EDITO - Jean-Michel Aphatie : "Le football féminin, ça n'existe pas !"

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- Alors que s'ouvre la Coupe du monde féminine de football, Jean-Michel Aphatie appelle à traquer la misogynie jusque dans le vocabulaire employé pour parler de la compétition. 
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La Coupe du monde, ça commence aujourd'hui ! Alors que les Bleues espèrent imiter leurs homologues masculins en ramenant "la Coupe à la maison", début juillet, la compétition suscite un engouement particulier en France... Sans que l'égalité des sexes ne soit encore parfaitement assurée, selon notre éditorialiste Jean-Michel Aphatie, qui a choisi de faire une mise au point, vendredi matin sur Europe 1. 

Elles sont joueuses, arbitres, coachs, agents, supportrices : découvrez "Les Attaquantes", le podcast qui raconte les femmes dans le foot, une série originale en 7 épisodes sur Apple PodcastsGoogle PodcastsSoundCloudDailymotionYouTube, et toutes vos plateformes habituelles d’écoute. Et si vous appréciez, abonnez-vous, commentez et ajoutez des étoiles !

On sent un courant de sympathie, d’abord parce que la compétition se déroule en France, que les Bleues seront sur le terrain, et pourquoi pas gagnantes. Mais au–delà de ça, on découvre un peu le football joué par des femmes. Est-ce que vous savez quand a eu lieu le premier match de foot joué par des femmes ? Non, moi non plus. C'était en 1963, dans le pays de toutes les transgressions qui est l’Angleterre, bien évidemment. Les Anglais, quand ils peuvent, ils cassent tous les codes !

En France, le premier match de foot joué par des femmes date de 1890. Je vous renvoie au livre de Laurence Prudhomme-Poncet qui a écrit Histoire du football féminin au XXe siècle, chez les éditions L'Harmattan. On y apprend plein de choses, par exemple que le régime de Vichy a interdit aux femmes de jouer au football en 1941 car ce n’était pas bon pour la santé... Quand on parle de football et de femmes, la misogynie s’introduit. La Fédération Française de Football a longtemps refusé de donner des licences et elle n’a cédé, à ce principe viril et macho, qu’en mars 1970. Vous voyez, mai 68 est passé par là, il a eu des effets un peu inattendus.

On se dit maintenant que la misogynie et le football appartiennent au passé. Mais il fallait écouter, mercredi soir sur CNews, face à Sonia Mabrouk, le philosophe, intelligent, cultivé, Alain Finkielkraut : 

"- Allez-vous regarder les matchs de l’Equipe de France féminine de football ?

- Ce n’est pas comme ça que j’ai envie de voir les femmes."

Monsieur Finkielkraut, prenez des vacances, ça vous fera du bien. La misogynie peut être inattendue, invisible : il ne faut pas dire "Coupe du monde de football féminin". Le football féminin, ça n’existe pas ! Les règles du football sont les mêmes pour les hommes et les femmes. Il faut dire : "Coupe du monde féminine de football", ou juste "Coupe du monde de football" car on ne parle pas de la "Coupe du monde masculine de football". Avec tout ça, on est paré pour regarder la compétition et la France va gagner ! Enfin, on l’espère.

 

Europe 1
Par Jean-Michel Aphatie