Alors que l'Assemblée nationale a adopté l'article phare du projet de loi pour interdire les réseaux sociaux aux moins de 15 ans à la rentrée prochaine, de nombreuses familles imposent déjà leur propre cadre. Entre contrôle technique et compromis, zoom sur le quotidien de parents qui tentent, depuis longtemps, de réguler la vie numérique de leurs adolescents.
Pour Elsa, mère d'une adolescente de 14 ans, la confiance n'exclut pas le contrôle. Dans cette famille, le smartphone est strictement encadré par une application de surveillance qui ne laisse aucune place à l'improvisation : "Dès qu'elle dépasse 10 minutes sur une application, ça bloque", explique-t-elle.
Au-delà de la technique, c'est une véritable discipline qui s'est installée au fil des mois. Chaque samedi soir, la routine est la même : une vérification du temps d'écran en tête-à-tête pour s'assurer qu'aucun débordement n'a eu lieu durant la semaine.
Entre pédagogie et bras de fer permanent
D'autres parents choisissent une voie différente : celle du contenu plutôt que du temps pur. Pour cette autre mère d'un garçon de 15 ans, bannir totalement TikTok ou Instagram serait contre-productif, voire marginalisant.
Son exigence est ailleurs : elle impose à son fils une navigation "utile" : "J'aimerais qu'en fin de journée tu aies retenu deux ou trois vidéos intéressantes d'un point de vue pédagogique", lui glisse-t-elle. Chaque soir, l'adolescent doit ainsi rendre compte de ses trouvailles numériques.
Mais la théorie se heurte souvent à la réalité de l'adolescence. Pour Isabelle, maman de trois enfants, le cadre est pourtant clair : pas de téléphone à table ni dans les chambres au moment du coucher. Pourtant, malgré ces barrières physiques, la tension reste vive.
"Des fois, ça râle beaucoup, ça va toujours au-delà des limites", confie-t-elle. Un constat partagé par de nombreux parents : entre habileté technique des ados et leur besoin d'évasion, les règles, qu'elles soient familiales ou nationales, finissent bien souvent par être contournées.