Réforme des retraites : Édouard Philippe a "engagé la bataille de l’opinion"

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Édouard Philippe Greve 1:07
Édouard Philippe lors de la présentation de la réforme des retraites. © Thomas SAMSON / POOL / AFP
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Après les annonces d'Édouard Philippe, mercredi, la CFDT a rejoint le camp des opposants au projet de réforme des retraites. Face à ce front syndical désormais uni contre lui, le Premier ministre mise sur la persuasion de l'opinion publique pour sortir des blocages qui durent depuis maintenant une semaine.
ANALYSE

La fronde reprend de plus belle contre la réforme des retraites. Depuis les annonces d'Édouard Philippe, mercredi midi, les syndicats forment un front uni contre le gouvernement, avec le passage de la CFDT dans le camp des opposants à ce projet. Pour Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, l'instauration d'un "âge d'équilibre" à 64 ans était une "ligne rouge" qui a été "franchie". Dans ce contexte, la "main tendue" d'Édouard Philippe se transforme maintenant en bras de fer.

Un "axe CGT-FO-CFDT"

Mardi, le Premier ministre confiait aux députés qu'il n'y aurait "pas d'annonces magiques". "Ce n'est pas parce que je vais faire un discours que les manifestations vont cesser", prévenait-il. Il était d'une grande clairvoyance mais ça n'empêche pas une certaine déception à Matignon, où l'on estime avoir fait des concessions. "On ne peut pas gouverner selon un axe CGT-FO-CFDT, ça ne serait pas raisonnable", estime un conseiller ministériel, qui renvoie de facto la CFDT dans le camp des durs.

Pour le soutien des syndicats, c'est raté. Mais Édouard Philippe ne parlait pas qu'à eux, mercredi midi, il parlait aux Français, aux plombiers, aux caissières à mi-temps, aux agriculteurs. Il s'adressait aussi à ceux qui se font à l'idée qu'il faudra travailler un peu plus longtemps, aux conducteurs de bus qui ne sont pas à la RATP, à ceux qui sont pour la fin des régimes spéciaux et à ceux qui trouvent que les élus et les ministres, également soumis à des régimes spéciaux, ont trop de privilèges.

Des Français "attentistes"

Matignon fait ce pari : "Il y a des Français qui vont trouver ça bien." Le Premier ministre réfute toute rhétorique guerrière mais c'est bien la bataille de l'opinion qui s'engage. Va-t-elle tourner en sa faveur ? "Pour l'instant, les Français sont attentistes : ils soutiennent le mouvement social quasiment au même niveau qu'en 1995", souligne Frédéric Dabi, directeur général adjoint de l'Ifop, au micro d'Europe 1. 

Selon le sondeur, Édouard Philippe a tout de même "désamorcé deux risques : ce terme de retraite à points, qui suscitait une inquiétude très forte, fait moins peur avec la règle d'or qui empêche toute baisse de ce point. (…) L'acceptation de cette règle d'or comme une vérité est un enjeu central de la bataille de l'opinion", estime-t-il.

Pas de recul en vue ?

"En revanche, la ligne rouge de l'allongement de départ légal peut constituer un vrai frein", poursuit Frédéric Dabi. Même si "avec un discours large et global, se référant moins à la rupture qu'à la continuité, il a peut-être enraciné l'idée chez une majorité de Français que le gouvernement ne reculera pas comme il n'a pas reculé pour la réforme de la SNCF en 2018."

Mercredi soir, sur TF1, le Premier ministre a de nouveau fait un pas vers les syndicats : "Je ne suis pas fermé et j'ai indiqué à l'ensemble des organisations sociales et syndicales qu'il y avait toute une série de points sur lesquels nous pouvions améliorer la réforme." Ce geste peut-il permettre une sortie de crise ?

Europe 1
Par Aurélie Herbemont, avec Thibaud Le Meneec