Canada : Nestlé s'est approprié gratuitement un puits d'eau potable

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Derrière le buzz est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Au canada, Nestlé a mis la main sur un puits d’eau potable que voulait la ville pour son propre approvisionnement. La multinationale a privatisé d’énormes quantités de ressources naturelles sans que ça ne lui coûte un sou.

Dans la presse internationale, ce combat de David contre Goliath. Au Canada, une petite ville accuse le géant Nestlé de lui voler son eau. 

À Wellington précisément, une petite localité de l’Ontario, située dans la région des grands lacs.

La ville aujourd’hui compte 30.000 habitants mais sa population augmente rapidement et le maire voulait s’assurer de son approvisionnement en achetant un puits. Manque de chance, le géant Nestlé l’a appris a surenchéri et a raflé la mise. Cette eau ne coulera donc jamais des robinets des habitants, ils devront l’acheter à prix d’or dans des bouteilles en plastique. Dans la presse canadienne, on dénonce un scandale puisque Nestlé paie une somme ridicule pour pomper cette eau, une redevance de seulement 3,71 dollars par million de litres pompés. Comme Nestlé a des permis pour extraire 4,7 millions de litres par jour en ontario, cela lui coûte moins de 15 dollars. Le Toronto star s’en étrangle, même en retranchant les frais de mise en bouteille ou de marketing, ses marges sont délirantes. Rien ne peut l’expliquer à part une corruption gigantesque et généralisée. Aucun dealer de drogue ne pourrait rêver mieux.

Ça veut dire que Nestlé paie "trois francs six sous ", prend la ressource et la revend au prix qu’elle veut ?

Exactement et elle n’est pas la seule d’ailleurs puisque 6.000 permis de pomper sont en vigueur en Ontario. Plus de 37 millions de litres s’évaporent chaque jour, avant la sécheresse et les changements climatiques, on ne s’en inquiétait pas vraiment mais aujourd’hui le public réalise que c’est sa ressource naturelle qui est privatisée avec la complicité du gouvernement qui est tout de même assez mal a l’aise. On découvre que dans certaines provinces, le Québec par exemple, la redevance est 20 fois plus élevée. Pourtant des communautés entières n’ont pas d’eau potable, certains villages autochtones sont forcés de faire bouillir leur eau depuis 20 ans et pourtant le gouvernement brade la ressource au lieu de mettre lui-même cette eau en bouteille, pour en garder le profit et réduire son déficit. Les questions se bousculent, et la province n’a pas de réponse. Une manifestation doit d’ailleurs se tenir aujourd’hui à Wellington tandis qu’un mouvement de boycott est lancé contre les produits Nestlé. Mais pour l’instant, l’Ontario a seulement promis de revoir un peu sa politique de redevances. Nestlé ne commente pas mais même si elle devait payer 100, 200 fois plus cher pour son million de litres, cela ne remettrait sans doute pas en cause ses profits.