«Tous les abus sont permis» : les centres de santé dans le collimateur de la justice pour des soupçons de fraude

À Trappes et au Blanc-Mesnil, deux centres de santés ferment leurs portes temporairement suite à une à une double enquête administrative et judiciaire pour soupçons de fraude. 1:27
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Guillaume Dominguez et Dimitri Pavlenko
Double facturation, examens superflus... Les centres de santé sont dans le collimateur de la justice pour des soupçons de fraude. Deux d'entre eux viennent de fermer temporairement leurs portes en région parisienne à Trappes et au Blanc-Mesnil à la suite d'une double enquête administrative et judiciaire.

Ils pullulent dans les grandes villes et leurs banlieues. Les centres de santé font l'objet de nombreuses critiques dans le secteur de la santé. Les curations et soins bâclés pratiqués dans certains de ces centres sont pointés du doigt. Deux d'entre eux viennent de fermer temporairement leurs portes en région parisienne à Trappes et au Blanc-Mesnil à la suite d'une double enquête administrative et judiciaire. Certains de ces centres sont déconventionnés, leurs soins ne sont plus pris en charge par l'Assurance Maladie afin de pousser les usagers à ne pas s'y rendre. À Trappes, dans les Yvelines, les usagers du centre sont désemparés. 

Des patients surpris

Derrière les vitres opaques qui servent de devanture au centre médical, le rideau de fer est baissé. Surprise totale pour Mohamed, un habitant du quartier, qui apprend le soupçon de fraude qui pèse sur le centre. "Je suis venue me faire soigner pour les dents. Il n'y avait rien qui m'a paru suspect. Je suis surpris d'apprendre qu'une enquête est en cours", explique-t-il au micro d'Europe 1.

Un million d'euros à l'Assurance Maladie

Double facturation, examens superflus, ces méthodes auraient coûté, après enquête, un million d'euros à l'Assurance Maladie en seulement neuf mois d'activité. Fatima, une habitante du quartier, s'étonne de ces pratiques douteuses. Elle vantait, jusque là, l'honnêteté des praticiens. "Mon médecin m'a conseillé de venir pour un blanchiment dentaire mais je ne voyais pas la nécessité de le faire. Ça coûte cher. Du coup, j'ai annulé à la dernière minute. Franchement, ça m'étonne !", raconte-t-elle.

Dentiste, généraliste, gynécologue, ce centre répondait à tous les besoins de cette mère de famille. Il ne lui reste plus qu'à changer de médecin. "J'ai ma fille aussi qui y est suivie également. Il n'y a pas de dentiste pour les enfants dans le coin. Je ne sais pas comment on va faire. On est obligés de se déplacer. Pourtant, j'habite juste à côté et ils étaient vraiment pratiques", détaille-t-elle.

Selon la Caisse nationale d'assurance maladie, plusieurs centres médicaux d'Île-de-France, dont une vingtaine en Seine-Saint-Denis, font l'objet d'enquêtes pour soupçons de fraude. 

Des facturations frauduleuses

Invité sur Europe 1, Abdel Aouacheria, président de l'association La Dent Bleue, qui lutte pour le droit des usagers dentaires, revient sur les pratiques frauduleuses appliquées dans certains de ces centres. "Il y a de la facture d'actes fictifs, c'est-à-dire de soins qui n'ont pas été réalisés et d'autres facturations que l'Assurance Maladie qualifie de facturation atypique, on ne sait pas encore ce que ça recouvre".

D'après la Sécurité sociale, 120 centres de ce type officient sur le territoire. Abdel Aouacheria explique les méthodes de fraude de ces centres : "Par exemple, on vous impose une radio des dents qui ne se justifie pas toujours mais comme c'est un acte médical qui demande un remboursement de la Sécurité sociale, comme les patients sont au tiers payant, ils ne se rendent pas du tout compte qu'avec leur carte Vitale, le centre de santé va gagner beaucoup d'argent auprès de la Sécurité sociale", explique-t-il.

Les centres de santé sont particulièrement prégnants dans le domaine dentaire et ophtalmologique. "Pour ce qui concerne le dentaire, le patient, comme vous l'avez un peu indiqué, ne sait jamais très bien ce qu'on lui fait en bouche, ce qui fait qu'il n'est pas en capacité d'apprécier la véracité des facturations. Quand bien même on parle de consentement éclairé et de devis, le patient n'est pas en mesure très souvent de savoir quantifier et savoir caractériser les soins qui lui sont faits. À partir de là, tous les abus sont permis", analyse Abdel Aouacheria.

Le caractère lucratif de l'activité dentaire attire également les investisseurs malhonnêtes : "C'est la porte ouverte à tous les abus. On voit comment ces deux éléments vont converger sur le fait pour créer une fraude dont on ne connaît pas encore l'ampleur à ce jour".