Accident mortel d'un Uber autonome : cauchemar des constructeurs et interrogations en série

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Un véhicule autonome Uber a tué une piétonne qui traversait la route hors du passage piéton en Arizona lundi. Il s'agit du premier accident mortel impliquant une voiture autonome.

C'était le cauchemar de tous les constructeurs de voitures autonomes... Dimanche soir, un véhicule autonome d'Uber a été impliqué dans un accident ayant causé la mort d'une piétonne dans l'Arizona aux Etats-Unis. Il s'agit du premier accident mortel impliquant une voiture autonome depuis le début des tests sur route. Et même si les circonstances exactes de l'accident restent à établir, cet accident est un coup dur pour tous les constructeurs qui travaillent au développement de tels véhicules. Il pourrait freiner leur mise sur les routes.

Un (énorme) travail de communication

Depuis quelques mois, alors que les technologies sont de plus en plus avancées et permettent désormais de faire rouler des véhicules autonomes sur routes avec des passagers, tous les constructeurs se sont lancés dans des opérations de communication. L'objectif ? Rassurer. Non, les voitures autonomes ne sont pas dangereuses. Au contraire, elles permettront de réduire le nombre d'accident. Pas plus tard que mi-mars, Waymo - la filiale de Google qui développe une voiture autonome - publiait une vidéo mettant en scène les passagers d'une voiture sans conducteur. Les passagers rigolaient. "C'est le futur", lançait l'un d'eux. D'autres profitaient de leur trajet pour jouer sur leur téléphone, discuter ou même dormir. Au Consumer Electronic Show (CES) de Las Vegas, en janvier dernier, Lyft - le concurrent américain d'Uber - proposait également des courses en voiture autonome pour montrer la fiabilité de sa flotte dans une ville aussi embouteillée que la capitale du Nevada.

Avec cet accident, tous ces efforts pourraient être remis en cause. D'après les premiers éléments communiqués par la police locale, la voiture autonome roulait à 40 mp/h (65 km/h) et n'a pas freiné avant de percuter la piétonne de 49 ans, qui traversait en dehors du passage piéton. Pour rassurer, et comme l'oblige la loi américaine, un opérateur était également présent dans le véhicule et pouvait reprendre la main sur la conduite. Uber comme les autorités, ont confirmé que la voiture étant en mode "conduite autonome" lors de l'accident. La question de la responsabilité de ce conducteur de secours sera donc posée dans les jours à venir. Les conducteurs sont en effet censés garder le contrôle de leur véhicule en permanence. 

Des enjeux économiques colossaux

Avec le perfectionnement des technologies, les constructeurs de véhicules autonomes ont multiplié les tests dans des environnements de plus en plus complexes. De circuits fermés, les voitures autonomes sont arrivées sur routes "réelles" et ouvertes à la circulation des autres véhicules. Pour y arriver, Uber, Waymo (Google), mais aussi Tesla et tous les constructeurs automobiles ont investi et continuent d'investir plusieurs milliards de dollars. Lors du dernier Consumer Electronic Show, le grand salon annuel des technologies, les voitures autonomes étaient omniprésentes. La plupart des constructeurs "traditionnels" ont d'ores et déjà annoncé leur intention de commercialiser leurs véhicules en 2020 ou 2021. Certains comme General Motors sont même plus ambitieux et visent 2019. Pourtant, ils ne sont pas les seuls concernés. D'autres sociétés, comme Intel ou NVIDIA, travaillent dans l'ombre pour fournir aux constructeurs les capteurs, les logiciels et les technologies (5G...) nécessaires à la mise sur les routes des voitures autonomes. Ce sont donc aussi bien les industries de la technologie et de l'automobile qui sont impliquées dans ce chantier pharaonique.

Une voiture autonome conçue par Waymo, une filiale de Google

© BILL PUGLIANO / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Même s'il est impossible de dire quelles seront les conséquences exactes de cet accident et s'il obligera d'autres entreprises à modifier leur feuille de route, Uber, lui, a annoncé lundi soir la suspension de tous ses tests de voitures autonomes à San Francisco, Phoenix, et Pittsburgh aux Etats-Unis, ainsi qu'à Toronto au Canada. Les conclusions de l'enquête en cours devraient être au centre des attentions et pourraient cependant changer beaucoup de choses. Le NTSB, le gendarme américain des transports, a d'ores et déjà envoyé une équipe sur place. Mais les autorités assurent que l'enquête serait menée comme si un véhicule normal était en cause. En mai 2016, lorsqu'un véhicule Tesla Model S en mode "autopilot" (un système d'assistance à la conduite, et non un mode complètement autonome) avait percuté un camion et provoqué la mort du conducteur, le NTSB avait conclu que le système n'était pas défectueux et qu'il n'aurait pas dû être activé par le conducteur dans ces conditions. 

La "conscience" de la voiture

Pour les constructeurs, tout l'enjeu sera d'éviter un durcissement trop fort de la loi et un retour en arrière des autorités de certains Etats, dont la Californie, qui depuis quelques semaines, forts des résultats des premiers tests, se montraient plus ouverts aux tests de véhicules autonomes. "Cet incident tragique montre clairement que les voitures autonomes ont encore beaucoup de chemin à parcourir avant qu'elles soient totalement sûres pour les passagers, les piétons et les conducteurs qui partagent les routes américaines", a d'ores et déjà réagi le sénateur démocrate du Connecticut, Richard Blumenthal, auprès du New York Times.

A plus long terme et avant l'arrivée des voitures totalement autonomes - et sans opérateur - sur les routes plusieurs questions devront être tranchées. Celle de la "conscience" des voitures autonomes reste par exemple en suspens. Les véhicules pourraient en effet être amenés à devoir prendre des décisions critiques. Si un accident est inévitable, est-il plus important de protéger la personne présente dans la voiture, celle présente dans un autre véhicule ou celle qui marche dans la rue ? La question est pour l'heure sans réponse.