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Données stockées en Europe, utilisateurs vérifiés... Tout savoir sur le nouveau réseau social européen «W» avec sa CEO, Anna Zeiter

Données stockées en Europe, utilisateurs vérifiés... Tout savoir sur le nouveau réseau social européen «W» avec sa CEO, Anna Zeiter [Nicolas TUCAT / AFP]

Aujourd'hui, les géants américains et chinois dominent le secteur des réseaux sociaux avec des plateformes incontournables comme Facebook, Instagram, X et TikTok. Mais l'Europe n'est pas en reste et un nouveau réseau social a vu le jour et il espère bien s'installer : "W Social". Anna Zeiter, CEO de W Social, a répondu aux questions d'Europe 1.

259 millions. C'est le nombre de comptes Facebook et Instagram en Europe, quand il y a 135 millions de comptes sur TikTok et environ 115 millions pour X (ex Twitter). Des plateformes américaines et chinoises qui dominent le secteur. Pourtant, en janvier dernier lors du Forum de Davos, un réseau social européen a été annoncé : "W Social". 

Une plateforme qui se veut une alternative au réseau social dirigé par Elon Musk. Le choix de la lettre "W" fait écho à la règle journalistique des "5W", mais elle symbolise également la fusion de deux V pour "Valeurs" et "Vérité". Pour Europe 1, Anna Zeiter, CEO de W Social, revient sur ce qu'est ce nouveau réseau social et ce qui le différencie de ses concurrents. 

Pouvez-vous décrire en quelques mots ce qu'est ce W ? 

W est un nouveau réseau social conçu en Europe pour le monde entier. C'est une alternative aux plateformes existantes et qui offre une expérience un peu différente et, nous l'espérons, meilleure. Sur W, nous avons quatre choses qui nous différencient. 

D'abord, nous vérifions que chaque utilisateur est bien un être humain. Notre objectif est d'éviter la création de faux comptes, les bots alimentés par l'intelligence artificielle, et de lutter contre la désinformation. Nous voulons offrir aux utilisateurs européens une expérience davantage centrée sur l'Europe, en mettant en avant des médias et des contenus européens.

Nous voulons aussi aider les gens à sortir de leur bulle de filtres. Beaucoup souhaitent avoir une vision plus large de ce qui se passe dans la société. C'est pourquoi nous proposons différents outils, comme la Trend Machine, qui permet de découvrir les sujets débattus sur internet à travers le monde. 

L'idée est de recréer une forme de place publique numérique. Enfin, nos données sont hébergées en Europe, sur des serveurs européens. C'est un argument supplémentaire pour les Européens car beaucoup d'entre eux ne se sentent aujourd'hui plus à l'aise à l'idée que leurs données soient stockées aux États-Unis

La bêta publique a été lancée il y a quelques semaines. Avez-vous une idée du nombre d'utilisateurs que vous comptez aujourd'hui ? 

Nous avons actuellement 120.000 personnes sur liste d'attente. Et ce chiffre augmente chaque jour. Au cours des dix derniers jours, nous avons plus que doublé le nombre d'inscriptions. Avant le lancement, nous étions à environ 55.000 personnes. Et cela sans véritable campagne de marketing. Et c'est important de le préciser : nous n'avons pratiquement pas investi dans la promotion de la plateforme. 

Cette croissance s'est faite essentiellement grâce au bouche-à-oreille, les gens invitent leurs proches à rejoindre W. Nous n'avons d'ailleurs pas encore ouvert l'accès à l'ensemble des 120.000 personnes inscrites. Nous voulons grandir de manière responsable et maîtrisée. 

Nous ne souhaitons pas ouvrir les portes à tout le monde d'un seul coup, au risque que la modération des contenus ou le service client ne puisse plus suivre. Notre objectif est donc d'accueillir progressivement tous les utilisateurs au cours des prochaines semaines. 

Comment se passe l'inscription sur W Social ? Et surtout, comment se déroule la vérification de l'identité de l'utilisateur ? 

Il existe trois options pour rejoindre W. La première consiste à ne pas vérifier son identité. Dans ce cas, les utilisateurs peuvent consulter les contenus, les aimer, mais ils ne peuvent ni publier, ni partager, ni commenter. Les "j'aime" des comptes non vérifiés ne sont pas pris en compte par l'algorithme. Ce que nous voulons éviter, c'est que des fermes de bots créent massivement des comptes pour promouvoir artificiellement certains contenus. 

La deuxième possibilité est de vérifier que l'on est bien un être humain. W Social ne conserve pas les données utilisées pour cette vérification. Nous savons uniquement que la personne est humaine et qu'elle a plus de 18 ans (l'identification se fait via une application indépendante, ndlr). 

Une fois cette étape franchie, vous pouvez choisir d'utiliser un pseudonyme et publier de manière anonyme. Une possibilité particulièrement importante pour les personnes vivant dans des régimes autoritaires qui pourraient subir des représailles si elles exprimaient publiquement leurs opinions. 

Enfin les utilisateurs peuvent choisir d'utiliser leur véritable nom. C'est l'option que nous privilégions, car nous pensons que les échanges sont généralement plus respectueux lorsque chacun s'exprime sous sa véritable identité, les personnes sont davantage responsables de leurs propos et cela renforce la confiance au sein de la communauté. 

Pour le moment, les comptes les plus en vue sur W sont ceux de personnalités politiques de l'Union européenne. Le fait que les institutions européennes soient très présentes dès le lancement ne risque-t-il pas de donner au grand public l'image d'un réseau réservé à une élite ? 

Oui... et non. Il faut préciser que la Commission européenne n'utilise pas uniquement W. W est simplement venu s'ajouter à cette liste de plateformes utilisables. Il ne s'agit donc pas d'un remplacement. Certaines critiques ont laissé entendre que W serait un réseau réservé aux élites. 

Mais je serais ravie de vous montrer la liste des utilisateurs actuels. On y trouve des personnes comme vous et moi. Bien sûr, il y a des dirigeants européens, mais également des journalistes, des médias, des universitaires, des entrepreneurs, des chefs d'entreprise, des professeurs, des artistes ou encore des musiciens. 

La communauté est en réalité très variée. C'est d'ailleurs assez amusant d'observer les premières habitudes qui se créent sur la plateforme. Il existe une rubrique autour de la "chanson du jour" par exemple. L'ambiance est très conviviale. On retrouve un peu l'esprit des débuts des réseaux sociaux, et je trouve cela très enthousiasmant. 

J'ai hâte que davantage de personnes puissent rejoindre cette communauté. Et je peux vous assurer qu'il ne s'agit pas d'un réseau réservé à une élite. Tout le monde est invité, dans tous les pays, pas seulement en Europe. Toutes les sensibilités politiques sont représentées : des conservateurs aux progressistes, en passant par les écologistes, les libéraux ou les libertariens. 

Quelle est votre stratégie de monétisation à long terme ? Comptez-vous uniquement sur les investissements privés ou envisagez-vous également des abonnements ? 

Nous ne prévoyons pas de modèle par abonnement. Notre principale source de revenus sera la publicité, mais une publicité que nous voulons éthique. Nous souhaitons également développer un système de micro-paiements qui permettrait aux utilisateurs d'acheter des contenus à l'unité, comme des articles, pour de petites sommes. 

Nous pensons que ce modèle sera particulièrement intéressant pour les jeunes, les étudiants ou les jeunes actifs qui n'ont pas forcément les moyens de multiplier les abonnements. Ils pourront choisir les contenus qui les intéressent au moment où ils en ont besoin, sans être liés à un seul média. 

Et un projet que W Social demande beaucoup de capitaux et d'investissements. C'est la raison pour laquelle nous avons choisi de créer une entreprise classique plutôt qu'une organisation à but non lucratif. Un projet de cette ampleur ne peut pas reposer uniquement sur des dons ou des subventions publiques. Il y a besoin d'investisseurs. 

Heureusement, nous rencontrons aujourd'hui de nombreux investisseurs qui croient en notre mission. Certaines rumeurs affirmaient que nous étions financés par la Commission européenne, ce qui est faux. Nous n'avons reçu aucun financement public. 

Comment comptez-vous attirer les jeunes générations sur W alors qu'elles sont déjà bien installées sur les plateformes telles que Facebook, Instagram ou TikTok ? 

Il y a plusieurs arguments en faveur de W. Le premier est que sur W, les interactions se font entre êtres humains et non avec des bots alimentés par l'IA. Le deuxième, c'est que nous mettons davantage en avant les médias européens et une information centrée sur l'Europe. 

Nous proposons, comme déjà évoqué, une fonctionnalité qui permet de suivre en temps réel les grandes tendances sur Internet et pas seulement celles qui émergent sur W. Les utilisateurs peuvent ainsi voir ce qui fait réellement parler dans le monde, dans leur pays, dans leur ville et même dans leur quartier. 

Enfin, notre objectif est simple : continuer à grandir, accueillir toujours plus d'utilisateurs satisfaits et faire de W une plateforme agréable, utile et surtout amusante.