Pourquoi la rupture n'est pas encore (complètement) consommée entre Castaner et la police

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A Roubaix, des policiers ont jeté à terre leurs menottes en signe de protestation. 2:19
A Roubaix, des policiers ont jeté à terre leurs menottes en signe de protestation. © Europe 1
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Partout en France jeudi soir, des policiers ont jeté leurs menottes en signe de protestation contre les propos tenus par Christophe Castaner sur le racisme dans la police. Certains se sentent "abandonnés par leur ministre de tutelle". Mais entre le ministre de l'Intérieur et les forces de l'ordre, le dialogue n'est pas encore rompu.

Trois jours après un discours dans lequel il a évoqué des "sanctions" en cas de "soupçons avérés" de propos ou actes racistes émanant de gardiens de la paix, le ministre de l'Intérieur a reçu jeudi les syndicats de policiers Place Beauvau. Christophe Castaner continue les consultations vendredi, mais les forces de l'ordre lui ont envoyé un message clair. Partout en France, des policiers se sont réuni et ont jeté symboliquement leurs menottes, pour dénoncer la stigmatisation de leur profession et la suppression de la méthode d’interpellation dite "d'étranglement".

"On a le sentiment d'être abandonnés par notre ministre de tutelle"

Jeudi soir sur notre antenne, Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP Police-Force ouvrière, affirmait que Christophe Castaner était "indigne d'être le ministre de l'Intérieur". À Roubaix, où s'est rendue Europe 1, le ton était sensiblement le même du côté des forces de l'ordre. "On a le sentiment d'être abandonnés par notre ministre de tutelle", dénonçait à notre micro Benoît Aristidou (SGP-FO). 

Pour lui, la police "n'a plus les moyens de faire quoi que ce soit". "Et si on a plus besoin de menottes, autant s'en débarrasser", expliquait-il, justifiant l'action devant son commissariat.  "Il y aussi peut être un sentiment de ras-le-bol, mais surtout de démotivation générale (...) Dire qu'on est raciste dans la police, et qu'on ne sait pas maîtriser des individus sans les fracasser, c'est une honte", affirme Benoît Aristidou au micro d'Europe 1.

"La rupture n'est pas encore consommée"

Malgré la très faible popularité de Christophe Castaner dans la police, "la rupture n'est pas encore consommée", estime Alain Acco, journaliste police/justice d'Europe 1. "Ce qui se passe entre Christophe Castaner et la police, c'est une sorte de crise de couple qui doit gérer un coup de canif dans le contrat", explique-t-il. Car, depuis son arrivée à Beauvau, le ministre de l'Intérieur "n'a eu de cesse que de minimiser voire nier les responsabilités des forces de l'ordre" dans le cadre de violences policières, notamment lors de la crise des Gilets jaunes. 

Le premier flic de France s'était notamment illustré en janvier 2019 affirmant qu'il n'avait "jamais vu un policier ou gendarme attaquer un manifestant ou un journaliste", alors que les témoignages et preuves de violences policières étaient publiés tous les samedis sur les réseaux sociaux. Aujourd'hui, "les policiers ont le sentiment qu'il les trahis", résume Alain Acco. 

"Il est plus facile de négocier avec un ministre affaibli"

Si une partie de la base des policiers demandent la démission de Christophe Castaner, aucun responsable syndical n'a encore réclamé sa tête. "Il est plus facile de négocier avec un ministre affaibli", analyse Alain Acco. Et c'est cette position de faiblesse du ministère de l'Intérieur qui pourrait satisfaire les leaders syndicaux. Ils ont bon espoir que le locataire de la Place Beauvau revienne sur la suppression de la méthode d’interpellation dite "d'étranglement", et la réautorise, en changeant potentiellement son nom. 

Europe 1
Par Ariel Guez