Salah Abdeslam va être interrogé sur son parcours par la cour d'assises de Paris 2:48
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Clément Perruche , modifié à
Alors que s'achèvent les témoignages des parties civiles au procès des attentats du 13 novembre 2015, c'est au tour des prévenus d'être interrogés. Salah Abeslam, le seul rescapé du commando, provoque depuis le début du procès les magistrats en se posant en victime. Une stratégie décryptée par le criminologue Michaël Dantinne, invité sur Europe 1.
INTERVIEW

Après cinq semaines d'audition des parties civiles dans le cadre du procès des attentats du 13 novembre 2015, c'est désormais aux prévenus d'être auditionnés par la cour d'assises spéciale de Paris. Un seul membre du commando terroriste, Salah Abdeslam, a survécu à cette nuit-là. Depuis le début du procès, le détenu le plus surveillé de France n'a montré aucun remords. Pire : il a provoqué à plusieurs reprises les juges et le public lors du procès. Une attitude ambivalente, qu'a décrypté Michaël Dantinne, criminologue à l'Université de Liège et expert en terrorisme, pour Europe 1.

Salah Abdeslam et sa "lecture inversée" des faits

Depuis le début du procès, la stratégie de Salah Abdeslam est difficile à suivre. "Il faut être prudent parce qu'il a montré à plusieurs reprises qu'il était imprévisible. Parfois, on attend qu'il parle et il ne parle pas. L'inverse est vrai aussi", décrypte Michaël Dantinne. Une chose est sûre cependant : le terroriste tente d'inverser le rapport de force. "Il a donné le ton dans le procès, à savoir qu'il est peut-être pas dans la provocation, mais dans une lecture inversée. Finalement, il se pose, comme beaucoup de radicalisés, en victime." 

Pas d'excuses ni de repentance, donc, mais au contraire, une attitude qui tend vers la polarisation. "Il est vraisemblablement entré dans un rôle d'hyper radicalisé, de porte-étendard de la cause. Il est à fond dans son rôle. Il va continuer malheureusement sur cette ligne-là, s'identifiant complètement à un soldat de l'Etat islamique", explique le criminologue.

La paradoxale radicalisation d'Abdeslam

Mais ce statut de figure de l'organisation terroriste, Salah Abdeslam n'était pas censé l'endosser. Et pour cause : Salah Abdeslam devait se faire exploser à l'issue des attaques du 13 novembre. "C'est un paradoxe. Finalement, il se retrouve aujourd'hui sous les feux de la rampe et en première ligne parce qu'il est le seul survivant. Normalement, il ne devrait même pas être au procès. La question de sa survie reste une énigme à laquelle lui seul a une réponse. Et je pense que précisément, s'il a dû faire un choix pendant sa détention entre être le trouillard qui peut-être, n'a pas osé aller jusqu'au bout, et devenir le symbole vénéré par une toute petite frange de la population, je crois qu'il a fait son choix. Aujourd'hui, il est peut-être plus dans le costume du radicalisé qu'il ne l'était au moment de son arrestation", explique Michaël Dantinne. 

Lors de son audition par les magistrats de la cour d'assises, Salah Abdeslam sera interrogé sur son parcours avant de basculer dans le terrorisme islamiste. Une transformation autour de laquelle de nombreuses questions restent en suspens. "C'est vraiment toute une question. Il y a deux catégories de terroristes : ceux qui sont des délinquants ordinaires qui radicalisent leur délinquance. Et puis ceux qui n'avaient pas du tout d'antécédents. Il est dans la première catégorie. Et vraisemblablement, cela s'opère par touches successives. Il est emporté d'abord par son frère Brahim, qui, lui, est mort pendant les attentats de Paris et aussi par son copain d'enfance, Abdelhamid Abaaoud, dans un mélange de liens, de camaraderie, de délinquance ordinaire commune, de loyauté radicale. Et c'est comme ça qu'à un moment donné, il bifurque. Il est un exécutant plutôt au début, et c'est un peu la suite de l'histoire qui le propulse aujourd'hui, encore une fois, dans un rôle premier qu'il n'avait peut être pas vocation à exercer dès le début."