"Vous n'êtes pas en sécurité sur Twitter !" : l'appel de Nicolas Hénin, victime de cyberharcèlement

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Trois Français, victimes du terrorisme et cibles de cyberharcèlement, assignent Twitter en justice. 1:26
Trois Français, victimes du terrorisme et cibles de cyberharcèlement, assignent Twitter en justice. © AFP
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Trois Français victimes de cyberharcèlement attaquent Twitter en justice. Une procédure inédite en France, portée notamment par l'ancien journaliste et otage de l'État islamique Nicolas Hénin. Le réseau social n'a jamais fourni aux enquêteurs les éléments nécessaires à l'identification de ses harceleurs. Un silence qui le pousse à contre-attaquer.
INTERVIEW

C’est une procédure judiciaire inédite en France. Trois Français, victimes du terrorisme et cibles de harcèlement en ligne, attaquent Twitter en justice. Aurelia Gilbert, rescapée du Bataclan, Georges Salines, père d'une victime de l'attentat, et Nicolas Hénin, ancien journaliste et otage en 2013 du groupe État islamique, ont connu le même problème avec le réseau social : victimes de cyberharcèlement, leurs plaintes ont été classées sans suite, Twitter n’ayant jamais répondu aux requêtes judiciaires visant à identifier les harceleurs. Ensemble, ils ont donc décidé d’assigner le réseau social en justice.

"Si vous êtes harcelé, Twitter ne fera rien pour vous protéger"

À l’été 2019, Nicolas Hénin prend position sur Twitter en faveur du rapatriement des enfants de djihadistes français retenus en Syrie. Ses propos lui valent une vague d’insultes et de menaces de mort. Certaines internautes vont même jusqu'à contester son passé d'otage. L'ancien journaliste, détenu en Syrie pendant 10 mois, porte plainte mais quand la justice demande des informations à Twitter, le réseau social ignore la requête. "Cette négligence, je la vis personnellement comme une violence", affirme Nicolas Hénin à Europe 1. 

"Le message que je tiens à faire passer c'est que vous n'êtes pas en sécurité sur Twitter. Si jamais, demain, vous êtes menacé ou harcelé, non seulement Twitter ne fera rien pour vous protéger, en termes de modération, mais si en plus cette affaire va en justice, Twitter fera entrave à l'enquête", dénonce-t-il. Le silence du réseau social lui est tout simplement insupportable. "Grâce à des amis qui travaillent dans la sécurité, j'avais pu rassembler l'ensemble des tweets qui me visaient et relevaient du cyberharcèlement. Il y en avait plus de 20.000. On a tout mis sur un CD que l'on a transmis à la justice, toutes les preuves étaient là. Et malgré tout ces efforts, il n'y a pas eu de réaction."

Trois victimes face à un déferlement de violence

Ce déferlement de violences, Aurélia Gilbert et Georges Salines l'ont, eux, connu à l'été 2020. "Je pense qu'il faut passer tous les abrutis de collabos par les armes", avait répondu un compte sous pseudonyme à Georges Salines. Le compte d'Aurélia Gilbert avait même été piraté après une première série de tweets insultants ("Dommage qu'ils l'aient loupée"). Le pirate publiait en son nom des messages tels que : "Mon numéro est le 06.XX.XX.XX.XX et je suis un traître à mon peuple". La plupart des messages signalés ont été rapidement supprimés par le réseau social. 

Mais faute de réponse de Twitter à ses requêtes, le parquet de Paris a successivement classé les trois plaintes au cours de l'année 2020, pour cause d'"auteurs inconnus". "Ces trois victimes ont déposé plainte, des enquêtes ont été diligentées, elles ont été entendues par des services spécialisés qui ont ensuite adressé des réquisition judiciaires à Twitter pour obtenir des informations sur les comptes qui avaient proféré des menaces. À chaque fois, Twitter a refusé de répondre ou a fait mine de répondre en posant d'autres questions", explique Me Éric Morain, avocat des trois plaignants. Or, selon l'avocat, "refuser de répondre à une réquisition judiciaire en France est une infraction." 

 

Dénoncer le "double langage" de Twitter

Choqués par l'impassibilité de Twitter, ils ont donc décidé de monter au créneau en assignant le réseau social pour "refus de déférer à une demande d'une autorité judiciaire" et "complicité des délits d'injure publique". "On espère une jurisprudence mais aussi que Twitter donne enfin des explications sur cette modération qu'il ne fait pas et cette collaboration qu'il refuse. S'il veut être hors de toute loi, qu'il le dise clairement et, à ce moment-là, les utilisateurs sauront qu'ils sont en danger", attaque Me Éric Morain. "C'est une manière de dénoncer le double langage de Twitter qui clame haut et fort qu'il répond à la justice quand elle le sollicite." 

"C'est une procédure que j'espère pédagogique. Je veux qu'elle permette au public de se rendre compte à quel point les plateformes numériques peuvent être dangereuses", complète Nicolas Hénin. "Je veux aussi secouer Twitter et les réseaux sociaux, leur montrer que leur négligence est visible et qu'on ne peut pas s'en satisfaire. Il faut qu'il y ait du changement. Je pense aux milliers de personne qui ont subi ou subissent des menaces sur les réseaux sociaux et n'ont pas la possibilité de lancer de procédure."