Précarité : "Le gouvernement ne se mobilise pas du tout" pour les jeunes

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La fondation Abbé Pierre lance l'alerte sur la précarisation croissante des jeunes. 3:10
La fondation Abbé Pierre lance l'alerte sur la précarisation croissante des jeunes. © Martin BUREAU / AFP
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A l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, Manuel Domergue, directeur des études de la fondation Abbé Pierre, a regretté samedi sur Europe 1 que la catégorie des jeunes précaires, "première touchée par la crise", soit selon lui "la moins bien indemnisée par le gouvernement".
INTERVIEW

La fondation Abbé Pierre, dont Manuel Domergue est le directeur des études, tire la sonnette d'alarme sur la pauvreté qui s'étend dangereusement depuis la crise économique liée au coronavirus. A l'occasion de la Journée internationale pour l'élimination de la pauvreté, samedi, Manuel Domergue était l'invité de Frédéric Taddeï sur Europe 1. Il dénonce un manque de mobilisation du gouvernement concernant la précarité des jeunes, "première catégorie touchée par la crise".

Appel au gouvernement

"Le gouvernement ne se mobilise pas du tout" pour les jeunes précaires, a-t-il déploré, alors que ces derniers font partie des personnes les plus défavorisées. "On n'a pas l'impression d'être vraiment entendus", a-t-il estimé, notant tout de même les efforts menés par l'Etat depuis le début de cette crise.

"Mais à chaque fois, les plus pauvres sont toujours oubliés. Il y a des aides qui arrivent, mais tardives et très faibles." Quand Macron annonce, dans son allocution de mercredi, qu'"il y aura une aide de 150 euros pour les personnes au RSA et aux APL, c'était faux", a rappelé le directeur des études. Ceux qui touchent les APL, en effet, ne seront finalement pas concernés par la mesure.

Les étudiants et jeunes entre 18 et 25 ans, non éligibles au RSA, se retrouvent ainsi "sans rien" constate Manuel Domergue, qui souhaite donner l'alerte sur "cette catégorie particulière qui est la première touchée par cette crise et la moins bien indemnisée par le gouvernement".

Certains "finissent à la rue"

En France, un jeune de 18 à 25 ans, Français ou étranger, peut bénéficier du RSA jeunes actifs, mais seulement s'il justifie d'une certaine durée d'activité professionnelle. "Quand on est jeune et qu'on est précaire, on n'a pas cette certaine durée d'activité professionnelle. Quand vous n'avez pas de diplôme, pas de boulot et pas d'aide familiale en France et que vous avez moins de 25 ans, vous n'avez rien", assène Manuel Domergue.

Une situation problématique puisque sans aucune aide, nombre de ces jeunes, à moins de compter sur la solidarité entre amis et le squat, note Manuel Domergue, "finissent à la rue". Sans compter que la crise aggrave une précarité déjà présente. "Avant le confinement, un jeune qui arrivait à se motiver à faire la démarche, à se réinsérer, pouvait trouver des petites jobs ici ou là, déclarés et non déclarés. Aujourd'hui, il n'y a rien", rappelle le directeur des études de la fondation Abbé Pierre. 

"Comment voulez-vous leur trouver un logement dans le privé ou dans le parc HLM avec zéro euro ? Personne ne prend les gens avec zéro euro. Donc c'est soit la rue, soit parfois l'hébergement d'urgence. C'est extrêmement scandaleux. Et aujourd'hui, on a l'impression que le gouvernement ne se mobilise pas du tout pour cette catégorie là."

Europe 1
Par Séverine Mermilliod