femmes politiques qui dénoncent l’inaction. Dans les éditoriaux on condamne. Mais certains se permettent un ton légèrement ironique, comme Yann Marec dans le Midi Libre : "Sur un échiquier politique, à les écouter, les écologistes seraient les plus vertueux. Patatra !" "Le retour du boomerang Baupin est dévastateur autant que démythifiant, renchérit Bruno Mège dans La Montagne : même un affreux macho peut se cacher sous les oripeaux d’un bobo écolo."

Certes, ils sont plusieurs à voir là quelques arrières pensées. Mais c’est à peu près la seule réticence qu’ils se permettent. Il faut aller sur le site Causeur pour trouver une voix discordante, quelqu’un qui exprime sa gêne devant le déferlement. "Chic, un lynchage ! On commençait à s’ennuyer" s’exclame Régis de Castelnaud." La lamentable curée médiatique qui a pris comme un feu de paille n’a rien à voir avec la justice. Si on a inventé le secret de l’instruction, le caractère contradictoire des débats et quelques autres fanfreluches, c’est parce que ce sont les conditions d’un procès équitable. Il faut en finir avec l’omerta, entend-on de toutes parts. L’omerta, en l’occurrence, est particulièrement bruyante. Et on pousse les femmes à parler, toutes les femmes puisque toutes les femmes sont victimes ou pourraient l’être. Selon le storytelling en vigueur, il y aurait donc à tous les étages de la vie politique, des hommes qui ne pensent qu’à ce que vous savez et des femmes qui elles, sont de purs esprits, n’usent jamais de la séduction". Oui, l’unanimisme est toujours gênant.

Hommes féministes

Il y a des hommes qui sont du bon côté, des hommes parfaits, c’est-à-dire des hommes qui se soucient des femmes. Le magazine Glamour publie la liste des 25 hommes les plus féministes au monde. On y trouve Julien Bayou qui sauve la réputation d’EELV en ayant le courage de s’intéresser à la composition des tampons hygiéniques sur les plateaux de télé ou quelques humoristes qui osent se moquer du machisme : quelle subversion. Heureusement, on trouve aussi  Denis Mukwege, gynécologue congolais qui soigne les femmes victimes de viols et de mutilations, John Guillebaud, médecin britannique, l’un des premiers à se pencher sur l’endométriose, maladie oubliée parce que uniquement féminine ou Pierre Foldès, médecin qui répare les femmes excisées. Mais ceux-là ne sont pas féministes. Ils sont tout simplement humanistes.

Racine chrétienne de l’Europe

C’est l’autre débat qui affole la presse après la déclaration de Pierre Moscovici : "l’Europe n’est pas chrétienne, je ne crois pas aux racines chrétiennes de l’Europe." Dans le Figaro, Renaud Girard répond. "Libre à lui de suivre une religion ou de se définir athée ou agnostique. Mais sa déclaration surprend car les racines chrétiennes de l’Europe sont un fait. Qu’est-ce que la civilisation européenne ? C’est la synthèse de l’antiquité gréco-romaine, du judéo-christianisme, de l’humanisme de la renaissance et des lumières." Ce qui, contrairement à ce que semble croire Pierre Moscovici, n’interdit pas la laïcité et n’exclut pas les autres religions. Mais juste à côté, la philosophe Chantal Delsol produit un étrange texte sur le nouveau maire de Londres. Elle semble agacée que les médias insistent sur sa religion parce que, dit-elle, il incarne au contraire l’Islam qui nous convient, celui qui accepte l’homosexualité, qui revendique les droits de l’homme et qui se mobilise pour sauver le pub de son quartier. "Pourquoi clamons-nous la diversité tout en défendant exclusivement les droits de l’homme occidentaux ?" Bref, ce qui la gêne, c’est qu’on puisse être musulman et intégré. C’est l’idée de valeurs universelles alors qu’elle voudrait les proclamer purement chrétiennes comme les tenants du multiculturalisme les accusent d’être uniquement occidentales. Mais la grandeur de l’Occident c’est peut être justement cet universalisme que nous avons abandonné.

Art contemporain

20 minutes nous apprend qu’une œuvre vient de se vendre 17 millions d’euros. Une statue représentant Hitler en train de prier. Une sculpture présentée dans le cadre d’une thématique autour de la prise de risque censée repousser les limites de l’art. En l’occurrence, ce sont les limites du mauvais goût que l’on repousse à chaque fois.

Menton

Est-ce que l’art est le propre de l’homme ? Ou est-ce que finalement, comme nous l’annonce Science et Vie, le véritable propre de l’homme ce ne serait pas tout autre chose, quelque chose d’anodin, qu’on ne vante jamais : le menton. Parce que c’est un mystère dans l’évolution humaine. Impossible de savoir comment il a surgi. Pour faciliter le langage ? Pour la mastication ? Ou comme ornement sexuel ? A priori, une conjonction de facteurs. Mais on ne sait pas s’il y a des fétichistes du menton.

20 Minutes se fait également l’écho d’une étude qui nous révèle que trois quarts des jeunes de 18 à 24 ans se disent prêts à tout pour réussir. Un sur 5 irait même jusqu’à coucher. C’est compliqué, un être humain, avec ses contradictions, ses noirceurs. Çà ne va pas faciliter l’opération transparence et lutte contre les pulsions libidineuses.