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JO Alpes 2030 : démissions en cascade, désaccords... Au Comité d'organisation, la crise est totale

Les JO d'hiver 2030 doivent se tenir dans les Alpes françaises. [Alex MARTIN / AFP]

Alors que les Jeux olympiques de Milan-Cortina s'apprêtent à démarrer vendredi, le Comité d'organisation français (Cojop) de l'édition 2030, qui se tiendra dans les Alpes, est secoué par une importante crise. Trois de ses cadres ont démissionné en l'espace de seulement deux mois, et des critiques fusent à l'encontre de l'organisation et de sa présidence.

Deux ans après les JO de Paris, la flamme olympique va de nouveau s’allumer ce vendredi soir avec un passage de témoin à l’Italie pour les jeux d’hiver. La cérémonie d’ouverture débutera à 20H et se déroulera dans plusieurs sites, dans le stade de San Siro à Milan et à Cortina d’Ampezzo.
Une flamme qui reviendra dans l'Hexagone, en 2030, mais à quatre ans de l'évènement, l'ambiance n'est pas au beau fixe. 

Le Comité d'organisation (Cojop) des JO d'hiver 2030 dans les Alpes françaises traverse une crise majeure. Démissions en cascade, avalanche de critiques... L'instance vacille et les raisons sont multiples.

Des problèmes dès l'officialisation de l'organisation des JO 2030

Pour comprendre la situation, il faut revenir au point de départ. L'organisation des JO d'hiver 2030 dans les Alpes françaises a été officialisée en juillet 2024, en parallèle du début des Jeux de Paris. Depuis, plusieurs épines sont venues se glisser dans les chaussures des organisateurs. Dès leur officialisation, de nombreuses associations environnementales avaient partagé leurs craintes quant à de lourdes conséquences sur un écosystème montagneux déjà fragilisé.

La nomination du président du Cojop avait aussi été un casse-tête. L'ancien biathlète Martin Fourcade, six fois champion olympique et pressenti pour le poste, avait préféré renoncer en février 2025 pour ne pas "sacrifier ses convictions", parlant, déjà, de désaccords sur "la gouvernance, la vision, l'ancrage territorial". Deux semaines plus tard, le champion olympique de ski de bosses Edgar Grospiron était désigné, ouvrant enfin la voie au lancement officiel du Cojop.

La "carte des sites", principal sujet de crispations

Parmi les sujets de crispation, figure "la carte des sites" où se dérouleront les épreuves. Ces JO d'hiver 2030 doivent se tenir dans quatre grands pôles distincts : la Haute-Savoie, la Savoie, Briançon et Nice.

Néanmoins, des critiques sont apparues. Début décembre 2025, le conseil départemental de Savoie a annoncé "suspendre jusqu'à nouvel ordre sa participation" aux réunions de préparation des JO 2030, refusant notamment d'être "une variable d'ajustement budgétaire". Son président Hervé Gaymard a également déploré que la Savoie n'ait "pas été consultée [...] sur la carte des sites, dont la première mouture officielle n'est pas satisfaisante".

Une semaine plus tard, le 9 décembre, la directrice des opérations du Cojop, Anne Murac, a démissionné de ses fonctions, seulement cinq mois après son arrivée. Cette dernière supervisait notamment cette carte des sites. Si les raisons de son départ n'ont pas été communiquées, Le Parisien a évoqué "de graves désaccords au sein de de la gouvernance". Il reste en effet des sujets à régler au niveau de la répartition des disciplines, alors que la carte des sites doit être validée en juin prochain.

Des tensions "en interne" et "aussi en externe"

Le 23 janvier, le Cojop a fait face à une deuxième démission parmi ses directeurs, celle d'Arthur Richer, directeur de la communication. Une source proche du comité avait indiqué à l'AFP que "constatant un désaccord sur la stratégie à mettre en place", il a "proposé au leadership du Cojop de mettre fin à leur collaboration, ce qui a été accepté".

La ministre des Sports, Marina Ferrari, a alors demandé une "clarification rapide et complète sur la gouvernance et la stabilité" du Cojop. Des gages ont été donnés par le Comité d'organisation, mais cela n'a pas éteint les difficultés.

Une source proche du dossier a fait état fin janvier de "tensions en interne", mais "aussi en externe" avec les institutions du monde sportif. Ces tensions reposent sur les "choix politiques", "stratégiques" ou "managériaux" déjà pris ou à prendre, dans un contexte de divergences entre certains responsables parisiens et des acteurs régionaux.

Une "dérive importante" de la gouvernance du Cojop

Quelques jours après, le 2 février, un troisième cadre du Cojop a lui aussi posé sa démission. Il s'agit de Bertrand Méheut, qui dirigeait le Comité des rémunérations. Celui-ci donne son avis sur les rémunérations et avantages en nature des salariés des Alpes 2030, et notamment des cadres dirigeants. Avec lui, deux autres membres de ce comité ont également quitté leur poste, sans que leurs identités ne soient rendues publiques.

Dans un mail que s’est procuré le journal Le Parisien, Bertrand Méheut estime que la gouvernance d’Alpes 2030 n’est plus correctement contrôlé. Plusieurs journaux évoquent également une dérive dans la gestion des salaires, des notes de frais importantes et usage surprenant des cartes bancaires. Mais le comité d’organisation dément ces accusation.

Le Cojop tente de rassurer

Face à tous ces rebondissements, le Comité d'organisation des JO 2030 dans les Alpes françaises a tenu à rassurer mercredi 4 février sur ses objectifs. Dans un communiqué, le comité dit vouloir "s'exprimer pour clarifier le cadre de son action et réaffirmer sa priorité : la préparation et la réussite des Jeux".

"Conscients des difficultés rencontrées, le président Edgar Grospiron et son directeur général Cyril Linette échangent de façon responsable et ce dans l'intérêt du projet. Ces échanges n'ont pas vocation à être partagés en dehors de l'organisation. (...) L'ensemble des équipes du Cojop Alpes Françaises 2030 est pleinement mobilisé et concentré sur sa mission, ainsi que sur la séquence des Jeux de Milan-Cortina 2026, qui constitue une étape structurante dans la trajectoire du projet Alpes Françaises 2030", ajoute le comité.

Avant de souligner qu'il n'avait "pas vocation à commenter les articles de presse, mais à avancer de manière déterminée sur l'ensemble de ses chantiers prioritaires. Une mission relative à l'organisation et au fonctionnement du Cojop a été lancée". Il appelle également "les parties concernées à garantir le bon déroulement de la mission, dans un esprit de responsabilité collective". À quatre ans de l'événement, le Cojop tente d'éviter la chute sur une organisation qui a tout d'une piste noire.