Le couvert forestier est menacé par endroits, en Côte d’Ivoire notamment, où 90% des forêts ont disparu depuis le début du XXème siècle. 2:01
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Louise Sallé
Ce jeudi marque le deuxième jour du "One Forest Summit" à Libreville. Un rendez-vous mondial, coorganisé par la France et le Gabon, sur la protection des forêts tropicales. Car cette protection est inégale, en particulier sur le continent africain, où le Gabon fait par exemple figure de modèle, et la Côte d’Ivoire, de mauvais élève.

La protection des puits de carbone et l'exploitation forestière sont-elles compatibles ? L’Afrique centrale absorbe près de 4% des émissions de CO2 mondiales : c’est plus que l’Amérique du Sud ! Mais ce couvert forestier est menacé par endroits, en Côte d’Ivoire notamment, où 90% des forêts ont disparu depuis le début du 20e siècle. Un grand plan de reboisement vient d’être lancé, qui a besoin de financements. Des membres du gouvernement ivoirien, comme le ministre de l’Agriculture et celui des Eaux et Forêts, se sont donc rendus en personne au Salon de l’Agriculture à Paris pour convaincre des investisseurs français.

Un milliard d’euros à trouver

Une forêt tropicale, reconstituée, à l’entrée du grand stand de la Côte d’Ivoire accueille les visiteurs du salon. Certains acteurs privés français y sont d’ailleurs régulièrement reçus cette semaine par le ministre des Eaux et Forêts en personne, Laurent Tchagba. 

"Nous avons besoin de 616 milliards de francs CFA, soit 1 milliard d'euros", justifie-t-il. "La Banque mondiale, Nestlé et Cargill sont des acteurs privés qui ont déjà accepté de s'engager avec nous". L’argent est ensuite reversé aux paysans, afin qu’ils plantent des arbres dans leurs champs pour pratiquer de "l’agroforesterie". "Nous travaillons de telle sorte que tous les planteurs de cacao, tous les planteurs de palmiers et tous les planteurs de café s'engagent avec l'État dans le cadre de l'agroforesterie", reprend le ministre.

Un problème de "sécurité foncière" à résoudre 

Mais pour Alain Karsenty, économiste de l’environnement au Cirad, même si l’idée est bonne, sur le papier, elle est dans les faits encore peu appliquée. "Pour l'instant, les paysans ne font pas d'agroforesterie et coupent les arbres pour s'approprier la terre, pour marquer leur espace", déplore-t-il.

"La propriété foncière n'est pas claire", insiste Alain Karsenty. "Il faudra qu'on leur donne une sécurité foncière importante car personne ne plante des arbres s' il n'y a pas une garantie, sur le long terme, que ces arbres leur reviendront". La Côte d’Ivoire, néanmoins, met les bouchées doubles et désire prouver, au niveau international, qu’elle fait des efforts… Car d’ici 2024, l’Union européenne refusera d’importer tout produit issu de zones déforestées.