Réforme des retraites : "C'est le rapport Delevoye en pire", critique Fabrice Angéi (CGT)

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Fabrice Angéi, secrétaire confédéral de la CGT, était l'invité d'Europe 1, mercredi 11 décembre. © Capture d'écran Europe 1
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Fin des régimes spéciaux, système universel à points indexés sur les salaires, âge d'équilibre à 64 ans… Le Premier ministre a dévoilé mercredi le projet de réforme des retraites du gouvernement, au septième jour d'une mobilisation amenée à se renforcer. Au micro d'Europe 1, Fabrice Angéi, secrétaire confédéral de la CGT et Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa, estiment chacun que cette réforme n'est pas satisfaisante.
INTERVIEW

Édouard Philippe a dévoilé mercredi les contours de la réforme des retraites. Le Premier ministre a annoncé la fin des régimes spéciaux, une retraite de 1.000 euros minimale ou encore l'instauration d'un âge d'équilibre à 64 ans avec un système de bonus-malus. Face à ces annonces, les organisations syndicales estiment que leurs revendications n'ont pas été prises en compte par le gouvernement. Au micro d'Europe 1, Fabrice Angéi, secrétaire confédéral de la CGT et Laurent Escure, secrétaire général de l’Unsa, expriment leur mécontentement autour de cette réforme. 

Sur notre antenne, Fabrice Angéi assimile cette réforme au "rapport Delevoye [du nom du haut-commissaire à la réforme des retraites, NDLR], en pire". Il conteste, en effet, l'instauration d'un âge d'équilibre, ou âge "pivot", avec un système de bonus-malus, comme préconisé par le haut-commissaire aux retraites. Concrètement, il faudra travailler plus longtemps pour profiter d'une pension complète, même si l'âge légal de départ à la retraite reste fixé à 62 ans. Cet âge d'équilibre sera de 64 ans en 2027. "C'est aujourd’hui la fin des 62 ans de l'âge de départ à la retraite. 64 ans, c'est l'âge d'espérance de vie en bonne santé et moins pour certains métiers", argumente-il.

L'Unsa appelle à la grève

Laurent Escure, secrétaire général de l’UNSA, le premier syndicat représentatif à la RATP et le deuxième à la SNCF, dénonce, quant à lui, la mise en place d'une "mesure paramétrique", une expression faisant référence à la mesure de l'âge de départ à la retraite et à la durée de cotisation. 

"On appelle à une mobilisation plus forte mardi prochain autour de cette question de la punition des salariés actuels par une mesure paramétrique dès 2022", martèle-t-il ainsi, précisant que cet appel se fera "au niveau global". Comme l'Unsa, la CFTC, l'un des syndicats favorables à un régime universel de retraites par points, a appelé mercredi à rejoindre la mobilisation du 17 décembre contre la réforme du gouvernement. 

Laurent Escure pointe ainsi "une mesure punitive" : "Dès 2022, on va faire travailler l'ensemble des salariés actuellement présents dans les régimes pendant plus longtemps."

Mercredi midi, en présentant le projet d'une réforme fondée sur un principe d'universalité, Édouard Philippe a également précisé que le minimum de pension "sera garanti par la loi à 85% du Smic dans la durée et évoluera comme celui-ci". Pour Fabrice Angéi, cela ne passe pas. "C'est un niveau de pension amoindri avec des tours de passe-passe, comme par exemple, l'annonce sur les 85% du Smic. Cela a été voté dès 2003 sous le gouvernement Fillon et c'était applicable en 2008 donc là il n'y a rien de nouveau aujourd'hui", dénonce-t-il. 

"C'est le principe même de la réforme par points qui est contestable"

Dans la journée, le Premier ministre a ensuite assuré devant le Sénat que sa porte était "ouverte" à la discussion et sa main "tendue" aux organisations syndicales, très remontées contre le projet de réforme des retraites. Mais Fabrice Angéi, lui, est catégorique. "Il ne peut pas y avoir de concessions en la matière. C'est le principe même de la réforme par points qui est contestable car il entraîne une baisse du niveau des pensions. Cela a été démontré dans tous les pays qui l'ont mise en oeuvre", s'indigne-t-il, en citant l'exemple de la Suède.

Pourtant, du côté de l'Unsa, la possibilité d'un dialogue semble davantage envisagée. "On négociera jusqu'au bout. Notre porte sera toujours ouverte. Notre main sera toujours tendue mais là, ce qui est tendu, c'est cette mesure paramétrique et cette absence de réponse concrète, pour l'instant, sur les garanties qu'on attend", explique Laurent Escure.

L'un des dossiers sur lesquels les syndicats devront négocier avec le gouvernement concernera la valeur du point. "Nous demanderons aux partenaires sociaux de fixer sa valeur et son évolution sous le contrôle du Parlement", avait affirmé Édouard Philippe. "La loi prévoira une règle d'or pour que la valeur des points acquis ne puisse pas baisser. La loi ira même au delà puisqu'elle prévoira une indexation progressive non pas sur les prix comme aujourd'hui, mais sur les salaires, qui dans notre pays augmentent plus vite que l'inflation."

En mettant en place une telle méthode, Fabrice Angéi pense que le gouvernement fait fausse route. "Si les organisations patronales et syndicales ne se mettent pas d'accord, le gouvernement reprendra la main pour fixer [la valeur du point]. C'est exactement ce qu'il s'est passé sur la réforme de l'assurance-chômage. La valeur du point pourra fluctuer chaque année", dénonce Fabrice Angéi. 

Laurent Escure, lui, insiste sur un autre point de négociation : la prise en compte de la pénibilité au travail. "Il n'y a pas grand chose sur la pénibilité donc on doit ouvrir des négociations sérieuses sur cette question", lance-t-il, en dénonçant une "absence de clarté" sur ce sujet.

Europe 1
Par Tiffany Fillon