Où en est-on dans la scolarisation des enfants autistes ?

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© PHILIPPE HUGUEN / AFP
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À l'occasion de la Journée internationale de l'autisme, mardi, Wendy Bouchard et ses invités font le point sur la place des enfants autistes à l'école.
LE TOUR DE LA QUESTION

"Je suis très en colère contre le système. Mon fils est passé à côté d'une scolarité qu'il aurait pu faire." Quinze ans après, Djamila n'a rien perdu de son ressentiment. Elle est la mère de Tariq, aujourd'hui âgé de 19 ans, diagnostiqué autiste lorsqu'il était enfant. Il n'a connu que le cycle de la maternelle, avant d'intégrer pendant six ans un hôpital de jour. "On nous a fait comprendre que c'était ce qu'il y avait de mieux pour lui. Pourtant, c'était un autisme modéré sans retard mental", s'étonne-t-elle encore.

À l'occasion de la Journée internationale de l'autisme, mardi, Wendy Bouchard et ses invités ont tenté de comprendre pourquoi la France a accumulé un tel retard dans la prise en charge des personnes porteuses d'autisme, et plus particulièrement à l'école.

Des enfants encore trop peu scolarisés

Églantine Émeyé, présentatrice télé et fondatrice de l'association Un pas vers l'avenir, le rappelle sur Europe 1 : les enfants autistes sont, encore aujourd'hui, en majorité déscolarisés. "Un enfant autiste est très rarement intégré cinq jours par semaine. Déjà en primaire, c'est difficile. Au collège, on ne vous en parle pas. Et au lycée, les chiffres s'effondrent. On est très loin, pour la majorité des autistes, de pouvoir aller en fac", observe-t-elle avec dépit. 

>> De 9h à 11h, c'est le tour de la question avec Wendy Bouchard. Retrouvez le replay de l'émission ici

Comme Tariq, beaucoup d'enfants autistes grandissent toujours dans des établissements spécialistes ou psychiatriques, quand certains pourraient intégrer la société, si elle était plus inclusive. "Dans une enquête de l'Inspection générale des affaires sociales (Igas), qui date d'il y a à peu près quatre ans, on avait regardé qui était en séjour long à l'hôpital (séjours de plus de 30 jours). Au total, 60 à 70% des personnes enfermées sont autistes", alerte Florent Chapel, co-président de la plateforme Autisme Info Service (0 800 71 40 40, numéro gratuit), sur Europe 1.

Une situation que constate également Josef Shovanec, philosophe, voyageur, et chroniqueur radio pour l'émission "Les Carnets du monde", le dimanche à 13 heures sur notre antenne. "Les classes inclusives devraient être la norme juridiquement parlant. La place d'un enfant, autiste ou non, c'est à l'école, pas à l'hôpital psychiatrique. Il faut sortir de cette logique de reléguer au fin fond des forêts, loin des yeux loin du cœur, les personnes handicapées que nous ne voulons pas à proximité. C'est un phénomène scandaleux", dénonce l'écrivain, lui-même autiste Asperger.

Des initiatives encourageantes

Si la France a accumulé "près de 30 ans de retard" dans la scolarisation des personnes autistes, selon le psychiatre spécialiste David Gourion, des initiatives - essentiellement associatives - ont permis l'accomplissement de véritables progrès. Avec Un pas vers l'avenir, Églantine Émeyé a ouvert une école à Montreuil, qui accueille aujourd'hui une soixantaine d'enfants. "Les enfants arrivent environ dès l'âge de six ans, et ils grandissent avec nous, certains deviennent adultes." C'est le cas de Tariq qui, en seulement deux ans et grâce à un personnel formé aux méthodes de communication et de prise en charge des autistes, est parvenu à développer ses aptitudes plus vite que jamais auparavant.

"Un autiste a besoin d'une prise en charge individualisée, spécialisée, d'un soutien à l'école pour pouvoir avancer", défend Églantine Émeyé. Dans l'école de Montreuil, psychologues et AVS (aide de vie scolaire) prennent en charge des classes de quatre ou cinq enfants, ce qui favorise leur apprentissage des matières classiques que sont l'histoire, les maths ou l'anglais. De quoi paver, pourquoi pas, un brillant parcours scolaire.

L'université commence d'ailleurs à revoir sa copie quant à l'inclusion des personnes atteintes de troubles autistiques. Sur ce point, l'université Midi-Pyrénées à Toulouse fait figure de pionnière. Y a été inauguré mardi un programme, baptisé "Aspie Friendly", qui permet un meilleur accueil, bienveillant et nécessaire. Josef Shovanec, présent lors ce lancement, s'en réjouit. "Il y a des étudiants fabuleux, dont beaucoup n'auraient jamais pu entrer à la fac. Des jeunes qui n'ont jamais pu être scolarisés et qui maintenant réussissent. Tout ça gratuitement !" Le philosophe croit en l'effet boule de neige. Déjà, "une vingtaine d'universités" ont montré leur intérêt pour le programme (qu'Europe 1 vous détaille dans ce long reportage).

Si, comme le souligne Églantine Émeyé, "tous les autistes ne pourront pas faire d'études supérieures", cette avancée s'annonce pleine de promesses. 

Europe 1
Par Anaïs Huet