Handicap à l'école : "Fatiha, c'est une camarade comme une autre"

  • A
  • A
Image d'illustration 2:29
Image d'illustration © BERTRAND LANGLOIS / AFP
Partagez sur :
Ernestine, Ninon et Pauline sont scolarisées depuis le CP avec une petite fille handicapée par un trouble de déficit de l'attention. Au fil des années, Fatiha (un pseudonyme) s'est de mieux en mieux intégrée, jusqu'à devenir "une camarade une autre", et même mieux, leur amie. Alors que se tient mardi la Conférence nationale du handicap, elles témoignent au micro d'Europe 1.
TÉMOIGNAGE

Alors que se tient mardi la Conférence nationale du handicap à l'Elysée, Emmanuel Macron devrait annoncer dans la matinée de nouvelles mesures gouvernementale pour renforcer l'inclusion des enfants handicapés, notamment à l'école. Le nombre d'élèves en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire est passé d'environ 100 000 en 2006 à 340.000 en 2018, environ 3% des élèves du premier degré et du collège. 

Ernestine, Ninon et Pauline connaissent bien le sujet. Élèves de 6eme, elles côtoient chaque jour depuis le CP une petite fille handicapée qui souffre d'un Trouble de déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Nous l’appellerons Fatiha. Une camarade aujourd’hui "comme une autre", qui est devenue leur amie. Elles témoignent au micro d'Europe 1.

"Quand elle était petite, elle faisait des crises. Elle s’énervait par exemple si elle n’avait pas son stylo. Elle criait, elle tapait sur la table, c’était très fort. Je me suis demandée si elle allait faire des crises toute l’année. En CE1 déjà, ses crises étaient moins fortes qu’en CP. On l’aidait, on essayait d'être très gentils avec elle. Il fallait lui parler, mais surtout l'aider, à trouver son stylo par exemple. Ou lui en donner un en faisant comme si c’était le sien.

"Elle s'amusait avec nous, elle a commencé à se détendre"

Au fur et a mesure, on faisait de plus en plus d'activités, et elle réagissait mieux. Elle s’amusait avec nous, elle a commencé à se détendre, à moins crier, moins s’énerver. Je pense que c’est aussi ça qui l’a aidée à estomper ses crises. Et au fur et à mesure à ne presque plus en faire. [L’école] je pense que ça l’a beaucoup aidée. Si elle était restée toute seule, ou avec uniquement des enfants handicapés comme elle, ça aurait été beaucoup plus dur qu’elle s’intègre. Alors que là, on n’était pas comme elle, mais on était tous comme elle, en quelque sorte. Ça l’a aidée.

Il y avait aussi son AVS [Auxiliaire à la vie scolaire, nldr] qu’elle adorait, et qui l’aidait beaucoup. Les professeurs aussi, ils disaient souvent 'C’est  bien Fatiha, tu t’es améliorée', ou des choses comme ça. Son AVS n’est plus là à temps entier, il vient à temps partiel.

"Elle a même dansé à mon anniversaire"

Au collège, je trouve que c'est une camarade comme une autre. Quand j’ai voulu l’inviter à mon anniversaire, mes parents étaient un peu sceptiques parce qu’ils savaient qu’elle faisait des crises. Ils ne savaient pas comment gérer ça. Finalement Fatiha n'a fait aucune crise. Elle a même dansé, et mes parents trouvaient qu’elle dansait super bien ! J’en garde un très bon souvenir.

Avec Fatiha, j’ai compris que tout le monde n’était pas pareil. Qu’il pouvait y avoir des gens comme ça, et que ça ne changeait pas grand-chose. Qu’ils étaient comme nous. Qu'elle soit la, ça voulait dire que c’était une élève comme les autres. Elle est normale, quoi."

Europe 1
Par Théo Maneval, édité par Laetitia Drevet