Emmanuel Macron mérite-t-il (vraiment) l’étiquette de "candidat des patrons" ?

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Emmanuel Macron mérite-t-il (vraiment) l’étiquette de "candidat des patrons" ?
Emmanuel Macron a reçu le soutien officieux du patron de Free Xavier Niel.@ ERIC PIERMONT / AFP
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Le candidat du mouvement "En Marche !" à la présidentielle est catalogué comme proche des patrons. Mais est-il le seul prétendant à l’Élysée à se montrer généreux avec eux ?

Alors même que son programme n’est pas encore complètement dévoilé, Emmanuel Macron hérite déjà d’étiquettes. Parmi celles qui lui collent le plus à la peau : "Macron, c’est le candidat des patrons", comme l’attaquait le socialiste Luc Carvounas dans l’émission "/.Pol" en janvier dernier. L'ancien ministre de l'économie a été tancé sur ce point à de nombreuses reprises depuis l'annonce de sa candidature, que ce soit par la CGT ou Marine Le Pen. Certes, le candidat du mouvement "En marche !" est soutenu, officiellement ou non, par plusieurs dirigeants d’entreprises : le patron de Free Xavier Niel, le businessman Jean Peyrelevade, le fondateur de Meetic Marc Simoncini… Mais cela ne veut pas dire qu’Emmanuel Macron est plus généreux avec les entreprises que les autres candidats à l’élection présidentielle. Europe 1 fait le point sur les programmes des principaux candidats.

Emmanuel Macron ménage le salarié et le patron

"Il ne faut surtout pas augmenter le coût du travail, qui nuirait à notre compétitivité et donc à l’emploi." C’est écrit noir sur blanc sur le site Internet de l’ancien ministre de l’Économie. Emmanuel Macron est partisan d’une plus grande souplesse au sein de l’entreprise afin de les pousser à relancer l’investissement.  Un projet validé par Pierre Gattaz, patron du Medef, qui trouve le programme "intéressant" et, sur certains points, "enthousiasmant".

Allègements de charge pérennes. Emmanuel Macron propose donc d’aller encore plus loin que la politique menée sous la présidence de François Hollande. "Non seulement je maintiendrai les allègements de cotisations déjà décidés durant les dernières années, mais je transformerai le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE) en allègement de charge pérenne à hauteur de 6 points, pour toutes nos entreprises, quelles qu’elles soient, quel que soit le secteur. Tout le monde aura ses allègements de charges", promettait-il le 10 décembre lors du discours de la Porte de Versailles.

Emmanuel Macron devient le seul héritier du centrisme en 2017. JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Emmanuel Macron devient le seul héritier du centrisme en 2017. © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP


Moins de charges sur le Smic. Cependant, conformément à son positionnement "ni de droite, ni de gauche", Emmanuel Macron équilibre ses propositions. Sur France Inter, il a affirmé vouloir "supprimer la totalité des charges au niveau du Smic", mesure qui bénéficierait à la fois aux salariés et aux employeurs, tous deux concernés par ces charges.

Dans son programme, Emmanuel Macron évoque également un système de bonus/malus financier pour les entreprises. "Les entreprises qui licencient plus que les autres ou qui recourent excessivement aux contrats courts devront se voir imposer un malus tandis que celles qui privilégient l’emploi durable devront pouvoir profiter d’un bonus", promet le candidat d’"En Marche !". Vendredi, dans une interview aux Echos, il a annoncé vouloir abaisser l'impôt sur les sociétés de 33,3% à 25% environ.

François Fillon, le vrai candidat des patrons

"Je veux aider les entrepreneurs à réussir car c’est seulement ainsi que je donnerai à la France sa seule chance de réussir". François Fillon mise tout sur les entreprises. Et le candidat des Républicains y va franchement : "Dès le quatrième trimestre 2017, allègement de charges employeur et suppression d’impôts assis sur la masse salariale, pour un total de 25 milliards d’euros". Charges, taxes et prélèvements qui pèsent sur l’investissement et l’embauche seront donc drastiquement taillées.

François Fillon, 1280x640

Impôt sur les sociétés à 25%. François Fillon promet également que "le CICE sera transformé en allégements de charges sociales définitifs". Cerise sur le gâteau, une baisse progressive de l’impôt sur les sociétés jusqu’à "nous aligner sur les pays européens comparables", soit environ 25%, contre 33,3% actuellement. Cela devrait rapporter, selon le candidat, dix milliards d’euros aux entreprises françaises.

De 35 à 39 heures. En plus, François Fillon prévoit le passage de 35 à 39 heures, avec sur ce sujet, une prévalence de l’accord collectif majoritaire sur le contrat de travail. Autre proposition qui séduit les patrons : l’introduction du "motif de ‘réorganisation de l’entreprise’ dans les procédures de licenciement collectif pour permettre aux entreprises qui doivent s’adapter en permanence de rester compétitives".

Jean-Luc Mélenchon, les salariés d’abord

Depuis qu’il a révélé le chiffrage de son programme dimanche, une question se pose sur la candidature de Jean-Luc Mélenchon : est-il plus "pro-business" qu’il n’y paraît ? En effet, le candidat de la "France insoumise" promet 95 milliards de commandes d’investissements aux entreprises dès son entrée à l’Élysée, principalement dans le logement (18 milliards) et les énergies renouvelables (25 milliards).

Une baisse d’impôt mais plus de CICE. Jean-Luc Mélenchon prévoit aussi d’abaisser l’impôt sur les sociétés à 25%. Mais en contrepartie, il souhaite une hausse de 5 à 8% de la taxe sur les bénéfices non réinvestis afin de taxer les dividendes des entreprises cotées. C’est là que s’arrêtent les propositions séduisantes pour les entreprises. D’abord car la baisse de l’impôt serait plus que compensée par la suppression du CICE et du Pacte de responsabilité, environ 30 milliards d’euros retirés aux entreprises françaises.

Jean-Luc Mélenchon 1280 GEORGES GOBET / AFP

La moyenne d'âge des candidats désignés de la France insoumise pour les législatives est de 43 ans. © GEORGES GOBET / AFP


Pour des entreprises responsables. De plus, le candidat de la "France Insoumise" formule un paquet de mesures visant à limiter le pouvoir des patrons sur les salariés : interdiction de distribuer des dividendes d’un montant supérieur aux bénéfices, fin des parachutes dorés et des retraites chapeaux, fixation d’un salaire maximum autorisé pour limiter l'écart de 1 à 20 entre le salaire le plus bas et le salaire le plus haut dans une entreprise, instauration d’un droit à un vote de défiance à l'égard des dirigeants de l'entreprise ou des projets, établissement d’un maximum de 10% de contrats précaires dans les PME et 5% dans les grandes sociétés…

En plus d’une revalorisation du SMIC de 15% à 1.326 euros nets, Jean-Luc Mélenchon compte aussi déclarer le burn-out comme maladie professionnelle. Ainsi, l’entreprise devrait assumer la charge financière des soins du salarié. Toujours en faveur des travailleurs, le candidat de la "France Insoumise" veut instaurer une sixième semaine de congés payés. Trois mesures qui pèseraient dans les comptes des entreprises.

Benoît Hamon, l’ami des patrons responsables

Convaincu que le travail va se transformer et se raréfier dans les prochaines années, Benoît Hamon entretient un rapport singulier avec l’entreprise. Conscient que les recettes de l’État prélevées sur les revenus du travail vont diminuer, il veut compenser avec sa fameuse "taxe robot" afin de s’emparer de la richesse créée par les machines qui remplacent les hommes.

Aides sous conditions. Le candidat socialiste conçoit l’entreprise de demain comme un lieu d’épanouissement des salariés, géré par des patrons responsables. D’où sa volonté d’inciter les dirigeants à faire des efforts, "en modulant l’impôt sur les sociétés en fonction de la part des bénéfices réinvestis" et en conditionnant le CICE "à la réalisation d’objectifs de création de postes, de progrès écologiques, et d’une réduction du temps de travail".

Plus de poids pour les salariés. Benoît Hamon entend également modifier la composition des conseils d’administration et de surveillance : un tiers de représentants des actionnaires, un tiers de représentants des salariés et un tiers pour les représentants des "parties extérieures affectées" (clients, fournisseurs, collectivités, etc). Par ailleurs, dans les entreprises de plus de 2.000 salariés, les représentants du personnel auront un droit de veto sur "les grands projets stratégiques".

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Benoît Hamon a popularisé l'idée du revenu universel en France. © JEAN-FRANCOIS MONIER / AFP


Pas de cadeaux. S’il est élu, les dirigeants d’entreprise pourront aussi dire adieu aux " rémunérations dépourvues de lien avec l’amélioration des résultats au cours de leur mandat", aux stock options et aux retraites chapeaux "en cas de démission ou de perte de confiance du conseil d’administration".

Comme Jean-Luc Mélenchon, le prétendant socialiste à l’Élysée veut faire reconnaître le burn-out en tant que maladie professionnelle, afin d’obliger les entreprises à en assumer le coût ou à modifier leurs méthodes de management.

Marine Le Pen, candidate des petites entreprises tricolores

La priorité de Marine Le Pen est "d’instaurer un vrai patriotisme économique". Un leitmotiv que se traduit par des mesures visant à favoriser les entreprises françaises. La candidate du Front nationale entend aussi faire fi des contraintes européennes en "réservant la commande publique aux entreprises françaises si l’écart de prix est raisonnable", dont une partie pour les PME. En parallèle, elle souhaite lancer un plan de ré-industrialisation supporté par l’État.

Simplifier la vie des PME. Très concentrée sur les petites entreprises, Marine Le Pen veut libérer les TPE-PME de la "complexité administrative et fiscale" et abaisser leurs charges sociales. Cela passe, entre autres, par un remplacement du compte pénibilité actuel et une transformation du CICE en allègement de charges. Avec une contrepartie à chaque fois : majoration des annuités pour compenser la pénibilité et maintien de l’emploi pour l’allègement de charges.

Marine Le Pen, Front national

La présidente du Front national, Marine Le Pen, lors d'un déplacement au forum "Réinvestissons pour la France", le 23 février. © PATRICK KOVARIK / AFP


Baisse d’impôt. Enfin, la prétendante FN à l’Élysée compte "maintenir le dispositif à taux réduit à 15% de l’impôt sur les sociétés pour les TPE-PME et créer un taux intermédiaire à 24% pour les PME". Marine Le Pen veut également faciliter la transmission des sociétés en exonérant les plus-values de cession des actions.