Apparu sur les écrans géants durant la demi-finale de Coupe du monde entre la France et l'Espagne, le président de la Fifa, Gianni Infantino, a été largement hué par les spectateurs du stade d'Arlington, près de Dallas. Entre les polémiques à foison sur la compétition et sa proximité affichée avec Donald Trump, le dirigeant du football mondial est très loin de faire l'unanimité auprès des fans de la discipline.
Il n'a pas fallu longtemps, lorsque le visage de Gianni Infantino est apparu sur l'écran géant du stade d'Arlington, près de Dallas, pour entendre la bronca générale des 70.000 spectateurs. Pendant la demi-finale de la Coupe du monde 2026 entre la France et l'Espagne, le réalisateur de la rencontre a montré le dirigeant de la Fifa, entouré d'autres figures du foot mondial, tout sourire en tribunes malgré les huées descendues des gradins.
Une nomination controversée à la tête de la Fifa
Le patron du football mondial est effectivement loin de faire l'unanimité auprès des fans du ballon rond. Sa nomination à la tête de l'institution mondiale en 2016 avait déjà fait couler beaucoup d'encre, notamment en France, rappelle Arnaud Hermant, grand reporter à L'Équipe.
"Michel Platini, qui se lançait dans la campagne pour succéder à Sepp Blatter, s'est retrouvé avec l'affaire des 2 millions de francs suisses (la polémique du Fifagate, ndlr). Il a toujours laissé entendre qu'il s'agissait d'un coup monté d'Infantino, même si ce dernier s'est toujours défendu", souligne-t-il.
Au-delà de l'Hexagone, Gianni Infantino paye également les soupçons de corruption qui entouraient déjà la Fifa avant son arrivée à sa tête. L'attribution polémique de certaines Coupes du monde, comme la Russie en 2018 et le Qatar en 2022, est en premier lieu pointée du doigt. Sous sa présidence, l'édition 2026 a été décernée à un trio de pays hôtes en 2018, avec une part du lion réservée aux États-Unis (la plupart des matches étant organisés sur le territoire américain, dont la finale).
Le républicain Donald Trump était alors le locataire de la Maison Blanche, et beaucoup reprochent au patron de la Fifa d'entretenir depuis, avec le milliardaire, des relations plus qu'amicales. "Lors de la Coupe du monde des clubs en 2025, Gianni Infantino avait installé les bureaux de la Fifa dans la Trump Tower. Il a également été reçu à la Maison Blanche", note l'ancien chroniqueur sportif d'Europe 1, rappelant qu'il avait également décerné un prix de la paix inédit à Donald Trump.
De multiples polémiques lors du Mondial 2026
Le patron du football mondial "ne s'est jamais caché d'être proche des dirigeants, et c'est ça qui lui est reproché. C'est d'autant plus paradoxal que la Fifa est très vigilante à ce que les pouvoirs politiques locaux ne s'immiscent pas dans les affaires du football", convient le journaliste, pour qui Gianni Infantino "symbolise le fait qu'il n'y ait plus de frontière entre la politique et le sport".
Un sentiment renforcé par le Mondial 2026, marqué par plusieurs polémiques. Parmi elles, le refoulement de l'arbitre somalien réputé Omar Artan, contre lequel la Fifa n'a que très peu agi, les problèmes d'arbitrage soulevés durant la compétition, et surtout l'affaire Balogun qui pose question sur l'influence des autorités américaines sur le tournoi.
Ajoutez à cela l'impression de la quête d'un profit financier toujours plus important, avec l'extension du tournoi à 48 équipes et l'instauration de pauses fraîcheur pas forcément nécessaires qui ouvrent de nouveaux créneaux de publicité. Tous ces éléments "ont terni son image auprès du grand public", constate Arnaud Hermant.
Un rejet qui n'est pas partagé sur toute la planète
Ce "prisme occidental" s'est donc manifesté mardi soir lors du match France-Espagne. Pour autant, le dirigeant de la Fifa peut capitaliser sur une popularité plus élevée dans d'autres pays du monde, où la fédération internationale œuvre au développement du football, notamment en Afrique.
"En donnant des subventions, en apportant de l'argent à des fédérations qui ne sont pas très riches, en permettant la construction de terrains, les gens vont juger Infantino sur ce qu'il a pu faire chez eux", observe le grand reporter, soulignant que ce fonctionnement avait toujours existé. En poursuivant cette politique, voire en la "poussant à l'extrême", Gianni Infantino s'assure le soutien de nombreux présidents de fédérations, qui élisent le président de la Fifa tous les quatre ans.
D'autres de ses actions ont également pu rencontrer un succès au niveau mondial, à l'instar de la première Coupe du monde des clubs organisée en 2025. Jusqu'à présent, la Coupe du monde 2026 n'a pas souffert de problème d'organisation, et le passage de 32 à 48 équipes a satisfait les plus petites nations qui n'avaient pas les armes pour se qualifier pour le grand raout du football mondial.
Un dernier point toutefois loin de faire l'unanimité auprès des amateurs du ballon rond, avec une première partie de compétition peu intéressante sportivement, les trois-quarts des équipes engagées étant qualifiées pour la phase à élimination directe. Ce paramètre pourrait avoir raison de l'envie de Gianni Infantino d'étendre une nouvelle fois la plus prestigieuse des compétitions de football à 64 équipes. Politiquement, "il serait pourtant gagnant à le faire", souligne Arnaud Hermant.