Sommet de l'Eglise sur les abus sexuels : autour du pape, les victimes veulent secouer les consciences

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Pendant trois jours, les représentants de l'Eglise catholique sont réunis au Vatican pour écouter la parole des victimes d'abus sexuels, qui réclament un électrochoc et des mesures concrètes.

C'est un sommet historique qui s'ouvre jeudi matin au Vatican. Dès 9 heures, 190 représentants catholiques du monde entier seront réunis autour du pape François pour parler de pédophilie, à huis clos, pendant trois jours.

Remettre la parole des victimes au centre. "Il faut que l'Eglise regarde ce monstre qu'est la pédophilie, en face, sans avoir peur", déclarait il y a quelques jours le porte-parole du Vatican. Preuve que le ton a décidément bien changé à Rome. Avec ce sommet, le pape compte remettre la parole des victimes au centre. Avant de prendre le chemin de Rome, il a demandé aux hauts prélats du Vatican, aux chefs des Eglises catholiques orientales et aux responsables de congrégations religieuses invités de rencontrer des victimes d'abus sexuels dans leurs pays respectifs.

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Quelques victimes ont aussi été invitées au Vatican mercredi, parmi lesquelles le Français Olivier Savignac, abusé par un prêtre à l'âge de 13 ans, dans le diocèse d'Orléans. "Le fait d'avoir été entendu par ces prélats, qui sont quand même les chevilles ouvrières du Vatican, sur la question des abus sexuels, ce n'était pas rien. Chaque témoignage de chaque victime était très fort", rapporte-t-il au micro d'Europe 1. "J'ai senti que les prélats s'alourdissaient sur leurs chaises, c'était difficile pour eux d'entendre ça. Mais en même temps, ils sont au pied du mur", constate cet homme aujourd'hui âgé de 38 ans.

Les discours ne suffiront pas. Jeudi matin, avant même le discours d'ouverture prononcé par le souverain pontife, cinq témoignages vidéo de victimes seront diffusés devant l'assemblée. Et chaque soir, au moment de la prière, les évêques écouteront une victime. Pour certains, venus d'Océanie ou d'Afrique, il s'agira là d'une première. Le président de la conférence des évêques de France, Monseigneur Pontier, qui représente l'Eglise de France à ce sommet, attend une prise de conscience de chacun, mais il sait que les discours ne suffiront pas.

"J'ai souvent entendu les victimes dire : 'on n'a pas besoin que de mots, on a besoin aussi d'actes'. Il faut donc aussi de regarder dans le gouvernement de notre Eglise les changements et les progrès qu'il nous faut faire, pour que notre Maison devienne sûre pour les enfants et les jeunes", plaide celui qui est également archevêque de Marseille.

"On attend des actes". Les victimes, comme Olivier Savignac, souhaitent en effet que l'Eglise prenne des mesures fortes contre les auteurs de ces crimes, que les prêtres soient défroqués, que les délais de prescription soient caduques, et que les évêques qui ont couvert les coupables soient punis. "Le droit canon prévoit des sanctions à l'égard des prêtres ou des clercs fautifs. On attend de l'Eglise qu'elle applique son propre règlement. La tolérance zéro, où est-elle ? Il faut qu'elle soit vraiment appliquée à partir de lundi prochain", appelle Olivier Savignac sur notre antenne.

Et de marteler : "Ce sommet, c'est un peu celui de la dernière chance. On attend des actes." On ne saura que dimanche matin, lors du discours final du pape, à quoi aboutira concrètement cette conférence inédite.

 

Europe 1
Par Virginie Riva et Blandine Hugonnet, édité par Anaïs Huet