Qwant propose de rémunérer la presse française à hauteur de 5% de ses revenus

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Éric Léandri, le patron de Qwant, veut proposer un nouveau modèle de rémunération de la presse sur le web.
Éric Léandri, le patron de Qwant, veut proposer un nouveau modèle de rémunération de la presse sur le web. © ERIC PIERMONT / AFP
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Qwant pourrait verser environ un million d'euros aux éditeurs de presse en 2019, au titre de la consultation de leurs articles sur le moteur de recherche français.

Le moteur de recherche indépendant français Qwant, "attend les RIB des éditeurs de presse" pour les rémunérer, assure son patron Éric Léandri, qui propose aussi de créer un système décentralisé pour vérifier facilement à qui appartiennent les photos publiées en ligne. Dans un entretien à l'AFP, le cofondateur et président de Qwant prend ainsi position sur la meilleure façon selon lui d'appliquer la réforme européenne sur le droit d'auteur, adoptée fin mars par les eurodéputés.

Un million d'euros pour la presse en 2019

Cette directive, que les États membres devront transposer dans leur droit national dans les deux années après la publication au journal officiel de l'UE, prévoit la création d'un "droit voisin" du droit d'auteur pour la presse, afin que les plateformes (Google News, Facebook) rémunèrent mieux les médias pour les articles qu'ils utilisent. "Nous avions commencé à mettre en oeuvre le paiement de la presse avant le vote", précise Éric Léandri, pour qui l'actualité "rend le moteur de recherche vivant". "Sans les news, nos résultats web sont beaucoup moins pertinents", remarque-t-il.

Qwant compte appliquer le même accord que celui passé avec VG Media, l'association des éditeurs de presse en Allemagne : 5% des revenus "web et news" sont reversés aux médias concernés. En France, il espère que la presse va s'organiser de la même façon, mais en attendant, "on va envoyer des 'chèques' à ceux qui nous envoient leur RIB", à commencer par le magazine Le Point, qui s'est déjà exécuté. Qwant pourrait ainsi verser environ un million d'euros aux éditeurs de presse en 2019, si ses résultats se révèlent à la hauteur de ses prévisions.

"Si Google applique la même chose, il devra 150 à 200 millions par an à la presse française", affirme Éric Léandri. Depuis 2015, dans le cadre de sa "Digital News initiative" (DNI ou Initiative pour le journalisme numérique), Google attribue des fonds à des titres de presse sélectionnés lors d'appels à projets annuels, notamment sur "la diversification des sources de revenus". En mars, son fonds pour les médias a ainsi redistribué un total de 25,6 millions d'euros en Europe, dont près de 6,6 millions d'euros en France.

Un "panier" pour authentifier les contenus 

Éric Léandri entend aussi profiter de la réforme européenne pour proposer une solution qui réponde aux enjeux actuels de rémunération de la propriété intellectuelle. Qwant a créé un "panier" numérique et décentralisé, qui a vocation à être utilisé par les propriétaires de contenus (photos, textes, vidéos, musique…), pour les "déposer", et par les sites qui publient des contenus, pour les authentifier au moment de la publication. "Ni les géants du web ni personne ne pourra dire : On n'a pas pu vérifier à qui telle photo appartenait'", assure le patron du moteur de recherche.

Cette solution, qu'il compte mettre à disposition des acteurs concernés prochainement, vient s'opposer aux technologies de filtres, comme "Content ID" de Google, utilisé sur sa filiale YouTube pour reconnaître les vidéos et repérer les infractions au droit d'auteur. Les partisans de la liberté sur Internet associent ces filtres à une certaine forme de censure. "Nous voulons inverser le problème : au lieu de mettre des filtres sur les sites, on donne un endroit où on peut vérifier que ça n'appartient à personne d'autre", argumente Éric Léandri, qui dit vouloir éviter "un contrôle total du web par les grandes plateformes".