François Gabart, le prodige de la mer à qui tout réussit

, modifié à
  • A
  • A
François Gabart a déjà gagné le Vendée Globe, la Route du Rhum et la Transat Jacques-Vabre. A seulement 34 ans.
François Gabart a déjà gagné le Vendée Globe, la Route du Rhum et la Transat Jacques-Vabre. A seulement 34 ans. © DON EMMERT / AFP
Partagez sur :
Le navigateur français a pulvérisé le record du tour du monde à la voile en solitaire dimanche avec six jours d’avance sur le temps de Thomas Coville.

Toujours modeste, François Gabart restait extrêmement prudent au moment du départ. "Vu le chrono [de Coville], il est peu probable que je le batte, mais il y a un espoir et je m'accroche à ça. Je vais tout faire pour", expliquait le skipper Macif. Dimanche matin, après 43 jours passés en mer à 35 nœuds de moyenne (65 km/h), le navigateur de 34 ans a pu lever les bras en coupant la ligne d’arrivée virtuelle au large d'Ouessant. Depuis ses débuts, il réussit à peu près tout ce qu’il entreprend. Portrait d’un prodige de la mer.

François Gabart transforme presque toujours ses premières fois en succès. Lors de sa première participation à la course légendaire autour du monde en monocoque, le Vendée Globe, en 2012-2013, il a tout simplement gagné. Idem pour la Route du Rhum en 2014. Seule la Transat Jacques-Vabre, qui elle n'est pas en solitaire mais en double, lui a quelque peu résisté : il ne l'a remportée qu'au bout de sa 3e participation (2015).

"Le bateau est un prolongement de sa main"

L’immense skipper Michel Desjoyeaux (double vainqueur du Vendée Globe entre autres) connaît très bien François Gabart pour l’avoir vu évoluer dès 2008 au pôle Finistère course au large, à Port-la-Forêt. Pour le "professeur", la clé de la réussite du skipper Macif réside dans sa bonne "entente" avec son bateau. "Il est très à l’aise sur un multicoque, ce qui n’est pas le cas de tous les skippers", assure-t-il. "Ce bateau est un prolongement de sa main. La course en solitaire n’étant pas non plus un problème, le cocktail était réuni pour qu’il batte le record de Thomas Coville".

Dans ce monde où la technologie évolue plus vite que les changements de direction du vent, le bateau peut faire une belle différence. "Certes, le bateau Macif est plus évolué que celui de Thomas Coville avec lequel il a battu le record il y a même pas un an", concède Michel Desjoyeaux. "On est dans un sport mécanique et le bateau a une grosse importance dans le résultat. N’empêche que le bonhomme, dès sa première tentative, est capable de boucler ce tour du monde avec six jours d’avance, ça montre un peu de chance mais surtout beaucoup d’énergie et beaucoup d’enchaînement."

"Un travailleur acharné"

"Une équipe de 17 personnes dont 10 ingénieurs travaille depuis de longs mois pour améliorer ce bateau", poursuit Christian le Pape, en charge du pôle Finistère course au large à Port-la-Forêt. "On ne peut dissocier François de son bateau", abonde Roland Jourdain, double vainqueur de la Route du Rhum. "Car son bateau, c’est son équipe. Et une des très grandes forces de François, c’est de savoir bien s’entourer".

Macif

Un bateau ultra-rapide, une équipe hors pair et une grosse capacité de travail, voici les trois moteurs de la réussite de François Gabart. "C’est un travailleur acharné, quelqu’un d’intelligent et de construit", confie Michel Desjoyeaux. "Sa force supplémentaire, c’est sa ténacité. Il ne lâche jamais rien. Avec le temps, ça donne forcément de très belles choses".

Une réussite qui en est presque "agaçante"

Autre grande qualité de François Gabart, la lucidité. Imaginez un bateau qui file à plus de 35 nœuds (65 km/h) de moyenne et qui a même connu une pointe de folie à 48 nœuds (89 km/h) dans les mers du Sud. L’envie de continuer à foncer est grande. Et pourtant, sur une course en solitaire, il passe forcément par des périodes d’extrême fatigue. "François a des capacités exceptionnelles, notamment pour garder cette lucidité, cette vigilance même quand il est complètement dans le rouge", analyse Christian le Pape.

Si vous ajoutez une bonne dose de réussite à tous les ingrédients précédents, vous comprenez aisément la réussite du skipper Macif. Il a traversé le Pot au noir – zone très connue pour ne pas être traversée par beaucoup de vents – sans freiner quasiment. "On a vraiment l’impression que les océans s’ouvrent devant lui pour qu’il déroule cette course", explique Michel Desjoyeaux. "C’en est presque agaçant et, en même temps, c’est très beau à regarder". Et Roland Jourdain de conclure : "C’est une étoile dans le monde de la voile. Il y a des gens qui réunissent le talent, les compétences et aussi un alignement de planètes. François Gabart, il a tout ça".