Journée mondiale de l'autisme : À l'université de Toulouse, des efforts simples pour mieux accueillir les étudiants autistes

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En cette Journée mondiale de l'autisme, Europe 1 met mardi un coup de projecteur sur l'université Midi-Pyrénées à Toulouse où un programme facilite le quotidien des étudiants autistes.
REPORTAGE

Il y a plus de 700.000 autistes en France, et seuls 500 d'entre eux vont à l'université. Sur ce point, Toulouse fait figure de ville pionnière. Il y a quelques mois, l'université Midi-Pyrénées a lancé un programme baptisé "Université Aspie-Friendly" pour tenter de rattraper le retard, et "rendre l'université plus accessible" aux jeunes atteints des multiples formes de ce trouble. Europe 1 s'y est rendue pour en comprendre les particularités.

Des situations anodines qui pèsent sur la concentration

Une soixantaine d'étudiants dits "aspies" (c'est-à-dire autistes sans déficience intellectuelle) suivent les cours dispensés dans cette université. Pour eux, le quotidien est plus éprouvant que pour les autres étudiants. Des choses anodines, comme le brouhaha d'un amphi plein à craquer, ou encore un cours qui change de salle au dernier moment, peuvent être vécues comme un obstacle pour ces jeunes, à l'intelligence pourtant au-dessus de la moyenne.

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"Une des choses qui me posent le plus problème, c'est le bruit. En licence, il y a du monde, et j'ai beaucoup de mal à rester dans les amphithéâtres. C'est extrêmement fatiguant", confie Laura, en troisième année de licence de physique. "Toutes ces personnes qui bougent leurs stylos, qui éternuent, ou qui font des trucs tout le temps… On se rend pas compte mais il faut faire le tri entre ces bruits pour entendre la voix du professeur", explique-t-elle. "De manière générale, les élèves arrivent à faire ce tri automatiquement, mais pour moi c'est pas forcément évident d'avoir le temps de retrouver de l'énergie pour suivre tous les cours toute la semaine."

Laura a aussi du mal à se s'orienter. Elle a mis plus d'un an à se passer du plan de l'université pour aller d'un cours à l'autre. Et cela demande aussi beaucoup d'énergie.

Quelques efforts pour simplifier le quotidien

Depuis cet automne, l'Université Midi-Pyrénées met en place davantage de captations vidéo des cours, afin que les élèves puissent suivre depuis chez eux, au calme. Par ailleurs, des logements du CROUS leur sont accordés au plus près du campus, pour que l'itinéraire soit plus facile à mémoriser.

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L'université Midi-Pyrénées. Crédit photo : Théo Maneval/Europe 1

Plus largement, tout le personnel administratif a été formé. "Si on ne connait rien de l'autisme, on peut faire énormément d'erreurs, malgré toute la bienveillance qu'on peut avoir", affirme Bertrand Monthubert, le professeur qui coordonne le programme. Il illustre : "Vous êtes enseignant, et vous avez besoin que les étudiants réalisent un travail en groupe. Et vous leur demandez de se mettre en groupe de trois. Une simple situation comme celle-là, qui suppose en réalité beaucoup de compétences sociales (aller s'adresser à quelqu'un d'autre, par exemple) peut être extrêmement compliquée. C'est comme ça que beaucoup de nos étudiants autistes se retrouvent toujours tous seuls."

Les effets de cette formation du corps professoral sont déjà positifs. La communication s'améliore, et les regards changent sur ce que ces étudiants peuvent traverser au quotidien. "Pas plus tard qu'il y a une semaine, j'ai du sortir de cours pour me défouler, car j'étais pris d'une sensation de panique. Sans savoir pourquoi. J'ai poliment demandé au professeur si je pouvais sortir, et il a accepté", se réjouit Aubin, en première année de Master en mathématiques. 

Un chemin encore long

En revanche, pour les périodes d'examens, la solution peine encore à être trouvée. "On fait le maximum pour que je puisse composer séparément de la classe. Pour pouvoir me concentrer. Mais il faut des surveillants supplémentaires, et on a du mal à trouver ces personnes-là", observe Aubin.

Le programme doit encore se développer. Une quinzaine d'autres universités françaises sont d'ailleurs partenaires. Mais globalement, la France ne fait pas partie des bons élèves dans la prise en charge des étudiants autistes. "Il y a dans nombre de pays (les USA, Israël, etc.) des cursus spécialement conçus pour étudiants autistes. Il existe même des campus universitaires spécialisés dans l'autisme. Certains pays qui ont mis le paquet !  Et il ne s'agit pas d'une rêvasserie humaniste : ces personnes-là peuvent avoir un apport humain, économique, absolument fondamental", assure le philosophe Josef Schovanec, lui-même autiste Asperger, et que les auditeurs des Carnets du Monde connaissent bien sur Europe 1.

Après la formation, vient ensuite le défi de l'insertion professionnelle. Même si l'université de Toulouse s'est rapprochée d'entreprises comme Thalès ou Microsoft, passer au recrutement reste compliqué. Un chiffre le montre : selon une association britannique, 15% seulement des adultes autistes ont un emploi rémunéré à temps plein.