Comment gérer les premières amours de ses enfants ?

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Antidote est une chronique de l'émission La vie devant soi
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Les premiers amours de leurs enfants ne sont pas toujours bien acceptées par les parents. Mais il faut se faire une raison !

Le mercredi, on parle des petits et de leurs amours !

De leurs amours parfois contrariées ! Hier matin, devant la grille d’une maternelle, il y a ce petit garçon de trois ans, qui s’apprête à dire au revoir à sa maman et qui lui glisse, bien fier, qu’il est heureux d’aller à l’école surtout parce qu’il va y retrouver Hortense, sa copine de sieste. Parce que Hortense, elle est drôlement chouette, Hortense, elle a pas peur des vers de terre, mais surtout parce que Hortense, faut pas le dire, hein, c’est son amoureuse !

A ce moment-là, le visage de la maman a littéralement changé de couleur. Ses traits se sont comme raidis d’un coup. Elle s’est accroupie et a attrapé son bras, menaçante, en le rappelant sérieusement à l’ordre : "Mais non, tu sais bien que c’est maman ton amoureuse !" Oui, il se vit de véritables drames aux portes des écoles. Pas simple d’écouter battre son cœur quand on a trois ans et des parents pas tout à fait au clair dans leur posture de parents justement !

Je me souviens de cette petite fille de trois ans toujours, que j’avais croisée, et qui portait sur le dos un t-shirt sur lequel on pouvait lire:  "Je suis amoureuse de mon papa." Sauf qu’à trois ans (et sauf génie), on ne sait pas encore lire. Alors je pose simplement la question : qui a acheté le t-shirt et qui choisit de l’habiller ainsi le matin ? A qui cela fait-il plaisir que cette petite fille porte ce t-shirt et qu’elle le porte d’ailleurs, sans conscience, sans savoir ce qui est écrit dessus ?

Ah oui, quand l’enfant se met à aimer, quand il ouvre son cœur à d’autres parce qu’il commence à rencontrer d’autres êtres que ses parents, sa nounou, sa famille proche, et qu’il est scolarisé, qu’il va à la crèche, ça nous fait drôle. Et parfois, cela  met en lumière des zones à travailler pour l’adulte que nous sommes devenus. Comme ce papa qui fait de la collection d’amoureuses de son fils Mathéo, une véritable affaire personnelle : "Un vrai tombeur, comme son père !"

Sans aller jusque-là, c’est vrai que ce n’est pas simple d’accepter que son enfant grandisse et puisse éprouver des sentiments pour d’autres…

Et il va même peut-être falloir se faire une raison ! Parce qu’à cet endroit, à l’endroit du cœur, personne ne joue dans la même cour ! Un enfant de trois ans, qui découvre ce que "passer du temps avec l’autre", veut dire, se donner la main, jouer ensemble, faire attention, prendre soin… C’est tout à fait différent d’une relation entre adultes, avec, (à priori et dans le meilleur des cas) une maturité affective et une maturité sexuelle !

Oui, c’est dans ces moments-là que me reviennent, en soutien, les mots avisés et éclairés de l’immense Khalil Gibran et de son chef d’œuvre Le Prophète, dans lequel il nous rappelle que "nos enfants ne sont pas nos enfants. Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même, ils viennent à travers vous (nous dit-il) mais non de vous. Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas." Khalil Gibran termine ce magnifique texte sur la parentalité par cette métaphore : "Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés. Et plus l’arc sera solide et stable, plus la flèche ira loin."