Procès du viol du "36" : la plaignante sous un feu nourri de questions

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Le 36 quai des Orfèvres, à Paris. 1:27
Le 36 quai des Orfèvres, à Paris. © AFP
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La Canadienne qui accuse deux policiers de viol a été longuement interrogée vendredi par l'avocat général Philippe Courroye. "Les rôles sont inversés", dénonce son avocate. 

C'est un interrogatoire poussé qu'a subi vendredi Emily Spanton. La canadienne, qui accuse deux policiers de l'avoir violée en avril 2014 au 36 quai des Orfèvres, a été questionnée par le président, puis "longuement et sans complaisance" selon ses propres termes par l’avocat général Philippe Courroye, pourtant en charge de l'accusation dans le procès.

"J'ai été violée par ces deux hommes". Alors que Nicolas R. et Antoine Q., jugés pour viol en réunion, ont de nouveau clamé leur innocence jeudi en racontant à la cour ce qu'il s'est passé, selon eux, dans la nuit du 23 avril, entre 0h40 et 2h, Philippe Courroye s'est adressé à la jeune femme. "Ces deux accusés sont jugés pour des faits criminels, ils encourent 20 ans de réclusion", lui a-t-il rappelé. "Je vous le demande solennellement : vous avez conscience de la gravité des accusations que vous portez? Les maintenez-vous?". La plaignante a réitéré ses accusations, en pointant les accusés du doigt. "J'ai été violé par ces deux hommes". 

"Est ce que vous avez crié ?". Le représentant de l'accusation a assailli Emily Spanton de questions. "Alors comment on vous a enlevé des collants?", "Est-ce que vous avez crié?", "Avez-vous dit à une serveuse (du pub où Emily Spanton a rencontré les policiers, ndlr) que vous aviez fait une fellation consentie?", "Les serveuses disent que vous avez perdu le contrôle de l'orgie. Est-ce vrai?".

"Vous vous entendiez bien avec Nicolas R.. Vous aviez flirté, pourquoi il commencerait par vous frapper, vous contraindre?", a de son côté interrogé Sébastien Schapira, avocat de Nicolas R. "Je ne sais pas", a répondu Emily Spanton. "Quand j'ai bu le verre d'alcool, son attitude a changé". "Vous n'entendez rien pendant ces dizaines de minutes (pendant le viol dénoncé, ndlr)?", demande Marion Grégoire, également avocate de Nicolas R.. "Le seul bruit dont je me souvienne, c'est celui du clic de l'appareil photo et du déchirement de l'emballage du préservatif". "On se demande comment cela a pu être silencieux", a rebondit l'avocate.

"On nous enfume", dénonce l'avocate de la plaignante. Au micro d'Europe1, l'avocate de la plaignante Me Sophie Obadia s'est indignée de la tournure du procès, se disant "en colère parce que les rôles sont inversés". "Cette femme au total aura été entendue près de cinquante heures. C'est exceptionnel qu'en France on puisse considérer qu'une victime doive répéter à l’infini depuis cinq ans les mêmes accusations", a-t-elle ajouté. Pour l'avocate, "on essaye de faire de ce procès un procès de parole contre parole, ce qu'il n'est pas. Car il y a des charges qui sont tout autres que les seules dépositions de la victime". Et de conclure : "on nous enfume".  

Les avocats des accusés, qui soulignent des incohérences dans les scènes décrites et des trous de mémoire à de nombreuses questions, sont bien décidés à plaider la semaine prochaine l'innocence de leur client. Le verdit sera rendu la semaine prochaine, et les deux policiers risquent jusqu'à 20 ans de réclusion. 

Europe 1
Par Chloé Triomphe avec AFP, édité par Antoine Terrel