Procès des attentats de 2015 : témoigner, "c'est très difficile, mais important", confie Lassana Bathily

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Lassana Bathily, héros de la prise d'otages de l'Hyper Cacher en janvier 2015, confie sur Europe 1 son soulagement d'avoir témoigné au procès des attentats de 2015. "C'est très difficile mais important pour nous de parler de ce qu'on a vécu pendant cinq ans, de ce qu'on ressent aujourd'hui", assure-t-il. 
INTERVIEW

Sa bravoure avait été saluée unanimement au lendemain du drame. Lassana Bathily, un travailleur franco-malien de 24 ans, était employé dans l'Hyper Cacher de la porte de Vincennes lors de l'attaque islamiste perpétrée par Amedy Coulibaly le 9 janvier 2015. Après avoir dissimulé des clients dans une chambre froide, il était parvenu à s'échapper par un monte-charge et avait aidé la police à mettre fin à la prise d'otage meurtrière. Un acte qui lui vaudra d'être décoré puis naturalisé français. Désormais âgé de 30 ans, il vient de témoigner au procès des attentats de janvier 2015.

Un soulagement de parler

"C'est très difficile mais important pour nous de parler de ce qu'on a vécu pendant cinq ans, de ce qu'on ressent aujourd'hui", confie Lassana Bathily au micro d'Europe 1. "C'est un soulagement de parler de ce qu'on a vécu devant le juge, mais ce n'est pas évident de parler devant les accusés dans le box".

Le jeune homme a livré un témoignage fort dans ce procès qu'il attendait depuis cinq ans. Il a même appris des choses sur l'attaque de l'Hyper Cacher. Notamment qu'après sa fuite, le terroriste avait compris qu'un otage était sorti. "J'ai eu la chance d'être plus rapide, après moi il a refermé la porte, il a mis des palettes de farine, de lait pour boucler la porte", explique-t-il.

Dans ce procès historique, Samia Maktouf, avocate de Lassana Bathily, salue le courage des parties civiles. "Ils attendent la justice. J'ai de l'admiration. Ce sont des héros, tous ensemble. Se tenir à la barre, les pieds tremblants, en train d'expliquer comment ils étaient face à la mort, c'est la meilleure leçon de dignité, de courage", affirme-t-telle au côté de son client. Elle refuse l'idée d'un procès de "seconds couteaux", les assaillants ayant été tués au cours des attaques. "Si le terrorisme existe, c'est parce que des personnes gravitent autour et leur apportent l'assise logistique, les arment. Chacun a joué un rôle pour que 17 personnes meurent."

"L'amour n'a pas de frontières"

Désormais employé par la ville de Paris, à la direction de la jeunesse et sport, Lassana Bathily garde gravé en mémoire tous les souvenirs de cette journée du 9 janvier. Aux gens qui le considère comme un héros, Lassana Bathily répond humblement que c'est trop lourd  à porter. "Je préfère être un bon citoyen", confie-t-il, assurant qu'il se sentait français bien avant sa naturalisation, le 20 janvier 2015.

A la barre, il a d'ailleurs souhaité revenir sur son parcours afin de délivrer un message de vivre-ensemble. "Quand je suis arrivée en France c'était difficile", se souvient-il avant de raconter son intégration au sein de l'équipe de l'Hyper Cacher. "L'accueil que j'ai reçu, comment on vivait ensemble, j'ai parlé de tout pour que les gens puissent comprendre. Beaucoup de gens disaient que l'Hyper Cacher n'accueillait pas les musulmans. C'est un magasin ouvert à tout le monde."

Découvrez le podcast "Le Son de Vie" sur la résilience avec le témoignage de plusieurs victimes des attentats de 2015 : 

Europe1 · Chloé Verlhac, inventer la vie sans Tignous

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Il a également salué la mémoire de son collègue, victime du terroriste, Yohan Cohen alors âgé de 20 ans, première victime du terroriste lors de son entrée dans le magasin. "On s'entendait très bien, c'était un jeune comme moi, on parlait de tout. On se côtoyait beaucoup. L'amour n'a pas de frontière, on s'est aimé, écouté, respecté, c'est ce qui est le plus important."

Europe 1
Par Mathilde Durand