Procès France Télécom : "Je savais que je ne pouvais rien faire et que les gens allaient mourir"

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Pascale, assistance sociale chez France Télécom, n'a pas que constater la souffrance de ses collègues.   1:32
Pascale, assistance sociale chez France Télécom, n'a pas que constater la souffrance de ses collègues.
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Pascale, 58 ans, était assistante sociale au moment de la vague de suicides qui a touché les salariés de France Télécom dans les années 2000. Impuissante, elle n'a pu que constater le mal-être de ses collègues.
TÉMOIGNAGE

Le procès France Télécom-Orange s'est ouvert lundi dans une ambiance tendue pour la centaine de partie civiles engagées. L'entreprise et ses ex-dirigeants sont jugés pour harcèlement moral. Entre 2008 et 2009, 35 salariés ont mis fin à leurs jours. Une vague de suicide à laquelle a assisté, Pascale, 58 ans, ancienne assistante sociale à France Télécom à Tours. 

Victime d'une procédure disciplinaire interne pour avoir raconté son histoire en 2014, Pascale s'était résignée, réduite au silence. Mais aujourd'hui, elle demande un jugement en mémoire des salariés et pour qu'une telle souffrance ne se produise plus jamais. "Jusqu'en 2008, je ne me souviens pas de situation de suicide. Mais à partir de cette date, c'était tous les ans ou plusieurs fois par an", se souvient-elle au micro d'Europe 1 mardi.

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Les dirigeants de France Télécom avaient alors mis en oeuvre un vaste programme de restructuration : les plans NExT et Act qui visaient à transformer France Télécom en trois ans, avec notamment l'objectif de 22.000 départs sur 120.000 salariés. Plus de 10.000 personnes devaient aussi changer de poste. 

"On était hyper sollicités par les gens qui allaient très mal"

"En fait, ils n'en avaient rien à faire. L'important, c'était de diminuer les effectifs. 'Vous êtes huit et il en faut deux ou trois en moins. Donc vous voyez entre vous qui s'en va'.", raconte l'ancienne assistante sociale. "On était hyper sollicités par les gens qui allaient très mal. Ils nous disaient qu'ils avaient des idées noires, qu'ils avaient pris leur voiture en conduisant vite pour se mettre dans le mur. 'Si ça continue comme ça, je vais m'asperger et me mettre le feu.'", rapporte Pascale.

"Je savais que je ne pouvais rien faire et que les gens allaient mourir", poursuit-elle, la voix nouée par l'émotion. "Il a fallu se dire, 'Tant pis, je reste quand même.' Plus jamais ça. Il faut qu'on comprenne les méthodes et qu'elles soient qualifiées de délinquantes. Cela va aider les gens à surmonter [ces drames] et surtout que ça ne se passe plus ailleurs", demande-elle, émue. Le procès va se poursuivre mardi avec la première audition des prévenus et se terminera en juillet prochain. Les prévenus encourent un an d'emprisonnement et 15.000 euros d'amende (75.000 euros pour France Télécom).

Europe 1
Par Aude Vernuccio, édité par Marthe Ronteix